samedi 29 mars 2014

dimanche 2 février 2014

Le trotskysme répudié

CLR James est surtout connu pour son livre sur la révolte des esclaves en Haïti lors de la Révolution française, Les Jacobins noirs, et pour ses écrits sur le cricket, mais il fut aussi un dirigeant trotskyste.

A l’origine document interne distribué en 1950 au sein de la soi-disant « Quatrième Internationale » que Trotsky et une poignée de ses partisans avaient mis en place en 1938, State Capitalism and World Revolution [Capitalisme d'Etat et révolution mondiale] était une contribution à un débat sur son orientation politique, et est ici réédité. La majorité « orthodoxe » voulait s’en tenir à l’avis de Trotsky selon lequel la Russie était encore un « Etat ouvrier » en raison de la propriété étatique et de l’économie planifiée qui y existait, estimant que cela valait mieux que le capitalisme et méritait le soutien de la classe travailleuse.

James a montré que la propriété étatique et une économie planifiée ce n’était pas le socialisme et qu’il était absurde de décrire un Etat comme appartenant aux travailleurs quand ceux-ci y sont opprimés et exploités. Il est allé plus loin et a fait valoir que ce type de capitalisme d’Etat était l’avenir du capitalisme et qu’en le soutenant les trotskystes orthodoxes soutenaient le capitalisme. C’était vrai alors et ça l’est encore aujourd’hui.

James avait tort à propos du capitalisme d’Etat comme prochain stade du capitalisme (mais dans les années 1940, il n’était pas le seul à faire cette erreur) comme dans sa persistance à regarder le coup d’Etat bolchevique comme une « révolution prolétarienne ». Dans la préface de la réédition de 1956, il expliquait cependant :

« Les conclusions politiques de cette analyse économique peuvent se résumer dans son rejet total de la théorie et de la pratique léninistes du parti d’avant-garde pour notre époque. »

State Capitalism and World Revolution est en fait une répudiation totale du trotskysme et mérite d’être lu pour cela.

State Capitalism and World Revolution. By CLR James. PM Press. 2013. Note de lecture parue dans le Socialist Standard de février 2014.

Traduction: http://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/02/02/la-repudiation-de-clr-james/

lundi 6 janvier 2014

2014 année de la xénophobie ?

Les perspectives pour 2014 ne sont pas bonnes. Le élections au Parlement européen en mai prochain risquent de devenir un festival de xénophobie où les principaux partis tenteront de surenchérir sur l’ UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, dans le même groupe parlementaire européen que Philippe de Villiers, note de la BS) en étant autant, sinon davantage, anti-étrangers qu’eux. En août ce seront les célébrations du début de la Première Guerre mondiale. Celles-ci risquent de devenir une célébration du nationalisme, avec d’éminents historiens qui expliquent déjà que c’était une guerre justifiée que l’Angleterre méritait de gagner.

Nous devrons donc cette année, en plus de nos activités habituelles, intensifier le discours socialiste contre le nationalisme et la guerre.

L’expression même "Etat-Nation" suppose que les Etats qui se partagent le monde sont l’expression politique de "nations" pré-existantes. En fait c’est l’inverse: c’est la "nation" qui est une création de l’Etat. Les Etats inculquent à leurs ressortissants qu’ils formeraient une communauté, avec des intérêts communs représentés par l’Etat. Les gens en viennent à se considérer, eux et les autres du même Etat, comme un "nous".

Les socialistes ne parlent pas de "nous" en lien avec les soi-disants "Etats-nations" où ils naissent ou vivent. Nous savons que dans chaque Etat il y a deux classes aux intérêts opposés: la classe de ceux qui possèdent et contrôlent les moyens de production et la grande majorité qui n’a que sa force physique et intellectuelle à vendre pour vivre et qui le fait pour un salaire.

Les guerres ne se font pas entre "nations" mais entre Etats, et les Etats représentent les intérêts de leur propre classe dominante. Les guerres naissent de conflits économiques entre Etats représentants ces classes dominantes, sur les sources de matières premières, les routes commerciales, les marchés, débouchés et zones stratégiques qui les protègent. La boucherie de la Première Guerre mondiale ne fait pas exception.

Le nationalisme est utilisé par les Etats pour obtenir un soutien à la guerre de sa "chair à canon". Mais il peut se révéler contre-productif s’il échappe au contrôle de l’Etat, comme cela risque d’arriver sur la question européenne. L’intérêt de la section dominante de la classe capitaliste britannique, c’est que la Grande-Bretagne reste dans l’union européenne afin d’avoir accès au "marché unique" européen, mais une grande partie de l’opinion publique y est opposée sur des bases nationalistes que l’UKIP exploite.

Tout au long de l’année, nous insisterons: les salariés dans un Etat ont les mêmes intérêts que leurs camarades des autres Etats. Nous sommes tous membres de la classe travailleuse mondiale et avons un intérêt commun à travailler ensemble à l’établissement d’un monde sans frontières où les ressources deviendront patrimoine commun de tous les peuples du monde et seront utilisées au bénéfice de tous.

Editorial du Socialist Standard de janvier, mensuel du Parti socialiste de Grande-Bretagne, traduit par Bataille Socialiste.

samedi 16 novembre 2013

Comment rendre l’argent superflu ?

Ce que n'est pas simplement l'abolition de toute forme de monnaie qu'on veut en laissant le reste du monde tel quel. Abolir l'argent en laissant la propriété privée en place amènerait le chaos. L'échange, c'est le transfert du droit de propriété sur quelque chose et le meilleur moyen pour le faire c'est via l'argent. D'ailleurs, c'est pourquoi l'argent a évolué. Ce que nous voulons c'est la disparation de toute forme de monnaie en la rendant pas nécessaire et on fait cela en abolissant la propriété privée, en faisant des ressources de la Terre le patrimoine commun de tous. Ce qui est produit fera également partie du patrimoine commun. Effectivement, dans une société où les ressources seront l’héritage commun de tous, les produits le seront également. Mais on ne vend pas ce qui appartient à soi. On le partage. On ne peut le vendre ou l'acheter, simplement le distribuer, le partager. Pour cela on n'a pas besoin d'un moyen d'échange qui finit simplement par disparaître. Ce n'est donc pas « l'abolition de l'argent ». C'est de faire les ressources de la planète le patrimoine commun de tous (l'abolition de la propriété privée sur la Terre est ses ressources naturelles et industrielles), ce qui rendrait l'argent superflu et inutile.

jeudi 17 octobre 2013

Travail libre ou emploi salarié ?

Dans le capitalisme, une immense quantité de travail humain et de ressources naturelles et matérielles est absorbée par des activités inutiles (ou, du moins, uniquement utiles dans le cadre de la société capitaliste) et nuisibles, telles que la banque, les assurances, la comptabilité, la publicité, le commerce, les activités liées à l’existence de l’argent (extraction et transformation des matières premières, fabrication du papier, impression des moyens de paiement, des tickets de toutes sortes, des devis et des factures, surveillance, comptabilité, transport, fabrication et entretien des machines et outils correspondants, etc.), l’industrie de l’armement, la construction des infrastructures militaires, judiciaires, carcérales, etc.

La suppression des activités industrielles et commerciales et des administrations inutiles, dangereuses ou gaspilleuses d’énergie permettra de réduire de manière considérable le nombre d’heures de travail nécessaires au bon fonctionnement de la société et d’alléger la charge du travail utile. Dans ces conditions, la pénibilité de certaines tâches s’en trouvera très réduite… sans oublier que, assurés de travailler, non plus pour un patron, mais dans leur propre intérêt, individuel et collectif, les membres de la société d'abondance ne considéreront plus le travail de la même manière car celui-ci perdra beaucoup de son caractère ingrat et rebutant.

Ainsi, les gens n’aiment pas le « travail » aujourd’hui parce que c’est essentiellement de l’« emploi », c’est-à-dire du travail effectué pour et dans l’intérêt de quelqu’un d’autre, l’employeur. Ce n’est donc pas un travail destiné à être intéressant ni gratifiant. Au contraire, l’employeur n’en a rien à faire s’il est répétitif, ennuyeux ou même, parfois, dangereux ; ce qui l’intéresse, c’est que le travail de son employé lui rapporte de l’argent.

De leur côté, ces mêmes travailleurs, qui sont rebutés à l’idée d’aller travailler pour un patron, sont prêts à passer du temps, à « travailler » dur parfois, pendant leur temps de loisirs, pour faire du jardinage ou le ménage, réparer leur voiture, aménager leur logement, bricoler, aider leurs enfants à faire leurs devoirs ou s’investir dans une association, c’est-à-dire à faire quelque chose qu’ils estiment utile, nécessaire, intéressant, gratifiant, épanouissant ou bénéfique.

Il en sera de même dans la société socialiste, où la relation exploiteur-exploité et le profit ayant disparu, les membres de la société auront la possibilité de travailler dans l’activité qui les intéresse le plus ou qui correspond le mieux à leurs capacités. Ce n’est donc pas le travail en tant que tel qui représente un problème, mais les conditions dans lesquelles s’effectue ce travail.

Dans une société socialiste l’activité productive prendra la forme d’une activité librement choisie, entreprise par les êtres humains en vue de produire les choses dont ils ont besoin pour vivre et apprécier la vie. Le travail productif nécessaire de la société ne sera pas effectué par une classe de salariés employés, mais par tous les membres, chacun coopérant selon ses capacités pour produire les choses nécessaires à la satisfaction des besoins individuels et communautaires. Le travail ne peut qu’être volontaire car il n’y aura pas de groupe ou d’organe social capables de forcer les gens au travail contre leur volonté.

samedi 14 septembre 2013

L’alternatif

Quelle est donc notre alternative au capita lisme (y compris le capitalisme d'Etat qui existe en Chine, au Venezuela etc.)? C'est le socialisme mondial. Un certain nombre d'auteurs sur l'écologie se rendent compte déjà qu'il n'y a pas de solutions nationales aux problèmes de l'environ nement, de la pollution et du gaspillage des ressources mondiales. La planète forme une entité écologique si bien que c'est seulement à l'échelle planétaire que peuvent être résolus les problèmes écologiques.

Malheureusement, cette conscience mondiale ne va pas assez loin et s'arrête à exiger la mise en place d'un gouverne ment mondial ou d'organismes mondiaux pour traiter des problèmes de l'environnement sans changer le fondement capitaliste de la société. C'est pourquoi les solutions qu'ils proposent ne peuvent être au mieux que des palliatifs; ils traitent des effets, laissant la cause — le monopole des ressources mondiales par une seule partie de la population humaine et la production de biens en vue du profit — intacte.

Pour nous il ne suffit pas d'avoir une admi nistration mondiale. Tout ce qui est dans et sur la terre doit aussi devenir le patrimoine commun de toute l'humanité. Seulement sur cette base-là, libérée des intérêts du capitalisme, l'humanité peut-elle rationnellement traiter la question de sa relation avec le reste de la Nature. La produc tion des richesses serait alors sous la direction démocratique sociale et serait actionnée non seulement pour faire face aux besoins, suivant le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », mais aussi de protéger l'environnement et de préserver intelligemment les ressources.


samedi 17 août 2013

Et les actes antisociaux ?

L'homme aurait peut-être certains instincts fondamentalement mauvais qui le pousser aient à commettre des actes antisociaux ? Mais cela n'est nullement prouvé, au contraire. Les études anthropologiques tendent à montrer que les hommes et les femmes, dans des sociétés basées sur la coopération et la propriété en commun (c'est-à-dire dans certaines communautés primitives), ne sont ni agressifs, ni compétitifs, ni violents.

Dans notre société par contre les actes antisociaux ont pris de telles proportions que beaucoup de gens sont tentés d'en attribuer la cause à la nature humaine. Comme d'autre part le système social dans lequel nous vivons s'est étendu pratiquement au monde entier, on trouve un peu partout les mêmes manifestations criminelles, et l'on en tire la même conclusion erronée : « voilà : même violence, mêmes crimes ici et là — ce doit être la faute de la nature humaine ». On devrait plutôt dire : « même système social partout, même division en deux classes où l'une possède pratiquement tout et l'autre pratiquement rien, même système du salariat, même besoin de la police et de l'armée pour maintenir le statu quo et protéger la propriété de la classe possédante — et donc mêmes réactions violentes chez ceux qui, dans cette société, pour une raison ou pour une autre arrivent moins bien que d'autres à supporter leurs mauvaises conditions de vie ».

Cela dit, s'il y avait, dans un monde socialiste, des problèmes d'ordre antisocial, ce serait aux membres de cette société de les résoudre selon chaque cas particulier. Ce qui est sûr c'est que la répression policière ne résout rien comme le montrent nos prisons plus pleines que jamais.