vendredi 17 décembre 2010

Pas de leadership

Lettre publiée dans le Weekly Worker (journal du Parti communiste de Grande-Bretagne) N°845 du 9 décembre 2010 (pp. 2-3).

Vos correspondants, Phil Kent et Tony Clark, manquent leur but en décrivant le Parti Socialiste de Grande-Bretagne comme anarchiste ou pratiquant un “abstentionnisme démocratique abstrait”, quoi que ça veuille signifier (Lettres, 2 décembre). L'extrême gauche ne parvient généralement pas à comprendre notre position, parce qu'elle s'est trouvée, depuis la Révolution russe, intoxiquée par le léninisme.

Si vous voulez qualifier notre position, n'est-elle pas marxiste ? Ou engelsiste ? Vers la fin de leurs vies, tant Marx qu'Engels ont pensé que “… Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête des masses inconscientes, est passé. Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit, pour quoi elles interviennent.” [*]

C'est pourquoi nous nous opposons au leadership politique. Certaines personnes auront une meilleure compréhension de la théorie que d'autres, certains seront dans une meilleure position que d'autres pour faire le travail pratique, etc. C'est évidemment vrai. Mais c'est très différent de dire que ces gens devraient prendre le pouvoir au nom du reste d'entre nous. Quand il s'agit de la transformation complète de l'organisation sociale, la classe  dans son ensemble doit savoir ce qu'elle veut et où elle va et s'organiser démocratiquement pour l'accomplir. Le reste n'est au mieux qu'illusion. Au pire c'est la voie vers une autre dictature exécrable qui discréditerait le nom du socialisme pour encore quelques générations.

Stuart Watkins
SPGB

lundi 13 décembre 2010

Pourquoi ?

Travailleurs du Monde, pourquoi suer sang et eau pour produire des profits pour nos maîtres ? Pourquoi bâtir des palais pour nos supérieurs quand nous nous contentons de demeures misérables, de taudis auprès des châteaux de nos employeurs ? Pourquoi servir des festins sur des écuelles d'or à nos gouvernants quand nos salaires ne suffisent pas pour nous acheter de la nourriture de qualité supérieure et en abondance, et quand un tiers de la population humaine est sous-alimentée ? Pourquoi permettre qu'une minorité oisive reçoive les meilleurs soins médicaux que la science moderne puisse fournir, quand nous, classe productive, devons faire la queue dans les hôpitaux pour découvrir que notre plus grande maladie est la pauvreté ? Pourquoi massacrer nos confrères de la classe travailleuse internationale dans des guerres pour les marchés de nos patrons ? Nous, nous ne possédons qu'une seule marchandise -- la force de travail dont le marché représente la lutte des classes ; une lutte parce que c'est l'intérêt du capital de serrer les salaires et l'intérêt du travailleur de vendre son énergie pour le prix le plus haut que le marché puisse subir.

Dans le capitalisme, alors, pour quoi protéger les profits de nos maîtres, quand les fruits de notre travail nous ont été volés (légalement), et sont employés à réinvestir pour enrichir de plus en plus cette classe de parasites ? Pourquoi subir les pressions et les peines de la course aux rats de la société moderne capitaliste, dans laquelle nous devons mettre nos miettes en réserve pour le cas où nous nous trouverions sans travail, ou pour des vacances bien méritées, pendant que nous entretenons nos maîtres dans le luxe, et les envoyons en croisière tandis que nous, nous devons nous contenter des plages publiques serrées ? Pourquoi permettre que les matières premières de notre bonne terre soient gaspillées à construire les armes nucléaires pour nous tuer, que des millions de tonnes de nourriture soient détruits quand des millions de gens sont affamés, tout cela au nom du profit, et dans l'intérêt de la classe des patrons ?

lundi 6 décembre 2010

Demain la Révolution ?

Eric Cantona estime que « la révolution, aujourd'hui, se fait dans les banques : tu vas dans la banque de ton village et tu retires ton argent. Et s'il y avait 20 millions qui retirent leur argent, le système s'écroule » (Libération, le 1er décembre). D'autres (www.bankrun2010.com) ont repris cette idée et c'est demain, mardi le 7 décembre, qu'ils proposent que cette « révolution » commence.

Supposons – éventualité peu réaliste – que 20 millions entendent cet appel et retirent leur argent et que le système bancaire s'écroule, alors que faire ? Qu'est ce que l'on va mettre à sa place ?

Cantona n'en dit rien, mais les autres exigent « la création d'une banque citoyenne [. . .] qui mettrait notre argent à l'abri des fièvres spéculatives » ?

On ferait une révolution pour cela ? Simplement pour réformer le système bancaire en laissant le reste du système capitaliste comme il est ?

Une révolution véritable mettrait fin au système capitaliste tout entier et les banques avec. En effet, pour résoudre les problèmes auxquels les gens font face aujourd'hui, il faut que les ressources productives deviennent l'héritage commun de tous afin qu'ils puissent être utilisés pour subvenir directement aux besoins selon le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Après cette révolution plus besoin d'argent et encore moins des banques.

Cela n'est pas l'avis des trotskistes tel que « Lutte Ouvrière ». Selon eux, « le problème c'est que les banques, on en a besoin, elles sont utiles » (Libération. le 3 décembre). Au sein du capitalisme, oui, on ne peut se passer des banques puisqu’on ne peut se passer d'argent. Elles y sont utiles, même indispensables. Par contre, dans une société socialiste elles ne sont d'aucune utilité. Elles y disparaissent tout simplement.

Le fait que LO veut garder un système bancaire montre que les trotskistes veulent garder le système capitaliste même si sous la forme d'un capitalisme d'État avec une seule banque d'État.

Si jamais le résultat de son initiative devait être cela, Cantona aurait marqué un but contre son camp.

lundi 29 novembre 2010

L'abondance

Le capitalisme, système dynamique et productif à l'extrême, a déjà posé les bases de l'abondance. Il a créé un remarquable réseau de communications et de transports qui facilite la circulation des idées et des biens matériels, ainsi qu'une technologie, toujours en plein développement, qui serait aisément capable de satisfaire tous les besoins de tous les habitants de la terre. Nous ne sommes pas seuls à penser ainsi et diverses publications et rapports non-socialistes l'expliquent en détail avec statistiques à l'appui. D'ailleurs il suffit de regarder autour de soi, du moins dans le monde occidental. Tous les signes de l'abondance sont-là : magasins dé bordant de produits divers, tonnes de nourriture stockées dans le cadre de la Communauté Européenne, réserves considérables aux USA, et d'une manière générale un marché qui n'arrive pas à écouler tous ses produits.

Dans le capitalisme, malheureusement, ce sont les profits et non pas l'abondance qui sont le but de la production. C'est pour cela que nous ne voyons autour de nous que les signes d'une abondance possible et non pas cette abondance elle-même. C'est parce que le profit règne sur la production que les usines ferment quand elles ne produisent plus de profits alors qu'elles produisent toujours des choses dont les hommes ont besoin et qu'il y a des quantités de chômeurs qui ne demanderaient qu'à y travailler. C'est parce que le profit règne sur la distribution des biens que des millions de tonnes de fruits et de légumes et d'autres marchandises sont détruits chaque année plutôt que d'être consommés et que des millions de tonnes d'aliments sont stockés pendant que des millions d'hommes et de femmes et d'enfants meurent de faim.

L'abondance est donc réalisable. Elle est déjà réalisée dans certains domaines, mais n'est pas utilisée. Dans d'autres domaines elle n'est même pas réalisée. Et cela est dû uniquement au système dans lequel nous vivons, un système qui est réglé par la nécessité de réaliser des profits et non de satisfaire les besoins humains. Dans le socialisme la satisfaction des besoins humains deviendrait le but unique de toute production et il n'y aurait donc plus d'obstacle à la réalisation de la société d'abondance. D'autre part le socialisme bénéficierait, en plus de la technologie actu elle, d'une énorme libération d'énergies humaines et de ressources matérielles. Tout travail lié à l'argent (banques, assurances, publicité pour le profit, etc.), à la production d'armes, à l'oppression policière deviendrait inutile, et toutes les ressources qui sont aujourd'hui gaspillées dans la fabrication d'larmes pourraient être utilisées à des fins constructives.

dimanche 21 novembre 2010

Ils ont raison (5)

"La production, le capital sont de venus trop grands, trop développés pour les limites sociales du marché. La solution communiste est d'abolir le capital, d'établir la propriété collective de la société sur les forces de production internation ales. Le prolétariat est la force motrice de cette révolution. La grande industrie mondiale rend pos sible et nécessaire le communisme, pas pour dans des siècles, comme l'entend le PCF, mais dans l'immédiat !"

"Cette expropriation des capital istes au bénéfice de la société est un acte international car le capit al n'a pas d'existence nationale, il est le mode universel d'exploit ation du travail et d'organisation de la société. On ne peut pas échapper à la production marchande et à la loi de la valeur par les moyens du protectionnisme, s'appel ât-il radicalement monopole du com merce extérieur. Enfin, la base matérielle et sociale du communisme est l'économie mondiale, cadre du développement et de l'organisation des forces de production".

"La révolution mondiale n'est pas la somme des révolutions nationales. Pas plus que le capitalisme mondial n'est la somme des capitalismes nationaux. Le capitalisme mondial est un tout, un système universel d'exploitation et de développement de la production, un processus global de mise en valeur (paralysé par la division des nations)".

"Les conditions du communisme ex istent seulement à l'échelle mond iale".

—L’Internationale. Lyon. (1980)

lundi 15 novembre 2010

Optimistes et pessimistes

On peut diviser en deux camps ceux qui ont une opinion sur le futur du monde, les optimistes et les pessimistes. On trouve parmi les pessimistes de nombreux écologistes qui prédisent la fin du monde à moins que la population mondiale ne soit réduite ou que la production mondiale ne soit diminuée.

Les optimistes maintiennent que la population du tiers monde s'équilibrera tout comme l'ont fait les populations de l'Europe et de l'Amérique du Nord vers la fin du siècle dernier et plus tard celle du Japon ; qu’il n'y a aucune cause d’alarme à ce propos. Et de toute façon, ajoutent-t-ils, le monde est capable de nourrir plusieurs fois sa population actuelle.

Vu la privation et la misère dans le monde il y a un besoin urgent non pas de diminuer la production mais plutôt de l'augmenter. Cette augmentation de production n'implique pas forcément une augmentation de la consommation des ressources, mais pour éviter cela il faudra abandonner la production d'objets faits pour ne pas durer (par exemple les voitures sont construites de façon à tomber en panne après 100.000 kms et les machines à laver après 5 ans). Pour empêcher une augmentation de la consommation des ressources, il faudra aussi élargir le recyclage.

Il faut noter qu’il y a une différence importante entre « réserves » et « ressources ». Ainsi lorsque l'on dit que les « réserves » s'épuisent, en fait on veut dire que c'est la quantité des matériaux procurables selon les techniques existantes et le niveau des prix et des profits courants qui s'épuise. Ce qui ne veut pas dire que les ressources s'épuisent.

Les ressources mondiales de minéraux et d'énergie sont en fait abondantes, d'autant plus qu'il est probable que dans quelques décannies un système productif basé sur l'hydrogène comme source de combustible et sur la fusion nucléaire comme source d'énergie deviendra techniquement possible. Ce système sera techniquement possible, mais sera-t-il réalisé ? Est-ce que les moyens de production qui même maintenant sans ce progrès technique pourraient produire en abondance pour tous, seront utilisés à fournir cette abondance ?

Pour que les ressources mondiales naturelles et artificielles soient utilisées pour produire des richesses pour la seule et directe satisfaction des besoins humains, il faut d'abord que celles-ci deviennent l'héritage commun de toute l'humanité, ce qui implique la fin de la production pour la vente et le profit. C'est parce que nous sommes convaincus de ce fait que nous socialistes sommes des optimistes.

dimanche 7 novembre 2010

Sur "la Révolution russe"

Aujourd'hui étant le 93e anniversaire du coup d'Etat bolchevique en Russie, nous reproduisons une lettre d'un camarade du SPGB publiée dans Internationalisme ("organe théoretique de la Fraction Française de la Gauche Communiste") en avril 1947 en réponse à une « lettre aux socialists parties » parue en janvier. Nous n'avons rien à y ajouter.
Nous disons que le socialisme ne peut être introduit qu’à travers l’expropriation totale et immédiate, par la classe ouvrière, de la classe capitaliste ; et ceci d’une façon plus nette, au travers d’une majorité consciente du prolétariat contrôlant la machine d’État.

La perspective et la compréhension du socialisme ne surgissent que dans le contexte d’un capitalisme avancé et la révolution qui introduira le socialisme doit être de caractère international. Ces pré-conditions essentielles étaient-elles présentes dans la Russie de 1917 ? Notre réponse est catégorique : non ; car, en 1917, l’écrasante majorité des paysans et ouvriers en Russie ne comprenait ni ne désirait le socialisme ; seulement voulait-elle “la paix, le pain et la terre” promis par le Parti bolchevik (un parti qui était jacobin en structure et dans son but) et, ainsi que Trotsky l’admet dans sa Leçon d’Octobre 1917, “le cours entier de la Révolution eut été changé si, au moment de la Révolution, il n’y avait pas eu une armée de plusieurs millions de paysans brisés et mécontents…”

Des soldats “brisés et mécontents” et des paysans et ouvriers las de la guerre, attirés par le slogan “Pain, paix et terre”, ne pouvaient pas et ne voulaient pas introduire le socialisme. Certains étaient et sont d’avis que les bolcheviks pouvaient introduire le socialisme en dépit de l’ignorance de la grande masse des ouvriers et paysans ; et Lénine, dans le New International de New-York, en avril 1918, soutenait cette position en disant : “De même que 150.000 propriétaires terriens despotiques, sous le tsarisme, dominèrent les 130.000.000 de paysans de Russie, de même les 200.000 membres du Parti bolchevik imposent leur volonté prolétarienne, mais cette fois-ci dans l’intérêt de ces derniers.” Combien dangereusement fausse fut cette position et ceci a été démontré par les événements postérieurs en URSS qui, aujourd’hui, est devenue plus totalitaire que ne le fut jamais l’Allemagne nazie.

vendredi 5 novembre 2010

Bienvenue

Le Parti Socialiste du Canada vient d'inaugurer un forum de discussion en anglais et français.

Une présentation en français de l'objectif et des principes du PSC se trouve ici.

N'oubliez pas notre forum.

lundi 1 novembre 2010

Le vrai choix

La machine économique est plus détraquée que jamais. Les entreprises ferment ; nous avons dépassé les deux millions de chômeurs et des centaines de milliers de personnes vivent dans la misère tandis que d'autres sombrent dans le désespoir. La crise économique se prolonge d'une crise de civilisation : la violence sévit, le fascisme s'organise, nul ne se sent plus en sécurité, à aucun point de vue. Et le tout se joue sur un fond de bottes et de canons dont on se demande toujours avec anxiété s'ils resteront encore longtemps à l'extérieur.

Pour nous rassurer on nous déclare : « De quoi, vous plaignez-vous ? Vous avez une jambe cassée ? C'est rien ça, ailleurs ils n'ont plus de jambe du tout ». Ça ne nous rassure pas, mais il est vrai. Dans notre malheur nous faisons figure d'un îlot de richesse dans un océan de misère. Dans le monde des centaines de millions d'êtres humains vivent à un niveau tragiquement plus bas que le nôtre et chaque année des centaines de milliers de pauvres bougres meurent par insuffisance de nourriture et de soins. Et ces canons dont nous entendons les lointains échos, c'est sur eux qu'ils tirent, ce sont eux qu'ils tuent.

Alors, placés aux premières loges pour contempler cet angoissant spectacle, nos gouvernants nous réaffirmaient la valeur irremplaçable du système capitaliste mondial, ce système qui, par la loi du profit et de la concurrence, est responsable de nos maux.

Mais enfin les problèmes sociaux et économiques dans lesquels nous nous débattons, ne sont pas sans solution. Ils demandent seulement de nouveaux rapports entre les hommes. Le choix se situe entre deux positions :

1) Tu vas travailler pour moi et je te donnerai de quoi vivre.
2) Nous allons travailler ensemble et partager ce que nous produirons.

Dans le premier cas, le capitalisme, les crises sont fatales puisque le profit s'intercale toujours entre la production et le besoin. Quant au travail, on le supprime, tout simplement dès qu'il n'est plus rentable.

Dans le second cas, la production étant orientée vers la seule satisfaction des besoins, l'équilibre s'établit fatalement entre les deux. Bien sûr dans la pratique, les problèmes ne manquent pas, mais le principe admis il n'y a plus de blocage. Il ne peut plus y en avoir si le système est mondialisé, si l'on supprime les multinationales, les émirs, les cie d'assurance, les armées, les innombrables divisions nées et entretenues pour défendre les intérêts des Etats capitalistes.

Et qui est-ce qui empêche ce système-là de s'établir et de fonctionner ? Qui fait fonctionner l'économie du monde ? Des salariés, à tous les niveaux, les manoeuvres, mais aussi les ingénieurs, les cadres : capital mis à part, le rôle des patrons est devenu bien peu de choses, rien de ce qu'ils font lui ne puisse être réalisé par les actuels salariés. Alors si ces derniers s'unissaient, prenaient le pouvoir, administration comprise, qui empêcherait que ça marche ?

lundi 25 octobre 2010

Un peu d'histoire

RETOUR AU STATU QUO

L'entrée en application, à partir du 1er avril, de la retraite à 60 ans a donné lieu, on pouvait s'en douter, à de grandes déclarations. Ainsi Mitterrand lui-même a-t-il déclaré que cette mesure « constitue une grande conquête sociale, espérée depuis la fin du siècle dernier » (Le Monde, 10 février).

A part le fait que d'avoir dû attendre si longtemps n'est pas une si bonne publicité pour la tactique réformiste, Mitterrand semble oublier qu'il s'agit en réalité du rétablissement d'une situation qui existait déjà avant la guerre. En effet une loi de 1930 avait fixé l'âge de la retraite à 60 ans.

Comment s'est-il fait donc que ce ne se fût plus le cas ? C'est le dernier gouverne ment auquel le PC a participé qui a changé la situation. En 1945, un décret a diminué de moitié la pension payable à 60 ans tout en permettant à cette moitié d'être récupérée si on travaillait jusqu'à l'âge de 65 ans. Habile, non, comme moyen de relever l'âge de la retraite par la porte de derrière ? Cette ordonnance était signée par Ambroise Croizat, Ministre PC du Travail et de la Sécurité Sociale.

Donc, en restituant la retraite à 60 ans, le gouvernement PS/PC ne fait qu'abroger une régression sociale (pour employer leur langage) dont ils étaient eux-mêmes responsables. De toute façon, nous savons très bien que l'abaissement de l'âge de la retraite appliqué aujourd'hui n'est qu'un moyen d'assainir le marché du travail. Tout comme le relèvement de l'âge de la retraite en 1945 par un ministre PC n'était qu'une réponse à la pénurie de main d'œuvre existant alors et de même, si une telle pénurie se reproduisait, on trouverait un prétexte pour le relever à nouveau.

Malgré les apparences, les réformes sociales sous le capitalisme sont votées dans l'intérêt du capital. Si les travailleurs y gagnent quelque chose, ce n'est qu'accessoirement.

(Socialisme Mondial 23, No 2, 1983)

lundi 18 octobre 2010

De l'huile socialiste sur le feu

Pourquoi faire ? De l'Huile sur le Feu ! De l'huile gaspillée sur un inutile feu ? absurde ! c'est vrai... Le feu de l'action des travailleurs n'est pas, en soi, inutile et verser sur ce feu-là de l'huile socialiste est un impératif urgent.

La « paix sociale », tant recherchée y compris par les grands syndicats, n'a pas d'autre nom que collabo­ration de classes. La « paix sociale », c'est la possibilité pour le patronat de poursuivre son exploitation dans de bonnes conditions. La « paix sociale » avec aujourd'hui son cortège d'augmentations de cotisations, de recul de l'âge de la retraite, etc. ne se fait que sur le dos de la classe travailleuse. Celle-ci a été amenée à réagir pour refuser d'entrer dans ce jeu-là en se mobilisant pour défendre ses intérêts.

Il convient donc de se donner des perspectives claires : lutter pour se défendre face aux attaques du capital et de ses serviteurs, lutter politiquement pour le socialisme, c'est-à-dire une société sans clas­ses, sans salariat, sans frontières.

Tout ce que l'action des travailleurs peut produire, si elle est conduite par des dirigeants aspirant aux commandes de l'État, c'est un change­ment de caste dirigeante. Remplacer Sarkozy par quelqu'un de « gauche » ne change absolument rien dans la vie de ceux qui produisent un gâteau réparti ensuite en profits et salaires.


lundi 11 octobre 2010

Critique d'Ernest Mandel

Une marchandise est un bien ou un service produit pour l'échange plutôt que pour l'usage. Il est bien connu que Marx commence Le Capital par la phrase : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises ».

Ceux qui niaient que le capitalisme d'Etat en Russie était une forme de capitalisme tout en se réclamant de Marx, comment expliquent-ils donc le fait qu'une partie importante du PNB de tous les pays capitalistes d'Etat était composée de marchandises ?

La réponse habituelle à cette question est de dire, comme le trotskiste Ernest Mandel dans le chapitre XVI de son Traité d’économie marxiste, que, durant la féodalité et d'autres sociétés précapitalistes, des marchandises existaient avant le capitalisme, même si c'était de façon marginale, celles-ci peuvent donc également exister dans la société postcapitaliste.

Cette argumentation est erronée parce que, l'échange marchand impliquant une propriété privée des produits, il était normal que des marchandises aient pu apparaître dans le cadre d'autres sociétés de propriété que le capitalisme. En revanche, puisque l'abolition du capitalisme implique la disparition de la propriété et l’établissement de la possession communautaire, la société socialiste ne fournit pas un cadre dans lequel les marchandises pourraient exister.

Le socialisme et la propriété s'excluent mutuellement parce qu'aucune combinaison de formes socialistes d'organisation sociale avec celles qu'on trouve dans les sociétés de propriété n'est possible. Pourtant Mandel imagine une « société de transition » dans laquelle il y aurait un « dépérissement progressif » de la production marchande et l’économie monétaire. Cependant une société incorporant d'un côté les rapports sociaux qui découlent de la propriété (l'échange marchand) et de l'autre les rapports sociaux particuliers au socialisme (le libre approvisionnement en valeurs d'usage) n'est qu'un jeu de l'esprit.

Puisque la totalité de la richesse produite aujourd’hui l’est comme un seul tout par l’ensemble des producteurs agissant en tant que « travailleur collectif » (Marx), il n’est pas possible d’en produire une partie sous une forme et une partie sous une autre. Le produit socialisé indivisible qui constitue la richesse aujourd'hui ne peut qu'être produit, soit entièrement comme valeur, soit entièrement comme simples objets utiles. Certes, certains biens peuvent être distribués directement en nature alors que d'autres ne restent disponibles que contre paiement en argent, mais il y a une nuance. En effet, les biens produits pour être distribués en nature auront toujours une forme de « valeur » puisque leurs coûts de production devront toujours être déduits de la plus-value réalisée dans le secteur des biens monnayables. La comptabilité des profits et pertes en unités de valeur serait donc toujours nécessaire.

C'est pourquoi tous ceux qui proposent, comme Mandel, un dépérissement progressif de la production marchande mettent l'accent sur la nécessité de retenir une unité de compte universelle (que ce soit des unités monétaires comme les prix fictifs ou que ce soit des unités de temps de travail comme lors des tentatives de mesurer directement la valeur économique) et ce, tant dans le secteur des « biens gratuits » que dans le secteur des biens monnayables.

Cette mutation de la production marchande en production utilitaire ne peut se produire que par une rupture, et non par une transition graduelle. Puisque «société sans classe » et « possession communautaire » sont synonymes, et puisque la production marchande est un non-sens sur la base de la possession communautaire, cette rupture (révolution) est en fait la même que celle nécessaire pour passer de la société de classes à la société sans classe.

En effet, ni les classes, ni l’État, ni la production marchande ni l'argent ne peuvent dépérir graduellement. Il n'est pas plus raisonnable de supposer que le capitalisme d’État puisse se transformer petit à petit en socialisme que ne l'était la supposition semblable des réformistes classiques par rapport au capitalisme privé.


dimanche 3 octobre 2010

Au-delà du syndicalisme

Nous souscrivons à la formule « n’importe quel syndicat vaut mieux que pas de syndicat », c’est-à-dire: il vaut mieux que les travailleurs soient organisés que pas organisés (autrement les employeurs vous marchent dessus). Ceci n’a rien à voir avec la révolution, mais simplement avec le fait de survivre le mieux possible sous le capitalisme.

Dans une période non révolutionnaire le concept de « syndicat révolutionnaire » est une contradiction dans les termes. Dans une telle période les syndicats ne peuvent être que des organes de défense. C’est pourquoi toutes les tentatives de créer des syndicats révolutionnaires ont toujours fini en création d’un nouveau syndicat ordinaire ou en disputes sectaires entre de petits groupes sans aucune influence sur le lieu de travail.

Pourquoi ne pas reconnaître simplement que n’importe quelle organisation sur le lieu de travail aujourd’hui va être, et ne peut qu’être, non révolutionnaire ? On adhère à un syndicat, non pas pour faire la révolution, mais pour protéger son beefsteak (c.à.d., par exemple, obtenir une compensation si on se blesse en trébuchant sur les fils de son ordinateur, être sûr que son salaire a été calculé correctement et autres questions éminemment non révolutionnaires).

Bien sûr il est légitime pour les socialistes de participer — simplement en tant que travailleurs salariés eux-mêmes — à ces luttes « économiques », forcément défensives, des travailleurs à propos de salaires, horaires, conditions de travail, etc.

Cela dit, il est vrai aussi que, lorsque les travailleurs deviennent révolutionnaires, les organisations « économiques » qu'ils ont formées le deviennent aussi. Soit par la transformation des syndicats actuels (pas impossible), soit par des scissions de ces syndicats (le plus probable, peut-être), soit par la formation de nouvelles organisations (aucune objection). C'est l'histoire qui en décidera. Ces organisations seraient, on pourrait le dire, des « syndicats révolutionnaires », dont la fonction serait d'organiser la continuité de la production pendant la période révolutionnaire.

Ce que Marx écrit au sujet du syndicalisme il y a presque 150 ans est toujours pertinent :

« Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du Capital, ils s'avèrent en partie inefficaces par suite de l'emploi peu judicieux qu'ils font de leur puissance. Ils manquent généralement leur but parce qu'ils se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et se servir de leur force organisée comme d'un levier pour l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition du salariat » (fin de Salaires, Prix et Profits).


dimanche 26 septembre 2010

La dynamique folle du capitalisme

Au sein du capitalisme il existe une concurrence entre capitaux rivaux. Pour survivre, chaque capital est obligé de chercher à prendre l'avantage sur ses rivaux, notamment en adoptant des méthodes de production plus efficaces qui permettent à ses marchandises de se vendre à des prix plus bas que ceux de ses rivaux. Autrement dit, l'avantage est gagné en accumulant du capital — en investissant dans de l'équipement nouveau capable de produire en plus ou moins de temps (c'est-à-dire, capable de réduire la quantité de travail socialement nécessaire à la production d'une marchandise et par conséquent de faire baisser sa valeur et son prix).

Aucun capital ne peut se permettre d'ignorer cette nécessité d'accumulation. Afin de simplement maintenir sa part de marché, chaque capital est constamment obligé de diriger la majeure partie de la plus-value qu'il réalise vers de nouveaux investissements. Dans un passage bien connu du Capital, Marx écrit :

« Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l'accroître, et il ne peut continuer de l'accroître à moins d'une accumulation progressive » (Le Capital, I, chapitre XXIV, section III).

Le « capitaliste individuel » dont parle Marx a été quasiment éliminé du capitalisme privé moderne. Mais les « lois coercitives externes » continuent d'agir même sur des multinationales géantes et sur des blocs entiers du capital d'État. Quelle que soit son importance et son étendue, chaque capital doit courir simplement pour rester sur place, et, pas plus que le capital privé, le capital d'État ne peut échapper à la contrainte.

C’est la raison pour laquelle les nationalisations et les étatisations ne peuvent libérer la société de la logique du capitalisme.

dimanche 19 septembre 2010

Ils ont raison (4)

Imagine (Imaginez)

Imaginez qu'il n'y a aucun Paradis,
C'est facile si vous essayez,
Aucun enfer en dessous de nous,
Au dessus de nous seulement le ciel,
Imaginez tous les gens,
Vivant pour aujourd'hui...

Imaginez qu'il n'y a aucun pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
Aucune religion non plus,
Imaginez tous les gens,
Vivant leurs vies dans la paix...

Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni

Imaginez aucunes possessions,
Je me demande si vous le pouvez,
Aucun besoin d'avidité ou de faim,
Une fraternité humaine,
Imaginez tous les gens,
Partageant tout le monde...

Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni.

John Lennon (1971)

dimanche 12 septembre 2010

Pourquoi il faut abolir le salariat

Pour la classe salariée, toute l'indignité et toute la misère que le capitalisme entraîne s'expriment à travers le système du salariat. En effet, c'est le fouet de salaires qui force les travailleurs à entrer dans les usines, les bureaux, les mines et les autres lieux de production afin d'y travailler pour le capital en produisant une plus-value.

Conscientes de ce fait, les premières générations de travailleurs militants appelaient l'emploi salarié « l'esclavage salarié ». Le travail salarié est au coeur du système capitaliste de sorte que, en avançant le slogan « abolition du salariat », ces militants revendiquaient en même temps l'abolition du capitalisme. Comme Marx l'a écrit dans un passage bien connu de Travail salarié et capital : « Le capital suppose donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l'un de l'autre ; ils se créent mutuellement ».

Dans le capitalisme travailler pour un salaire est la caractéristique fondamentale de la vie des travailleurs. Sous le régime capitaliste, ces derniers ne peuvent accéder aux moyens de production et participer à la production qu'en vendant leur force de travail à une entreprise qui, quelle que soit la fiction juridique (individuelle, société anonyme ou d‘Etat), leur est confrontée en tant qu'employeur. Une fois leur force de travail vendue, les travailleurs perdent tout contrôle sur l'utilisation de leurs énergies physiques et intellectuelles. Ils ne sont plus en mesure de décider librement de ce que leur force de travail produit, ni de l'organisation de la production.

Au contraire, vendre leur force de travail, c'est l'aliéner en tant que marchandise et donc abandonner à une entreprise-employeur le contrôle de son utilisation. Le salariat est donc non seulement l'une des caractéristiques capitalistes les plus évidentes du capitalisme mais son existence démontre que l'asservissement de la classe travailleuse continue.

dimanche 5 septembre 2010

Ce mardi en France

Si, le 7 septembre, nous sommes suffisamment nombreux à nous opposer au projet de réforme des retraites, nous pourrons faire reculer le gouvernement … mais en aucun cas, empêcher les nouvelles attaques qu’il nous prépare. Cela, aucune réforme, aucune mobilisation ne peuvent le faire.

Qu’on l’appelle « économie de marché », « libéralisme économique », « libre entreprise » ou qu’on emploie tout autre euphémisme, le système social sous lequel nous vivons est le capitalisme. Sous celui-ci, les moyens de production et de distribution des richesses sociales – les moyens d’existence de la société – sont la propriété exclusive d’une minorité parasite dominante – les détenteurs de capitaux ou classe capitaliste – au profit de laquelle ils sont inévitablement gérés.

La gauche critique ce système mais ne propose que des réformes qui permettent, intentionnellement ou non, de le perpétuer, lui et les problèmes qui en découlent inévitablement. Tenter d’aménager ce système en faveur des salariés, d’en adoucir les effets, en un mot, de l’« humaniser », c’est demander à un tigre de brouter du gazon.

Depuis plus d’un siècle que les réformistes ont eu la possibilité d’en finir avec les problèmes du capitalisme (chômage, précarité, pauvreté, insécurité, pénurie de logements ici, malnutrition, famine, guerre ailleurs), et en dépit de l’infinité de gouvernements de toutes tendances qui se sont succédés dans le monde au cours du dernier siècle, non seulement ces problèmes n’ont pas disparu, mais ils se sont aggravés et d’autres sont venus se greffer. En outre, les réformes si difficiles à obtenir, sont remises en cause par le premier gouvernement « libéral » venu (aujourd’hui le recul l’âge de la retraite et l’augmentation des cotisations).

Parce que, par définition, le capitalisme ne peut fonctionner que dans l’intérêt des capitalistes, aucun aménagement, aucune mesure, aucune réforme, n’ont pu (et ne le pourront d’ailleurs jamais) subordonner la propriété privée capitaliste à l’intérêt général. Pour cette raison, seule la menace d’un mouvement socialiste se fixant comme seul but réaliste et immédiat l’instauration de la propriété sociale (d’où le nom de socialisme) des moyens d’existence de la société, de manière à assurer leur gestion par (et, donc, dans l’intérêt de) la collectivité tout entière, pousserait les capitalistes à concéder des réformes favorables aux salariés de crainte de perdre tout le gâteau.

C’est pour la construction d’un tel mouvement que nous lançons un appel à tous les salariés conscients de l’opposition et de l’incompatibilité des intérêts des salariés avec ceux des capitalistes, à tous ceux qui, préoccupés par les attaques incessantes dont nous sommes victimes, désirent, non pas rafistoler la société actuelle mais y mettre un terme. Notre supériorité numérique écrasante nous permet tous les espoirs.

Ce n’est qu’après avoir placé sous le contrôle de la collectivité les moyens d’existence sociaux que nous pourrons enfin assurer leur gestion, non plus dans l’intérêt égoïste de leurs actuels propriétaires, mais cette fois, réellement, dans l’intérêt général. Alors seulement serons-nous en mesure de réaliser un monde dans lequel le système actuel des États rivaux sera supplanté par une communauté mondiale sans frontières, le rationnement par l’argent et du système du salariat par le libre accès aux richesses produites, la concurrence par la coopération et l’antagonisme des classes par l’égalité sociale.

dimanche 29 août 2010

L'utopie ou le chaos ?

Pour abolir la guerre, la menace de la guerre et les armements de toutes sortes il faut que tout ce qui se trouve sur la Terre et dans la Terre devienne l'héritage commun de l'humanité entière. La production se fera alors pour la seule satisfaction des besoins humains et non plus pour la vente et le profit et le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » sera mis enfin en application.

Autrement dit, on ne mesurera plus la contribution que chaque individu apportera ä la production (ce qui n'est d'ailleurs pas possible même de nos jours puisque le travail de production est déjà socialisé, c'est-à-dire que c'est un processus collectif), mais chacun contribuera de son mieux, comme il pourra ou comme il voudra et aura libre accès à tout ce qu'il lui faudra pour vivre, sans paiement d'aucune sorte.

Cette idée n'est pas notre invention mais au contraire c'est un rêve aussi vieux que l'humanité elle-même depuis la disparition du « communisme primitif ».

L'abolition de l'argent, une société non marchande, voilà ce que c'est que le communisme, ou le socialisme si l’on veut, peu importe le nom, bien que ces deux termes aient été tellement galvaudés qu'on est parfois tenté de les abandonner.

Une société sans argent (non seulement sans argent, bien sûr, mais aussi sans troc, sans salaires, sans profits, sans banques) est dans la logique des choses puisqu'on a déjà une production qui est collective et capable de produire une abondance pour tous. Une telle société serait une société véritablement humaine où les rapports s'établiraient entre êtres humains et non entre vendeurs et acheteurs, employeurs et salariés, gouvernants et gouvernés, meneurs et menés.

Une telle société se fait parfois traiter d'utopie. Mais pourquoi avoir peur de ce terme ? Il n'y a aucune solution aux problèmes sociaux d'aujourd'hui dans le cadre du capitalisme et il faut donc pouvoir imaginer une société différente qui sera une véritable solution de remplacement. Le choix, c'est indubitablement entre l'utopie ou le chaos.

lundi 9 août 2010

Nous pouvons faire mieux

Pendant des milliers d'années de l'existence humaine, il n'y eut pas de propriété privée des océans, sols, forêts ou minéraux. La propriété commune d'alors signifiait absence de propriété et coopération mutuelle. Avec le développement du capitalisme il y a quelques siècles, la bourgeoisie montante en Europe, avec le soutien de l'Eglise, a créé l'Etat-nation afin d'administrer l'économie dans l'intérêt de la nouvelle classe capitaliste, et les lois expropriatrices ont été coulées dans le marbre.

Le processus de dépossession des autochtones continue toujours aujourd'hui dans les Etats-nations d'Amérique du sud, d'Afrique et d'Asie. Nous pouvons faire mieux que verser le sang pour la propriété et l'exploitation  de la majorité par une minorité. Nous pouvons changer le monde à la même vitesse que les idées changent.

lundi 26 juillet 2010

Ils ont raison (3)

Quelle société voulons-nous ?

(‘R’, Arlon, Belgique, 1980)

La société pour laquelle nous luttons doit permettre l’émancipation de l’individu au sein de la collectivité. Les discriminations/ségrégations d’âge et de sexe n’existeront plus. Chacun est reconnu en tant qu’individu. Ce socialisme n’a rien à voir avec Claes, Leburton, Brejnev, Helmut Schmitt, Hua guo Feng . . .

Nous refusons les « socialismes » autoritaires, nationalistes, bureaucratiques ; quelle forme que ce soit de gouvernement sur le peuple est malsaine, l’autorité n’a de sens que si elle mène à l’autonomie et non à la dépendance.

Cela implique la disparition des classes sociales ainsi que les catégories « intellectuelles » et « manuelles » qui se fondent l’une dans l’autre. Ce système implique l’abolition de la propriété privée (ex. : propriété commerciale, industrielle. . . ) qui se transforme en propriété de la communauté et non de l’état. L’esprit de la propriété est également à abolir.

Le contrôle des moyens/instruments de production/distribution doit être fait par, et donc pour, la collectivité entière. Il en sera donc fini du profit financier, seule loi de l’économie, ainsi que de la sacro-sainte rentabilité.

Travailler pour un salaire, ce n’est pas du socialisme. Le salariat et l’argent sont abolis et le principe de la répartition des biens de la communauté se fait en fonction des besoins de chacun. La société doit être guidée par l’impératif des besoins réels des gens et non pour en retirer un profit. Nous entendons par besoins réels : nourriture, habillement, logement, loisirs, besoins de créativité, services. . .

Partout, chacune et chacun doit y avoir accès.

Cette société repose sur le pouvoir populaire qui s’exprime à travers les groupes de base (quartiers, usines, chantiers, fermes. . . ) Exemple : les propositions de ces groupes sont centralisées par des conseils élargis, composés de techniciens qui apportent les modifications nécessaires pour éviter désordre et confusion dans la production et rendre compatibles les volontés des divers groupes de base. Ensuite, ces propositions doivent retourner à la base pour y être rediscutées ou approuvées de façon à ce quelle en garde toujours le contrôle et la responsabilité de son application.

Nous sommes donc pour une société qui ne délègue pas.

Les institutions (ex : famille, école, églises,. . . ) sont des agents de transmission de l’idéologie traditionnelle et nous devons les repenser de façon critique et fondamentale. Epinglons ici la contrainte religieuse, l’imposture des religions organisées.

Une société sans rivalité, sans frontière ; une société de fraternité internationale, c’est possible. . . mondialement.

samedi 10 juillet 2010

« La prise au tas »

On dit que « la prise sur le tas » — c’est-à-dire, la gratuité généralisée, partie intégrante de la société socialiste « est un « fantasme ». Pourquoi ? A cause  (on aurait pu le deviner) de la « nature humaine » ! On nous accuse de vouloir changer cette nature et de créer un « Homme Nouveau». Pas nous, en tout cas. Nous sommes d’accord que « le socialisme doit se construire avec les gens que nous côtoyons tous les jours », ou plutôt que ce sont les gens ordinaires d’aujourd’hui, dont nous sommes, qui vont instaurer le socialisme. Ils vont le faire, non pas pour réaliser un quelconque principe philosophique ni en cherchant à établir une société idéale, mais — simplement et précisément — pour créer un cadre dans lequel ils peuvent résoudre les problèmes concrets qu’ils doivent subir au sein de, et à cause de, la société capitaliste, basée sur le monopole de classe sur les moyens de production et des lois économiques qui imposent la recherche des profits comme objectif prioritaire. Ce cadre, c’est la situation où les moyens de production seront devenus l’héritage commun de toute l’humanité, permettant ainsi à la  production d’être orientée directement vers la satisfaction de besoins humains.

lundi 28 juin 2010

« Une alternative postcapitaliste »

Selon ce site, le capitalisme, à cause de ses contradictions économiques, va vers sa destruction. D’où la nécessité de penser une société postcapitaliste.

Nous ne pouvons être d’accord que l’autodestruction du capitalisme soit « inévitable, ce n’est qu’une question de temps ». Malheureusement le capitalisme est plus stable que les auteurs du site ne le pensent. Toutefois laissons cela de côté et considérons leur « proposition pour une alternative postcapitaliste » :
« Le premier fondement sur lequel repose notre alternative postcapitaliste est la suppression de la formation de plus-value. Non seulement la plus-value doit son existence au surplus de travail non rémunéré — donc de l’exploitation — déjà pour cette raison condamnable, mais la conversion sur le marché de biens et de services contenant une plus value en espèces sonnantes est également la source de tous les problèmes inhérents au capitalisme. La manière dont notre alternative exclut la formation de la plus value se résume en un système de production dans lequel l’argent est absent. Excluons l’argent de la production de biens et de services et le travail ne pourra plus être acheté, par conséquent une plus value du travail non rémunéré et donc également la formation d’une plus value ne seront plus possible. Et à la question comment un système de production sans argent est possible, la réponse est en gros la suivante : en mettant fin à l’acquisition d’un revenu pécuniaire dans la production. (…) Les matières premières et le travail deviennent donc gratuits. Et ceci entraîne la séparation entre revenu et entreprendre. Il n’est en effet plus nécessaire d’investir pour l’achat de biens de production, de matières premières et de travail. Ils sont devenus gratuits. Et si le travail ne doit plus être acheté, il n’est plus question non plus de formation de plus value par le surplus de travail non rémunéré. Dans un système de production sans argent la formation d’une plus value est tout simplement impossible. »
Et
« Le travail et les autres moyens de production pouvaient librement être assemblés dans le processus de production, sans être entravé par la question de la disponibilité de l’argent, ou par le fait que des salaires et des revenus devaient être payés. Plus fort encore, il était possible de produire librement et sans entrave, non pas malgré, mais précisément parce que l’argent et l’acquisition de revenus ne jouaient aucun rôle. Justement parce que la force de travail et les autres moyens de production étaient de ce fait gratuits, il n’y avait rien qui entravait une production optimale, bien entendu dans le cadre du développement des techniques disponibles. »
Tout va bien jusqu'ici. Puis :
« Ci-dessus nous avons déjà indiqué que par l’exclusion de l’argent de la production des biens et des services, les biens de consommation seront gratuits dans l’économie postcapitaliste. Ces biens pourront donc en principe être distribués sans frais et par conséquent gratuitement. “En principe” parce que du fait de l’avidité humaine la consommation prendrait des formes qui dépasseraient de loin la soutenabilité de l’environnement. »
Ils veulent donc "une monnaie de consommation", un budget plus ou moins égal périodiquement alloué à tous", parce qu’ils considèrent que les gens sont "avides" et continueraient de l’être même dans une société postcapitaliste où l’argent sera exclu de la production.

Par contre nous, nous pensons pas que les gens soient ‘avides’ par nature, mais qu’ils se comportent comme s’ils l’étaient dans des conditions  de rareté et d’insécurité. Dans des conditions d’abondance et de sécurité ils se comporteraient autrement, comme le "Frère de Soledad" George Jackson l'a expliqué :
« Considérez ce que seraient les approvisionnements dans un monde entièrement automatisé, imaginez la mise en application de la théorie de l'abondance économique. Vous pigez : plus de gaspilleurs, plus de restrictions à la production. Plus d'intermédiaires, plus d'argent. Des magasins où serait stocké tout ce qui peut être utile au corps ou au foyer de l'homme. Pourquoi alors les gens n'entasseraient-ils pas, comment une telle opération serait-elle possible, comment les magasins d'approvisionnement pourraient-ils garder des marchandises si celles-ci étaient gratuites ?
L’homme amasse pour se prémunir contre le manque, contre le besoin, n'est-ce pas ? Ne lui a-t-on pas appris que demain recèle l'épouvante, qu'il doit entasser un surplus en provision de cette épouvante, être cupide, accumuler des biens s'il veut réussir dans ce monde plein de menaces ? Amonceler des noix pour l'hiver à venir.
Changez l'environnement, éduquez a l'homme, et l'homme sera différent. Le magasin d'approvisionnement fonctionnera aussi longtemps que les gens sauront qu'ils peuvent compter sur lui, qu'il y a en abondance les choses dont ils ont besoin, les choses qu'ils désirent (qu'ils désirent vraiment) ; dès lors qu'ils sont assurés que l'effort commun produit et produira toujours l'abondance, ils ne se soucient pas d'entasser à la maison au-delà de leurs besoins.
L'eau est gratuite, est-ce que les gens boivent plus qu'il n'est nécessaire ? »
(George Jackson, Les Frères de Soledad, lettre du 17 juin 1970.)

lundi 21 juin 2010

Le Parti socialiste du Canada d'avant 1914

Il n’y a pas grand’chose sur le NET en français sur l’histoire de l’ancien Parti socialiste du Canada. Nous n’en avons pu trouver que deux :
Peter Campbell, Easts Meets Left : South asian Militants and the Socialist Party of Canada in British Columbia, 1904-1914

Peter Campbell examine les liens privilégiés qui se sont établis au début du vingtième siècle entre le Parti socialiste du Canada et la communauté d’origine indienne installée en Colombie-Britannique. A l’époque, les villes portuaires de la côte ouest, Vancouver en tête, accueillaient une population issue de l’immigration indienne parmi laquelle on pouvait trouver un certain nombre de militants et d’activistes de gauche voués à l’abolition du régime colonial britannique en Inde et des politiques d’immigration racistes et discriminatoires au Canada. Peter Campbell nous fait connaître les principaux protagonistes de ce milieu, leurs combats et leur idéologie. A travers un texte riche en informations peu ou mal connues, il explore la dynamique qui, en dépit d’un environnement social et d’une culture politique ouvrière généralement hostiles à l’immigration asiatique, a favorisé une certaine convergence de la communauté d’origine indienne de la Colombie-Britannique vers le Parti socialiste du Canada. Campbell note surtout combien, malgré le dogmatisme qui le caractérisait, ce parti s’ouvrit à la communauté d’origine indienne et appuya ses luttes sans chercher à influencer ou à modifier le cadre de références politico-religieux particulier qui animait la plupart de ses membres. Dans la Colombie-Britannique du début du vingtième siècle, le Parti socialiste s’est battu pour et avec les militants indiens contre le racisme et l’exclusionisme ambiant. Peter Campbell dévoile un pan nouveau de l’histoire politique canadienne et jette un éclairage insoupçonné sur les origines de la tradition d’engagement politique profond qui continue encore de marquer le processus d’intégration de l’immigration indienne au sein de la société canadienne.

Résumé:
Les deux premières décennies du 20e siècle se sont montrées riches de promesses tant pour le socialisme que pour la lutte anti-impérialiste. A l’exception peut-être de l’Irlande, c’est en Inde que ces deux combats apparentés l’un à l’autre se sont manifestés avec la plus grande force. En Inde, des mouvements anti-coloniaux influencés par la pensée occidentale ont eu une incidence marquée sur les mouvements de boycottage et les chefs de file des luttes des travailleurs et des paysans. Tandis que des socialistes occidentaux s’efforçaient d’intégrer à la cause du socialisme l’anti-impérialisme qui se manifestait alors en Inde, des militants anti-impérialistes de l’Asie du Sud tant en Inde qu’en Occident tentaient de se servir d’idées occidentales pour transcender le sectarisme religieux et rassembler les Musulmans, les Sikhs et les Hindous dans une lutte commune contre le Raj, la domination britannique en Inde. Dans la période qui s’étend de 1904 à 1914, une épisode de la recherche, par des militants de l’Asie du Sud et des socialistes occidentaux, d’un terrain commun dans le cadre de la lutte contre l’impérialisme, s’est déroulé sur la côte Ouest du Canada. Sans égard à leurs différences « raciales » et culturelles, les chefs de file et porte-parole de ces mouvements se voyaient confrontés au même défi - l’éducation des militants de la base de leurs propres mouvements et la tâche formidable de favoriser l’unité par-delà les identités. Le Ghadar, le mouvement créé par des militants de l’Asie du Sud sur la côte Ouest de l’Amérique - et à l’intérieur duquel se retrouvaient des membres et des sympathisants du Parti socialiste du Canada et des Industrial Workers of the World - offre un exemple de tentative concrète de créer un mouvement non racial et non sectaire voué à la disparition de l’impérialisme britannique et à la création d’une société égalitaire.
International Journal of Canadian Studies/Revue Internationale d'etudes canadiennes 20, Fall/Automne 1999.
Peter Campbell, “Making Socialists”: Bill Pritchard, the Socialist Party of Canada, and the Third International

Le legs du Parti socialiste du Canada nous a été transmis par le biais d’expressions dont celles de déterminisme économique, de matérialisme mécaniste, « d'impossibilisme », et de sectarisme. La vie de Bill Pritchard nous révèle les origines humanistes du parti et l'influence d'une tradition britannique d'éthique socialiste instruit, organisé et résolus à fonder une société entièrement socialiste. Même si appuyerent la Revolution russe, Bill Pritchard et ses confrères marxiste-socialistes ne désiraient aucunement compromettre leur objectif à la faveur du programme de la Troisieme Internationale. Leur humanisme, autant que leur déterminisme, nous permet de comprendre leurs décisions et l'héritage de croyances qu'ils nous ont transmis.
Labour/Le Travail 30, Fall/Automne 1992
Le programme du Parti socialiste du Canada en 1911 :

1. Abolir la propriété privée des moyens de se procurer la nourriture, les vêtements et le logement.
2. Rendre propriétés collectives le sol, les chemins de fer, les services publics, les usines, les mines et les inventions.
3. Assurer la gestion et l'organisation démocratique de l'industrie par le peuple, pour le peuple.
4. Produire les nécessités de la vie pour leur usage plutôt que pour le profit.
5. Voir à ce que chacun possède le droit de travailler et de gagner sa vie.
6. Voir à ce que personne, à l'exception des enfants et des malades, ne puisse vivre aux dépens des autres

mardi 15 juin 2010

Ils ont raison (2)

Révolution : pour la plupart des gens ce mot dont nous autres, Socialistes, sommes obligés de faire si fréquemment usage, a un écho terrifiant. L'on a beau expliquer qu'il n'est pas nécessairement synonyme de changement lié à des émeutes ou à toute autre forme de violence, et qu'il ne signifie jamais un changement purement mécanique qu'imposerait à une opinion publique hostile un groupe d'individus ayant réussi d'une manière ou d'une autre à s'emparer du pouvoir exécutif pour le moment ; l’on a beau expliquer qu'on donne au mot révolution son sens étymologique pour désigner une transformation des fondations de la société, les gens prennent peur d'un aussi vaste bouleversement et vous supplient de bien vouloir parler de réforme, et non point de révolution.

Mais pour nous autres Socialistes, le mot révolution ne recouvre absolument pas ce qu'entendent ces bonnes âmes qui parlent de réforme. Et je ne puis m'empêcher de penser que nous aurions tort de parler de réforme, quelle que soit la nature des projets que nous pourrions cacher sous son enveloppe anodine. Aussi nous en tiendrons-nous à notre propre terme, qui signifie une modification des fondations de la société. Certains risquent de s'en alarmer : les voilà en tout cas avertis qu'il y a matière à craindre. Faire comme si le danger n'existait pas ne le diminue en rien. D'autres, par contre, en seront encouragés ; pour eux au moins le sens du mot révolution sera une source non point de peur, mais d'espérance.

dimanche 6 juin 2010

Gaza

Notre position sur des évènements des derniers jours se trouve ici.

mardi 1 juin 2010

Fallait pas dire la vérité

Le président d'Allemagne, Horst Köhler, a démissionné hier. Pourquoi ? Selon Le Monde, en visite en Afghanistan
il y a une semaine, Köhler avait souligné, lors d'une interview à la radio qu'un pays comme l'Allemagne, dépendant fortement de son commerce extérieur, devait être conscient de l'importance de son action militaire à l'étranger. « [Cette dernière est] nécessaire pour maintenir nos intérêts, comme, par exemple, libérer les routes commerciales ou prévenir des instabilités régionales qui pourraient avoir un impact négatif sur nos perspectives en termes de commerce, d'emplois et de revenus. »
Pourtant c'est vrai. En effet l'action militaire à l'étranger s'entreprend pour protéger les intérêts matériels capitalistes, à propos de débouchés, de sources de matières premières et de routes commerciales. Cependant si on est politicien il ne faut pas le dire au peuple sous peine d'être obligé de démissionner.


lundi 31 mai 2010

Comment fonctionne le capitalisme

Lu dans Le Monde de samedi 29 mai :
« . . . les armateurs n'ont pas fini de payer les conséquences du — classique — déphasage entre cycles propres au commerce mondial et les délais imposés par la construction de navires.

Lors de la période faste du milieu des années 2000, les acteurs du commerce maritime ont multiplié les commandes aux chantiers navals, persuadés que le boom des échanges allait perdurer.

Malgré les annulations ou les renégociations de contrats, les transporteurs doivent continuer de mettre en service d'énormes bateaux flambant neufs, sans pou voir toujours trouver les cargaisons qui les feront naviguer dans des conditions de rentabilité satisfaisantes.

Ainsi, les livraisons de porte-conteneurs prévues d ici à 2012 représentent 30 % de la flotte mondiale. Les affaires reprennent mais, pour les armateurs, la dépression de 2009-2010 pourrait être plus longue que prévu à surmonter »
Effectivement, c’est « classique ». Les capitalistes, dans n’importe quel domaine de production, croient toujours qu’un boom va continuer et se font concurrence entre eux à satisfaire un marché en expansion temporaire. Mais tôt ou tard le résultat est la surproduction par rapport à la demande payante. Il était toujours ainsi - et le sera aussi longtemps que le capitalisme dure. Ne serait-il pas mieux de produire simplement et directement pour satisfaire des besoins ?

lundi 24 mai 2010

Comment sera le socialisme?

Comment sera le socialisme, une fois établi ? Nous ne pouvons évidemment pas fournir de plan détaillé du socialisme, puisque les détails précis seront élaborés par la majorité qui dans l'avenir établira cette société et y vivra. Mais nous pouvons faire certains commentaires généraux sur sa nature.

Nous pouvons dire que ce sera la fin de la vente et de l'achat ainsi que de toutes les autres institutions financières et commerciales telles que l'argent, les prix, les salaires, les banques, la publicité,...

Nous pouvons dire qu'avec la disparition de facteurs tels que le coût et la compétition, les gens planifieront la production démocratiquement, selon leurs besoins, et se serviront librement de ce dont ils auront besoin dans l'abondance de biens produits par la technologie moderne.

Nous pouvons dire que le travail se fera par coopération volontaire, qu'il perdra son côté de tâche rebutante pour devenir une activité positive et agréable, et qu'hommes et femmes seront tous égaux dans la société.

Nous pouvons dire qu'il régnera une démocratie totale dans tous les secteurs de la vie et qu'on aura la liberté de choisir ses activités et ses occupations sans être bousculé par des décisions venant d'en haut ni par aucune sorte d'autorité arbitraire.

Nous pouvons dire que le socialisme sera mondial: il ne peut être que mondial. Un socialisme français, canadien ou britannique est une contradiction dans les termes et, en tout cas, le monde est si bien unifié maintenant en matière de communications, de modes et de dissémination d'idées, que si les habitants d'un pays étaient prêts pour le socialisme, ceux du reste du monde ne pourraient pas être loin derrière.

Nous ne pouvons rien dire d'autre sauf, qu'à notre avis, l'établissement de cette communauté mondiale fondée sur la possession en commun et l'administration démocratique est la seule solution aux problèmes de la vie moderne. C'est une solution qui peut sembler appartenir à un avenir lointain, mais si vous êtes d'accord avec nous et que vous nous aidez à répandre les idées socialistes, vous vous en rapprocherez.

dimanche 16 mai 2010

La réforme monétaire : hors de propos

Au Canada il y avait un parti et des parlementaires créditistes , mais comme on peut le voir c'étaient des conservateurs et des populistes. Ils voulaient réformer le système monétaire en laissant le reste du système économique tel quel, y compris le marché libre et la production pour le profit.

Le créditisme est basé sur l'erreur selon laquelle la production ne génère assez de pouvoir d'achat pour acheter toute la production nouvelle (le fameux théorème A + B de Douglas). Selon les créditistes, donc, l'État doit intervenir et payer à chacun un « dividende social » afin que toute la production nouvelle puisse s'écouler.

Si cette analyse est vraie, et étant donné que l'État ne paie aucun « dividende social », on se demande pourquoi le système économique actuel ne s'est pas effondré depuis longtemps. Mais elle n'est pas vraie : assez de pouvoir d'achat est généré dans la production -- sous la forme de salaires et de profit et ses dérivés -- pour acheter toute la production nouvelle. C'est pourquoi les critiques du créditisme disent que le paiement d'un « dividende social » par l'Etat, en augmentant le montant de la monnaie en circulation au-delà du niveau requis, mènerait à une inflation sérieuse.

De toute façon, depuis que tous les États ont abandonné l'étalon-or dans les années 30, l'État seul décide de l'émission de la monnaie. Les banques privées ne font que prêter de l'argent soit qu'on y a déposé soit qu'elles ont emprunté elles-mêmes. On aurait cru que la crise bancaire actuelle aurait fait disparaître l'idée selon laquelle les banques peuvent créer de rien de l'argent à prêter. Après tout, si elles le pouvaient, pourquoi ne l'ont-elles pas fait ? Pourquoi les « bail-outs » ?

Ce qu’il faut, ce n ’est pas la réforme monétaire (ni la soi-disant « socialisation » des banques) mais l’abolition de l’argent et des banques par la mise en commun des ressources productives et la production pour la seule satisfaction des besoins humains.


mardi 11 mai 2010

Annuaire du MSM

Movimiento Socialista Mondiale (en italien):
Site - Page Facebook - Myspace - mail

  Socialisme mondial:

Socialist Parti of Canada:


Socialist Party of Great Britain:

Socialist standard:

World Socialist Movement:

World Socialist Party US:

dimanche 9 mai 2010

Ils ont raison (1)

Le capital, par son développement, socialise le monde. Toute production individuelle tend à être détruite. Là où les travailleurs ne sont pas transformés en salariés, ils sont cependant intégrés au capitalisme par l'intermédiaire de l'argent. Ce qu'ils produisent n'est plus qu'une marchandise, qui leur échappe sur le plan économique et monétaire. Mais surtout l'industrie s'étend sur le monde. Chaque produit tend à devenir le fruit des efforts de l'humanité entière. Le sujet de la vie économique et sociale n'est plus l'individu, mais le corps social dans son ensemble, l'humanité, sujet collectif. En ce sens, la socialisation n'est pas réalisée par le communisme, mais par le capital lui-même : elle n'est que le résultat de la mise en place du marché mondial. Elle n'existe que par les rapports d'échange qui s'établissent entre les entreprises et les pays. Elle n'implique par conséquent aucune utilisation collective des richesses accumulées par la collectivité, mais seulement l'utilisation de cet instrument social de production à seule fin de développer la valeur, et en utilisant les méthodes qu'elle impose. La socialisation capitaliste du monde le transforme en un immense appareil productif, dont l'industrie forme la base, et dont les différentes parties sont autant d'entreprises et de producteurs isolés, privés.

Le capital va jusqu'à nier la propriété privée des individus sur les moyens de production : il exproprie lui-même les capitalistes. Le rôle du propriétaire individuel se transforme dans un système dominé par la concentration des sociétés par actions et les trusts. Dès lors, ce ne sont plus des individus qui représentent et incarnent la propriété privée, mais les instruments de production eux-mêmes qui se groupent en autant d'entités juridiques et économiques tendant à constituer un monde particulier régi par ses propres lois. La contradiction du capital est toujours la même et oppose la valeur (la propriété privée, l'échange) à la valeur d'usage ( l'appareil productif socialisé, et en premier lieu le capital fixe ). Mais la manière dont se présente la contradiction s'est modifiée, et témoigne à la fois du développement du capital et de la maturation des conditions de sa destruction. La lutte s'est dépersonnalisée. On sait que les lois de la propriété privée ne font qu'exprimer l'existence et les exigences de l'échange et de la valeur. Elles ne s'appliquent plus tant maintenant aux personnes qu'aux choses. Ce qui est désormais en jeu, c'est l'affrontement d'un appareil productif déjà socialisé, mais qui reste encore emprisonné par la valeur dans le cadre d'entreprises autonomes : il est littéralement décomposé, divisé en unités de production séparées et reliées seulement par la valeur alors que la constitution même de ce complexe productif international détruit le fondement objectif de la valeur, et abolit ainsi sur le plan strictement économique la nécessité de la production privée. Le communisme ne réalise donc pas la socialisation de la production (qui est au contraire l'œuvre du capital), mais libère cette socialisation des pratiques contraignantes de la valeur. L'expropriation des expropriateurs se présente alors comme une question, non de personnes, mais de rapports sociaux. Il s'agit d'enlever à la richesse socialisée son caractère de valeur.

Le communisme est l'appropriation par l'humanité tout entière de l'ensemble de ses richesses.

(Extrait de Le Mouvement communiste de Jean Barrot, Éditions Champ Libre, 1972)

dimanche 2 mai 2010

Ni marché ni plan d'Etat

Normalement on présume la possibilité de deux systèmes économiques seulement, l'un basé sur l'échange libre des biens et services et l'autre sur le transfert forcé des biens et services, ce que l'on appelle, respectivement, le Marché et le Plan (que l’on pourrait également appeler le capitalisme privé et le capitalisme étatique). Ce point de vue ignore totalement une troisième façon de transférer les biens et services - donner et recevoir librement et gratuitement - donc l'existence d'une troisième possibilité, un système économique qui ne serait basé ni sur le Marché ni sur le Plan, mais sur le Don.

Grâce à la technologie moderne, une telle économie ne serait pas basée sur des dons faits directement entre particuliers, mais ce serait une économie dans laquelle chaque membre de la société donnerait son travail à la société entière (c'est à dire à tous collectivement) et recevrait gratuitement de la société les biens et services nécessaires à ses besoins.

Est-ce qu'une économie dans laquelle les gens travaillent volontairement pour produire les biens et les services dont ils se servent librement et gratuitement selon leurs besoins - qu'eux-mêmes déterminent - (plutôt que sur l'achat et la vente ou que sur la planification d'Etat) serait réalisable ? Tout système économique, en tant que système de transfert de biens et services, doit être capable de résoudre deux problèmes cruciaux : la motivation (essentiellement l'incitation à travailler) et l'information (sur les produits et services requis et la meilleure façon de les fournir).

Quant à la motivation, il n’est pas trop difficile à réfuter le préjugé selon lequel une société où le travail serait volontaire et les biens gratuits ne fonctionneraient pas à cause de la nature avide, paresseuse, égoïste et agressive des hommes. Il y a assez de preuves sociologiques et anthropologiques démontrant bien qu'il n'y a rien dans la structure biologique et psychologique de l'homme qui puisse l'empêcher de coopérer dans l'intérêt général.

Quant à l'information, l'information principale nécessaire serait de savoir ce que les gens veulent, et ceci ne présente pas problème. Il suffit d'enregistrer ce que les gens choisissent de prendre pendant un certain temps ou tout simplement de le leur demander dans des enquêtes de sondage. Le choix des méthodes de production à utiliser pour fournir les biens et services afin de satisfaire ces besoins constitue un problème plus complexe. Des calculs seraient toujours nécessaires, mais on pourrait les faire en nature; ils seraient donc techniques, réalisés en quantités physiques tout en tenant compte des considérations sociales telles que les conditions de travail et la pollution.

Un monde sans argent est donc tout à fait réalisable. Il suffit qu’une majorité le veuille !

dimanche 25 avril 2010

Un monde sans profit

Sans la propriété et l'argent, il n'y aurait pas de loyer à payer, d'intérêts ou de profit. Puisque le profit est le motif de la production dans le capitalisme, cela veut-il dire que dans un système post-capitaliste nous mourrions de faim ? Le profit n'est pas le seul motif qui pousse à faire les choses, pas même le meilleur. Le meilleur motif est simplement le besoin. Nous ferions des choses parce que les gens en ont besoin.

Le profit opère d’une manière différente. On produit seulement pour faire de l'argent, de sorte qu'une entreprise capitaliste peut produire des choses dont les gens bien souvent n'ont pas besoin mais qui se sont fait dire par des publicités qu'ils en ont besoin. Ça n’a rien à voir avec le besoin en tant que tel, donc si un milliard de personnes ont besoin d’eau potable mais ne sont pas en mesure de la payer, il n’y a pas de raison de leur en offrir selon ce principe. Ils n'ont qu'à s’en passer.

Avec le profit, il y a aussi la perte, donc il est normal pour une entreprise de sauver de l'argent en produisant bon marché, en faisant de la camelote, ou en faisant des choses si fragiles que les gens doivent en racheter, et de produire des déchets polluants car c’est moins coûteux que de recycler et réutiliser. Avec les mécanismes du marché, les multinationales peuvent dominer la culture planétaire avec une sorte d'uniformité plastique qui fait que chaque ville semble identique et qui nous incite à manger la même nourriture et à porter les mêmes vêtements.

Abolir la propriété privée ne veut pas nécessairement dire abolir la civilisation, les constructions, la nourriture, la culture, les hôpitaux, les cinémas ou notre propre identité personnelle. Cela signifie simplement abolir un vieil accord disant qu'il est correct pour un grand nombre de personnes de s'accommoder de peu de choses de sorte que quelques personnes puissent avoir trop de tout. Nous pourrions garder la plupart des choses que nous jugeons chères à nos yeux. Laisser le capitalisme derrière n'est pas comme revenir en arrière. Ça ne veut pas dire se débarrasser de tout et détruire nos plus précieuses croyances. C'est simplement une question de progrès. C'est rendre le monde meilleur qu'il ne l'est maintenant.

Cela implique certainement une révolution sociale. Les travailleurs et les dépossédés du monde devraient arrêter de se battre entre eux et plutôt s'unir pour vaincre la minorité de la classe possédante. C’est un acte révolutionnaire. Naturellement, les riches n'aimeront pas ça et essaieront d'arrêter le processus. Mais ils ne constituent qu'une personne sur vingt, ne l'oubliez pas. Une révolution n'est pas une mauvaise chose en soi : pensez simplement à la révolution informatique, la révolution de l'information. Une révolution n'a même pas besoin d'être violente, elle doit juste être complète et bien organisée.

Vous vous dites que ça ne fonctionnerait pas. Vous vous dites que c'est impossible, que c'est contre la nature humaine, ou quelque chose de ce genre. Vous êtes presque obligé de penser cela. Nous avons tous été élevés dans le capitalisme et pensons que le capitalisme est naturel, correct et approprié.

Mais plusieurs d'entre nous ne croient pas cela, et peut-être que maintenant vous commencez à voir pourquoi.

lundi 19 avril 2010

Le « tiers-monde »

Le point de départ de toute analyse sérieuse du soi-disant « tiers-monde » doit être la constatation qu’il n’existe au monde aujourd'hui qu'un seul système social : l’économie-monde capitaliste. Ce système est né en Europe au XVIe siècle mais ce n'était que vers la fin du XIXe siècle qu'il a couvert la totalité du globe.

Dire que le capitalisme couvre le globe ne veut pas dire que tous les habitants du globe sont soit des capitalistes soit des travailleurs salariés, mais simplement que la vie de chaque homme sur la terre est dominée par le fonctionnement de l'économie-monde capitaliste (même s'il peut exister quelques tribus oubliées dans la jungle de la Nouvelle-Guinée ou ailleurs). Par exemple, la plupart des paysans du tiers-monde produisent des « cash-crops » à vendre sur le marché mondial.

La mondialisation du capitalisme signifie qu'il n'y a aucune solution « nationale » aux problèmes sociaux. La solution se situe également à l'échelle mondiale : une révolution sociale mondiale qui remplacera l’économie-monde capitaliste par le socialisme mondial.

En d'autres termes, ce ne sont pas seulement des mouvements sociaux dans le tiers-monde qui ne peuvent pas isolément poser le problème de la révolution socialiste. Ceci est vrai également pour des mouvements sociaux dans un pays du monde « avancé ». La révolution socialiste sera mondiale ou ne sera pas.

En plus, puisque le capitalisme a (depuis la fin du XIXe siècle) posé les bases matérielles pour une société mondiale d'abondance, tout le globe, y compris les parties non-industrialisées, peut passer directement et ensemble à la société socialiste. Le socialisme mondial est donc non seulement dans l'intérêt des travailleurs salariés des aires industrialisées du globe mais également dans celui des paysans et ex-paysans du tiers-monde. Comme on disait, « l’émancipation de la classe ouvrière impliquera l'émancipation de l’'humanité entière sans distinction de race ni de sexe ».

II reste vrai cependant, que l'épicentre de la révolution socialiste ne peut qu'être les aires industrialisées du monde parce que c'est ici que se trouvent et les industries capables de fournir l'abondance pour tous et les gens formés et qualifiés pour les faire fonctionner dans l'intérêt de tous. Si la révolution y commençait, le tiers-monde n'aurait qu'à suivre (ce qu'il fera sans doute bien volontiers et sans hésitation) tandis que dans le cas inverse (qui n'est pas à exclure a priori, d’accord) il y aurait de graves problèmes, difficiles sinon impossibles à surmonter.

Puisque la production est déjà aujourd’hui collective et mondiale (tous les salariés et autres producteurs du monde ne forment qu'un seul « travailleur collectif ») on ne peut attribuer la production d'une partie de la plus-value à une seule région du monde, pas plus qu'à un seul pays, une seule usine ou un seul individu. Toute la plus-value du monde est produite collectivement par les travailleurs du monde entier. Sa répartition parmi les capitalistes du monde est autre chose et il se peut que les capitalistes « indigènes » du tiers-monde (« bourgeoisie nationale » si on veut) n'aient pas assez de force, c'est-à-dire, n'aient pas des États assez puissants, pour s'accaparer leur « juste » part de ce butin, mais en quoi cela concerne-t-il les producteurs du monde? C'est une simple querelle entre brigands !

S'il est vrai que, en règle générale, les salariés en Occident reçoivent des salaires plus élevés que les salariés du tiers monde, c'est que ceux-là sont plus formés et plus qualifiés et vendent donc une force de travail d'une qualité supérieure pour laquelle les employeurs doivent, selon les lois du marché, payer plus. Ceci n'a rien à voir avec une prétendue participation à une exploitation du tiers-monde.

lundi 12 avril 2010

Un peu d'histoire: Le SPD d’avant 1914

Dans la polémique de 1910-1912 concernant « la grève de masse » entre, d'un côté, Luxemburg et Pannekoek, et de l'autre, Kautsky, les deux côtés ont partagé la même supposition : que dans l'Allemagne de l'époque il existait réellement un mouvement socialiste de masse embrassant un tiers de la classe travailleuse, avec bon nombre de membres du Reichstag, une presse quotidienne et hebdomadaire, de nombreux employés salariés (y compris tous les trois polémistes). Dans ces conditions le débat portait sur quelle devrait être la tactique d'un mouvement socialiste de cette dimension - et, donc, pas comme nous aujourd'hui, capable d'influer sur le cours des événements - en vue d'augmenter sa force. Kautsky, tout en n'étant pas opposé à des grèves politiques dans certaines circonstances, plaidait pour donner la priorité à l'augmentation du nombre de membres du SPD au Reichstag. Luxemburg et Pannekoek disaient que l'action parlementaire devrait être accompagnée par des actions extra-parlementaires, comme moyen, en particulier, de démocratiser le système électoral en Prusse, c'est-à-dire pour une reforme démocratique.

La question que l’on peut poser est celle-ci : si un mouvement socialiste révolutionnaire embrassant un tiers de la classe travailleuse existait réellement, quelles devraient être ses tactiques ? Est-ce qu'on peut supposer qu'il s'abstiendrait de participer à des élections (quand des sièges seraient là à prendre) ? Ou qu'il s'opposerait à ce que les travailleurs s'organisent dans des organisations permanentes en vue de négocier le prix de leur force de travail avec les employeurs ?

Bien entendu, c'était une grande illusion. Le SPD n'était pas un parti socialiste révolutionnaire ; son soutien parmi les travailleurs n'avait pas été construit sur la base du programme socialiste. Il était effectivement ce que Bernstein voulait qu'il admette d'être : un parti de réforme démocratique et sociale au sein de la société capitaliste.

Ceci devient évident en 1914 lorsque les membres SPD du Reichstag votent pour la guerre. Et c'était cet événement, plutôt qu'un facteur économique tel que la saturation des marchés ou une chute permanente du taux de profit (ou une transition mystérieuse de la domination formelle a la domination réelle du capital), qui a provoqué un ré-appréciation des tactiques d'avant la guerre, y compris celles prônées par Luxemburg et Pannekoek (qui comprenaient l'action électorale et syndicale).

Nous ne savons pas si, oui ou non, Luxemburg aurait abandonné complètement ces tactiques puisqu'on ne lui a pas permis de vivre assez longtemps (mais probablement pas, étant donné que dans son discours lors du congrès qui a établi le Parti communiste d'Allemagne, elle a parlé en faveur de participation aux élections à l'assemblée constituante allemande). Mais Pannekoek l'a fait, tout comme Otto Rühle (qui avait été élu SPD au Reichstag). Eux, ils ont tiré la conclusion que les nouvelles tactiques devraient comprendre une position abstentionniste et antiparlementaire (position qui était regardée auparavant comme exclusivement anarchiste, voire comme une des caractéristiques définissant l'anarchisme). Toutefois, ni l'un ni l'autre ne s’est opposé à la formation d'organisations permanentes ouvrières sur le terrain économique (cette position absurde semble être l'invention des intellectuels français des années 70), mais seulement aux syndicats existants.
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mercredi 7 avril 2010

Pas une économie

A proprement parler, le socialisme n’est pas un nouveau type d’organisation économique ni une nouvelle forme de répartition de la propriété. En effet, la communauté socialiste n’instaurera pas une « propriété » commune puisque l’idée même de la propriété signifie l’accaparement par certains, la possession de certains au dépens des autres. Dans le socialisme, la circulation des biens ne peut s’effectuer selon les modalités que nous avons connues dans le monde où nous vivons (la modalité de l’échange, l’échange de tels biens contre tels autres).

Dans une société dont personne n’est exclu, il ne peut exister d’échange, il ne peut exister d’achat et de vente, donc il ne peut exister d’argent. Il ne peut y avoir qu’une utilisation collective ou personnelle de ce que produit la communauté. Donc un remplacement de ce que nous avons connu, c’est-à-dire la logique de l’échange, par une nouvelle logique qui est la logique du partage en liaison avec la logique du don.

Dans une société socialiste, les hommes s’associeraient pour accomplir telle ou telle action, pour partager les plaisirs ou les émotions et répondre aux besoins généraux de la communauté, sans que le regroupement qu’ils formeraient ainsi prenne la forme d’un État, donc de la domination de certains hommes sur d’autres, ou prenne la forme d’une entreprise qui embauche des salariés et qui monnaie la production. Par conséquent, on ne peut parler, pour une telle société, de lois économiques. Ces lois, étant l’expression des relations humains reposant sur l’inégalité et la domination de certains ; inégalité, domination qui justifient elles-mêmes ces lois en les présentant comme des réalités inévitables ou ayant existé de toute éternité. Au contraire, dans la société socialiste, il existerait un contrôle conscient des êtres humains sur leur propre activité au travers tant des relations existant entre eux que, plus généralement, des relations existant entre eux et le reste de la nature.

samedi 27 mars 2010

Les lois objectives du capitalisme

On dit que le marxisme « objectiviste » — celui de la deuxième internationale, hérité parmi d'autres par les « communistes de gauche » — se trompe en liant l'avènement du socialisme à l'inévitable effondrement économique du capitalisme. Selon les critiques, le capitalisme ne s'effondrera jamais de lui-même. Nous pouvons accepter cette conclusion, mais qu'est ce qu'elle implique ?

La réaction classique des révolutionnaires a été de dire qu'accepter que le moment « de l'épuisement de la capacité du mode de production capitaliste à développer les forces de production (...) n'arrivera jamais », c'est ouvrir la porte au réformisme : si le capitalisme ne va jamais s'effondrer et peut toujours développer les forces de production, autant accepter de vivre avec en essayant d'en arrondir les angles.

Toutefois même s'il n'y avait aucune raison « objective » pour que le capitalisme s'effondre économiquement, il ne s'ensuit pas que le fonctionnement du capitalisme en tant que système économique n'est pas réglé par des lois « objectives ». Basé sur l'exploitation du travail salarié et orienté vers l'accumulation du capital de la plus-value extraite du travail des salariés, il ne peut jamais fonctionner comme système produisant pour satisfaire les besoins des gens, mais seulement comme système où la priorité doit toujours être donnée à la recherche des profits. Les réformistes se trompent en croyant pouvoir le faire fonctionner pour le bien de tous.

Rejeter toute « objectivité » dans le fonctionnement du capitalisme, comme semblent faire certains « marxistes autonomes », mène effectivement au réformisme puisque c'est suggérer que tout (enfin, beaucoup) est possible si seulement la classe salariée lutte assez résolument. Ils disent que « tout est lutte de classe » en imaginant que les salariés peuvent par leur lutte « suspendre la loi de la valeur ». Toni Negri parle de « l'autovalorisation ouvrière » (la fixation de leurs salaires par les salariés eux-mêmes en fonction de leur combativité). Mais ce n'est pas vrai. Les salariés peuvent bien entendu influer sur le prix de leur force de travail (il n'y a pas quand même « une loi d'airain de salaires ») mais leur marge de manœuvre est assez étroite. Sinon, les réformistes et les « possibilistes » auraient raison. C'est en ce sens que les « marxistes anti-objectivistes » ouvrent la porte au réformisme.

Ainsi Negri lui-même a fini par proposer un revenu garanti versé inconditionnellement à tous (le « revenu de citoyenneté » d'André Gorz et des Verts) comme quelque chose de réalisable dans le cadre du capitalisme. Bien entendu, ça ne l'est pas. Précisément parce que ça va à l'encontre des lois « objectives » du fonctionnement économique du capitalisme (ça coûterait trop cher aux capitalistes en termes d'impôts, et quelle serait la motivation d'aller travailler pour eux si l'État vous versait un revenu de droit ?). Il faut accepter, donc, que même s'il n'y a aucune loi économique « objective » de l'effondrement inévitable du capitalisme, il existe quand même des lois « objectives » réglant son fonctionnement en tant que système économique. Ni l'action gouvernementale, ni les manifestations de masse, ni la lutte ouvrière (même la plus résolue), ne peuvent changer le fait que le capitalisme ne peut fonctionner dans l'intérêt de tous. Ça, c'est un fait « objectif » et incontournable.