dimanche 2 décembre 2012

A bas les dirigeants

Les « leaders » (c'est ainsi que les meneurs entendent être désignés, ou, encore, les  « dirigeants » – en France et à gauche), les dirigeants – donc – s'appliquent à mener leurs troupes au combat dans des luttes stériles pour elles mais rentables pour la bureaucratie dirigeante. Tout ce que l'action des travailleurs peut produire, conduite par des meneurs aspirant aux commandes de l'Etat, c'est un change ment de caste dirigeante. Le remplacement de Nicholas Sarkozy par François Hollande ne changera absolument rien dans la vie de ceux qui produisent un gâteau réparti ensuite en profits et salaires.

Mais ce n'est pas parce que des moutons sont mangés et les autres tondus que les moutons vont cesser de bêler sous la conduite des bergers et des chiens du troupeau ! Seulement voilà: le troupeau populaire n'est pas un troupeau ovin et les travailleurs ont sur bovins et ovins l'avant âge de pouvoir réfléchir.

Le grand savant L. H. Morgan a écrit: « Avant la découverte du fer et de son utilisation, la civilisation n'était pas possible ». Il faut en effet les conditions matérielles nécessaires pour que le cerveau humain puisse y réfléchir des solutions à son avantage. Et tant que les principes du socialisme n'auront pas été propagés au sein de la classe travailleuse le cerveau humain ne sera pas à même de réfléchir leur supériorité sur tous les bavardages d'unions de la gauche ou pour un mouvement populaire.

lundi 12 novembre 2012

Ils ont raison (11)

Le Mouvement Zeitgeist propose que nous travaillions à la mise en place d'un modèle économique mondial basé sur les ressources, dans lequel les ressources planétaires sont reçues en tant qu'héritage commun de tous les habitants de la Terre. La pratique actuelle de rationalisation des ressources par le biais de méthodes monétaires est impertinente, contre-productive, et est loin de satisfaire les besoins de l'humanité.

Simplement, un Modèle d'Économie Basée sur les Ressources utilise les ressources existantes - plutôt que l'argent - pour fournir une méthode de distribution équitable de la manière la plus humaine et efficace possible. Dans un système dans lequel tous les biens et services sont mis à disposition de chacun sans l'utilisation d'argent, de crédit, de troc ou toute autre forme de dette ou servitude.

Afin de mieux comprendre ce modèle, considérez ceci. Si tout l'argent dans le monde disparaissait du jour au lendemain, tant que les terres arables, les usines, le personnel et les autres ressources étaient laissées intactes, nous pourrions construire tout ce dont nous avons besoin pour satisfaire la plupart des besoins humains. Ce n'est pas d'argent dont les gens ont besoin, mais plutôt d'un accès à la plupart de leurs besoins sans avoir à s'inquiéter à propos de la sécurité financière ou avoir à recourir à une bureaucratie gouvernementale. Dans une économie d'abondance basée sur les ressources, l'argent deviendrait impertinent.

Nous sommes arrivés à un moment où les nouvelles innovations dans la science et la technologie peuvent facilement fournir une abondance pour tous les peuples du monde. Il n'est plus nécessaire de perpétuer le retrait conscient d'efficacité par l'obsolescence planifiée, perpétuée par notre système de profit vieillissant et périmé.

jeudi 27 septembre 2012

La spéculation immobilière

Bruxelles, en tant que capital de l’Union Européene et quartier général d'un certain nombre de corporations multinationales, a fait l’expérience d'un boom dans la construction d’édifice à bureaux. Inévitablement, cela a occasionne des augmentations sur les prix des terrains et, tout aussi inévitablement, la spéculation immobilière. Des fortunes colossales furent faites par une poignée de gens.

Parce que les spéculateurs immobiliers deviennent riches si vite et sans avoir à travailler, ils sont toujours impopulaires, spécialement parce que les maisons des travailleurs ordinaires doivent souvent être démolies pour faire place à des édifices à bureaux, aggravant ainsi le problème du logement. Le fait est, cependant, que la spéculation immobilière est une conséquence inévitable de la propriété privée des terrains. Les propriétaires privés de terrains monopolisent une partie de la surface de la Terre et, en conséquence, sont en position de demander un paiement pour leur usage non seulement sans avoir à travailler mais aussi sans avoir à investir de capital.

La terre, n'étant pas un produit du travail, n'a pas de valeur ; elle n'a seulement qu'un prix qui est déterminé par l’offre et la demande. Le prix de la terre est déterminé en fait par la capitalisation de la location espérée sur un certain nombre d'années, et la location espérée dépend de la demande pour son usage. Si, comme a Bruxelles, il y a une demande sans cesse croissante de terrains pour la construction de bureaux, alors le prix des terrains augmentera, et ce tant et aussi longtemps que la demande croîtra.

Ceux qui possèdent des terrains, particulièrement ceux possédant des terrains avec des édifices à bureaux vacants, peuvent faire de l'argent de cette situation. C'est pourquoi un nombre des capitalistes investit maintenant dans l'achat de terrains pour édifices à bureaux et dans la spéculation des augmentations futures de leurs prix, c’est-à-dire sur la location qu'ils peuvent en obtenir. Cette construction d’édifices à bureaux pour location à une date ultérieure est fondamentalement ce que représente la spéculation immobilière moderne.

Les socialistes sont résolument contre la propriété privée de la terre mais nous ne favorisons pas son abolition isolée sous le capitalisme parce que cela ne constituerait qu'une simple reforme laquelle ne résoudrait pas le problème du logement, pas plus qu'aucun autre problème confrontant la classe travailleuse. Nous nous prononçons pour l'abolition de la propriété de classe des instruments de production faits par l'homme tout comme pour la terre et les ressources naturelles. Nous voulons un monde dans lequel tous les moyens et instruments de production et de distribution sont devenus l’héritage commun de toute l'humanité, de manière à ce que, sous contrôle démocratique, ils puissent être utilisés pour produire non pour la vente avec en vue le profit mais uniquement pour satisfaire les besoins humains.

vendredi 7 septembre 2012

Deux vidéos sur un monde sans argent

Le Parti Socialiste du Canada vient de supprimer ce forum:

http://socialisme-mondial.blogspot.co.uk/2011/09/forum-canadien.html

Nous reproduisons ici donc ce message afin de ne pas le perdre:

Deux vidéos sur un monde sans argent:

http://www.youtube.com/watch?v=BjV0ByAV_oY

http://www.freeworldcharter.org/fr

jeudi 5 juillet 2012

L'Algérie : 50 ans de capitalisme

Aujourd'hui, c'est le 50e anniversaire de l'Etat d'Algérie. Voici un article que nous avons publié il y a 30 ans. Bien entendu beaucoup de choses ont changé entretemps mais il reste vrai qu’« Une révolution dirigée par un parti d'avant-garde, étant une révolution minoritaire, ne conduirait inéluctablement qu'à un gouvernement par une minorité. » L'exemple de l'Algérie l'a confirmé.

Algérie : lutte des chefs

Une chose qui ne manque pas en Algérie, ce sont des « avant-gardes » politiques. D'abord il y a le Parti du FLN lui-même qui, d'après son statut, s'est arrogé le titre d'« avant-garde du peuple algérien ». L'ex-PC algérien s'appelle maintenant le « Parti de l'Avant-Garde Socialiste» et Mohamed Boudiaf et son PRS se vouaient à « la construction d'un parti révolution naire d'avant-garde ». Puis il y a les trotskystes et autres léninistes qui rêvent « d'un véritable parti d'avant-garde révolutionnaire capable de diriger les masses prolétariennes et exploitées dans la lutte contre la bourgeoisie » (El-Oumani, sept-oct 1981).

En effet Lénine fut le premier à élaborer de façon cohérente un projet de parti d'avant-garde. Dans sa brochure Que Faire ? (1902), se basant, sur la présupposition que « livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste », il en tira la conclusion que la conscience socialiste devrait lui être apportée par des « intellectuels révolutionnaires socialistes ». Il préconisait une organisation composée « avant tout et principalement d'hommes dont la profession est l'action révolutionnaire », c'est-à-dire un parti d'avant-garde, une minorité consciente, qui dirigerait la majorité inconsciente dans une insurrection.

Cette théorie était le contraire de celle de Marx qui proclamait que "l'émancipation de la classe ouvrière doit être l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes » (Statuts généraux de l'AIT, 1864) et qui déclarait qu'il ne pouvait collaborer avec « des gens qui expriment ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour s'émanciper eux-mêmes et qu'ils doivent donc être libérés d'abord d'en haut, par les grands et philanthropes petits-bourgeois » (Lettre circulaire, sept 1879).

Néanmoins la théorie de Lénine était attrayante pour les révolutionnaires anti-tsaristes en Russie puisqu'elle reflétait parfaitement leur aspiration à se substituer à la bourgeoisie privée, trop faible et trop liée au régime tsariste pour agir elle-même, dans la révolution anti-tsariste et bourgeoise qui se préparait — « bourgeoise » dans ce sens qu'elle allait écarter tous les obstacles féodaux au développement du capitalisme en Russie.

En 1917, suite à l'effondrement de l'Etat tsariste sous l'impact de la Première Guerre mondial, Lénine et les bolcheviques, organisés en parti d'avant-garde, s'emparèrent du pouvoir et liquidèrent le tsarisme et le féodalisme en Russie. A leur place ils développèrent l'industrie sous la forme d'un capitalisme d'Etat. Plus tard, sous Staline, grâce à son mono pole du pouvoir, cette avant-garde (ou plutôt la partie qui en restait après les purges de Staline) s'est transformée en nouvelle classe dirigeante et privilégiée, la bourgeoisie d'Etat oui règne en Russie capitaliste d'Etat encore aujourd'hui.

Du point de vue historique donc, la théorie du parti d'avant-garde était l'idéologie d'une future bourgeoisie d'Etat qui voulait utiliser le mécontentement des travailleurs et des paysans pour écarter la vieille classe dirigeante et s'installer à sa place.

Dans ce qu'on appelle le Tiers Monde cette idéologie joue encore le même rôle aujourd'hui : c'est l'idéologie des groupes qui aspirent à devenir une nouvelle classe dirigeante sur la base du capitalisme d'Etat. Le conflit entre les diverses « avant-gardes » en Algérie-Parti-FLN, PAGS, PRS, trotskystes, etc. — s'explique en tant que conflit entre candidats rivaux pour obtenir la position de classe gouvernante et exploiter les travailleurs et les paysans. Mais à quoi cela sert-il de remplacer un pouvoir colonial ou une bourgeoisie privée par une bourgeoisie d'Etat, ou de remplacer une bourgeoisie d'Etat par une autre ?

Quelle leçon en tirer ? Que le parti d'avant-garde est à rejeter en tant que forme d'organisation de la classe travailleuse. Pour s'émanciper en établissant une société sans classes et sans salariat dans laquelle la communauté tout entière possédera et administrera démocratiquement, dans son propre intérêt, les moyens et instruments de production et de distribution des richesses (« le vrai socialisme ») les travailleurs n'ont pas besoin de leaders, ni de chefs, ni de dirigeants, ni de meneurs — ni d'aucune avant-garde quelle qu'elle soit — mais seulement de leur propre auto-organisation démocratique et d'une volonté socialiste résolue.

En 1848 déjà Marx et Engels déclaraient que « tous les mouvements historiques ont été, jusqu'ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l'immense majorité au profit de l'immense majorité » (Le Manifeste communiste). Presque cinquante ans plus tard Engels précisait :

[quote] Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de pet ites minorités conscientes à la tête des masses inconscientes, est passé. Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit, pour quoi ils interviennent, corps et âme (Introduction, 1895 à Les luttes des classes en France de Marx).[/quote]

Une révolution dirigée par un parti d'avant-garde, étant une révolution minoritaire, ne conduirait inéluctablement qu'à un gouvernement par une minorité, comme l'histoire l'a démontré maintes fois. Seule une révolution majoritaire peut aboutir à une société sans classes.

(Socialisme Mondial 21, automne 1982)

lundi 23 avril 2012

Retour à 1981 ?

Soyez rassurés. Nous nous préparons, le cas éheant, à rééditer cette brochure !

mardi 3 avril 2012

Ils ont raison (10)

LE PLUS GROS CANULAR DU SIECLE

La plus grosse mystification du siècle, c'est de prétendre faire du socialisme en conservant le salariat. Le problème est qu'il n'y a pas de capital sans salariat et inversement. Inciter donc à de telles croyances est du même acabit que de parler de la « suppression du féodalisme par la nationalisation des propriétés des grands féodaux »... sans abolir le servage. Le plus ou moins d'autogestion ou de participation accordé aux serfs récalcitrants pour les motiver aux corvées ne change rien à la servitude. Même chose pour le salariat. Imaginez une usine autogérée fabriquant dés matraques de C.R.S. ou des gadgets qui s'usent très vite dès qu'on s'en sert, avec à la tète un patron autogestionnaire et toujours des salaires. Donc une fois pour toutes, nous sommes dans une société salariale et non pas — seulement — de « profit », « industrielle » ou « capitaliste ». De la même façon que la société féodale ne fut pas seulement de privilège, agraire ou artisanale, mais de servage.

C'est important d'annoncer le comment de la mise en servitude. Pour en finir avec lui. Pour démystifier le creux des mots qui nous abusent. Tenez, on nous parle souvent de « transition vers le socialisme » : pas possible ! Entre l'esclave et le non-esclave, entre les salariés solitaires et soumis et les producteurs librement associés et fédérés, it n'y a pas de transition possible. Parler de transition, c'est mettre de côté l'abolition du salariat, changer la façade du capital, supprimer son caractère privé, l'étatiser. Si le salariat devenait salariat d'Etat, ça ne changerait rien au mode de servitude et d'atomisation de l'existence. A l'ennui au travail, aux travaux socialement inutiles, à l'aliénation par le salaire, à la soumission aux autorités et autres « impératifs économiques et étatiques ». Ça renouvellerait un peu les hiérarchies : les bureaucrates au lieu des actionnaires. Les cadres, ça reste, ça suit les uns ou les autres. Et puis tout n'a qu'un temps. L'ordre revient vite, il faut savoir attendre. Fiat est à Moscou, Nivéa et Shell à Budapest. Et Pékin ? Ça vient, merci.

(Claude Berger, Pour l’abolition du salariat, 1976)

samedi 10 mars 2012

samedi 3 mars 2012

Deux réformistes se rencontrent

La semaine dernière François Hollande a visité Londres où il a rencontré Ed Miliband, le dirigeant du Labour Party. Selon Le Monde (29 février) ils se sont mis d'accord que c'était la "finance non régulée" qui était à l'origine de la crise. Miliband a ajouté:
"Nous devons réformer le la façon dont fonctionne la finance et le capitalisme (...) Nous sommes deux dirigeants qui avons une approche commune".
Oui, c'est ça. Tous deux, ils veulent essayer de réformer la façon dont fonctionne le capitalisme. Mais on ne le peut. L'histoire des gouvernements de gauche, en France et en Angleterre et partout dans le monde, a montré que le capitalisme ne peut fonctionner que comme un système de profit qu'aucun gouvernement n’est capable de faire fonctionner dans l'intérêt de tous. C'est pourquoi le gouvernement britannique de Gordon Brown a échoué tout comme les gouvernements de Mitterrand des années 80 -- et pourquoi un gouvernement Hollande échouera aussi.

Ce qu'il faut, ce n'est pas une réforme impossible du capitalisme, mais le remplacement de ce système de profit par un système basé sur la possession en commun et le contrôle démocratique des moyens de production -- le socialisme.


vendredi 3 février 2012

L'échec inévitable de François Hollande

Le candidat PS à la présidence vient d'annoncer son programme des promesses électorales. S'il est élu président et s'il essaie de mettre en oeuvre ce programme il échouera tout comme un autre François l'a fait il y a trente ans.

Tout simplement on ne peut faire marcher le système capitaliste dans l'intérêt de la grande majorité. Le capitalisme marche selon des lois économiques -- priorité aux profits -- que tout gouvernement doit respecter. Si un gouvernement essaie de les contrecarrer il va échouer et tôt ou tard il sera obligé même de les faire appliquer. C'était ça le sort triste du gouvernement de François Mitterrand après 1981. Pour connaitre ou se rappeler de ce que s'est passé voir cette brochure.

lundi 2 janvier 2012

Qui sont « les 99% » ?

L'appel du mouvement « Occupons » aux 99% a rouvert la question de la définition du « prolétariat », ou de la classe ouvrière, définition-clef pour tous ceux qui pensent que la révolution socialiste ne peut qu'être « l’œuvre de la classe ouvrière elle-même ».

Il y en a qui veulent exclure les instituteurs (et les autres enseignants) et les fonctionnaires en général de la classe ouvrière. Ils disent que ces salariés appartiennent à une autre « classe », une prétendue « classe moyenne ». Ils argumentent cette conclusion en disant que les instituteurs et les autres fonctionnaires d’État ne produisaient pas de plus-value, ce qui revient à dire que le prolétariat/classe ouvrière se compose des seuls travailleurs producteurs de plus-value. D’après nous, ceux qui prennent cette position se trompent.

1. Ils ignorent le concept de « travailleur collectif » introduit par Marx pour expliquer le fait que le processus de la production elle-même n'était plus effectué par des individus isolés mais par une collectivité composée de tous les travailleurs, y compris des « cols blancs », d'une unité de production et travaillant comme un tout. Il est vrai que Marx se referait à ce phénomène surtout au niveau de l'usine, mais il semble légitime de l'étendre aujourd'hui au niveau de la société. Aujourd'hui, presque tous les travailleurs contribuent, soit directement, soit indirectement, à la production du produit social, y compris sa partie plus-value ; les instituteurs, par exemple, en formant la force de travail des futurs producteurs.

2. De toute façon, un travailleur qui ne produit pas de la plus-value est toujours un travailleur. De tels travailleurs dépendent, pour survivre, de la vente de leur force de travail et, même s'ils ne produisent pas une plus-value pour un capitaliste, ils produisent quelque chose quand même — une valeur d'usage — soit pour un capitaliste ou un autre riche, soit pour la classe capitaliste ensemble, soit même pour un autre travailleur. Cette distinction que l'on veut faire entre travailleurs productifs et travailleurs non productifs n'a aucun sens hors l'analyse économique abstraite et crée des divisions, incitant travailleur contre travailleur.

3. Les classes se définissent par rapport au contrôle effectif sur l'accès aux, et sur l'utilisation des, moyens de production. Comme Engels l'a exprimé dans une note qu'il a ajoutée à l'édition anglaise de 1888 du « Manifeste Communiste» (tout au début de la section « bourgeois et prolétaires») :
On entend par bourgeoisie la classe des capitalistes modernes, propriétaires des moyens de production sociale et qui emploient le travail salarié. On entend par prolétariat la classe des ouvriers salariés modernes qui, privés de leurs propres moyens de production, sont obligés, pour subsister, de vendre leur force de travail.
Dans ce sens, une « classe moyenne » entre ces deux classes peut exister. Elle serait composée de ceux qui sont propriétaires de leurs propres moyens de production, mais qui n'emploient le travail salarié, ou du moins pas assez pour ne pas devoir travailleur eux-mêmes. Un tel groupe — « classe », si on veut — existe : les « indépendants », ce qu'on appelle officiellement en Belgique « les classes moyennes » ou en anglais les « self-employed ». Cette « classe moyenne » ne constitue pas plus que, disons, 5 % de la population active. En tout cas, ni les instituteurs, ni les fonctionnaires n’en font partie.

4. Au contraire, les instituteurs et les (autres) fonctionnaires font partie, de toute évidence, de la classe de ceux « qui, privés de leurs propres moyens de production, sont obligés, pour subsister, de vendre leur force de travail » ; donc, du « prolétariat », de la « classe ouvrière », ou, terme à se préférer, de la « classe travailleuse », ou même de la « classe salariée » (même si, c'est vrai, il y a des PDG, etc. et des hauts fonctionnaires d’État ou d'entreprises nationalisées qui prennent leur part de la plus-value en tant que membre de la classe capitaliste exploiteuse sous la forme d'un « salaire »).

Ceci n'est pas une discussion abstraite. La définition qu'on a du prolétariat/classe ouvrière/classe travailleuse a des conséquences sur comment on voit non seulement la révolution socialiste mais aussi les luttes d'aujourd'hui. Si la révolution socialiste serait l’œuvre des seuls travailleurs désignés « productifs » (de la plus-value) on doit l'envisager comme une révolution minoritaire. Et on arrive à répercuter le point de vue de « l'homme de la rue » (et de la presse bourgeoise) que les mouvements et grèves des fonctionnaires ne sont qu’« une bataille pour la redistribution de la plus-value » et donc antiprolétariennes.

Tous ceux qui, privés de leurs propres moyens de production, sont obligés, pour subsister, de vendre leur force de travail font partie de la classe travailleuse et ont un intérêt commun de se réunir pour mener le combat pour l'abolition du salariat. S'ils ne sont pas littéralement 99% ils — nous — sont au moins 90% dans les parties industrialisées et urbanisées du monde.