mercredi 31 décembre 2008

Qui a eu raison, les sionistes ou les socialistes ?

Encore une fois Israël se révèle être un État militariste et impérialiste. Ce n'était pas de cela que les pionniers sionistes avaient rêvé, mais c'était bien là que devait mener leur projet de création d'un État juif. Car tout État est potentiellement militariste et expansionniste, "les raisons d'État" l'emportant en fin de compte sur toute autre considération.

Les premiers sionistes voulaient établir une patrie pour les Juifs. Ils partageaient donc le mythe accepté par tous les nationalismes selon lequel l'humanité serait composée de divers "peuples", chacun d'entre eux constituant une communauté "naturelle" ayant droit à son propre territoire et à son propre État. Nous ne sommes pas parmi ceux qui pensent que tout le monde, sauf les Juifs, a ce soi-disant "droit à l'autodétermination". Nous contestons dans sa totalité cette façon de voir l'humanité. Le peuple, tout peuple, est un mythe. L’autodétermination, ça ne veut rien dire.

Pour nous les hommes sont simplement . . . des êtres humains. La seule communauté "naturelle", c'est la race humaine, c'est l'humanité. Nous sommes tous des Terriens, des citoyens du monde. La division de l'humanité en peuples (et même en races), loin d'être un fait naturel, est éminemment politique, donc factice. Ce ne sont pas des peuples préexistants qui ont créé des États mais bien des États qui ont fabriqué des "peuples" par la propagande, par l'endoctrinement et par la répression de ceux qui refusaient de se conformer.

Ce qu'on appelle un peuple n'est en fin de compte qu'un groupe d'hommes soumis à l'autorité et aux lois d'un même État. Ce sont les sujets d'un État, ou plutôt de la classe qui contrôle cet Etat. Car le nationalisme, tout nationalisme, est une idéologie qui sert toujours l'intérêt, soit d'une classe qui est déjà dirigeante dans un Etat, soit d'une classe qui aspire à le devenir. Un peuple ne constitue donc pas une communauté, mais au contraire tout soi-disant peuple est divisé en classes ayant des intérêts opposés.

Dans le cas des sionistes, il est vrai, c'était un peu plus complexe que cela. Pour établir leur Etat ils avaient deux choses à faire. D'abord convaincre les Juifs de se considérer comme un peuple, et non comme une simple minorité religieuse. Puis convaincre un Etat impérialiste de leur accorder une terre à coloniser.

Dans leur propagande parmi les Juifs les sionistes se sont heurtés à deux oppositions : celle de ceux qui disaient que les Juifs n’étaient que des Français, des Allemands, des Autrichiens, selon le cas, de religion israélite et devraient donc s'identifier a l'Etat où ils se trouvaient (ce que la plupart des Juifs ont toujours fait) ; et celle des socialistes qui disaient (et qui disent toujours) que les travailleurs d'origine juive faisaient partie de la classe travailleuse mondiale et n'avaient aucun intérêt à l’établissement d'une soi-disant "patrie juive". Avant la dernière guerre mondiale les sionistes étaient très minoritaires parmi les Juifs. Ils restent minoritaires aujourd'hui (il y a beaucoup plus de Juifs aux Etats-Unis qu'en Israël) mais les expériences terribles des Juifs européens pendant cette guerre leur apportèrent assez de recrues pour procéder à l'étape finale du projet sioniste.

Quant à la terre sur laquelle ils devaient bâtir leur Etat, pendant la première guerre mondiale les sionistes réussirent à convaincre le gouvernement britannique. Dans sa fameuse déclaration de novembre 1917 le ministre anglais des Affaires étrangères de l'époque, Arthur Balfour, acceptait le principe d'un "foyer national juif"... en Palestine qui allait passer sous contrôle britannique après la chute de l’Empire ottoman. Avec l’exploitation des gisements pétrolifères du Moyen-Orient l'Angleterre eut sans doute eu l'occasion de regretter la "Declaration Balfour" mais les sionistes en firent plein usage. Ils amenaient de plus en plus d’immigrés juifs en Palestine provoquant, souvent délibérément, des frictions avec la population locale dont la présence gênait la réalisation de leur projet.

Après la dernière guerre mondiale les sionistes se sentirent assez forts pour forcer les choses et ils lancèrent une campagne de terreur – avec bombes, assassinats, etc – contre l'“occupant", c'est-à-dire contre les autorités britanniques qui gouvernaient toujours la Palestine sous mandat de la Societe des Nations. Finalement tous les Etats impérialistes tombèrent d'accord, y compris la Russie, pour établir un Etat juif en Palestine, ou plutôt y établir deux Etats, l'un juif, l'autre arabe. C’est ainsi que le 1er mai 1948 naquit l'Etat d'Israël.

Ce fut tout de suite la guerre avec les Etats de la Ligue arabe qui refusaient d'accepter ce nouvel Etat ... et avec la guerre les massacres, les intimidations, les réfugiés et toutes les autres horreurs qui accompagnent toujours ces conflits entre nationalistes rivaux qui se sont arrogé le droit de parler – et de combattre, d'assassiner, de bombarder – au nom des "peuples", qui ne sont en fin de compte que les victimes innocentes de conflits qui ne les concernent pas. L'Etat d'lsraël a gagné en ce sens qu'il a survécu comme il allait gagner dans toutes les autres guerres auxquelles il a participé, en 1956, en 1967, en 1973, en 1982 . . . .

Puisqu'aucun petit Etat ne peut survivre sans se lier dans une certaine mesure à l'un ou l'autre des deux blocs impérialistes qui rivalisent pour dominer le monde, Israël a dû choisir son camp. Dès le début il a choisi le camp américain et ce sont les Etats-Unis qui l'ont toujours financé et armé. II est vrai que récemment en cherchant des "frontières sûres" Israël a été amené à s'établir comme sous-impérialisme à son propre compte mais il reste le seul allié stable qu'ont les Etats-Unis dans la région, l'Arabie Saoudite et l'Egypte pouvant facilement basculer dans le chaos comme l’Iran.

Qui donc a eu raison, les sionistes ou les socialistes ? Les sionistes ont eu leur Etat, mais qui peut dire que les Juifs qui y habitent sont plus en sécurité que s'ils étaient restés en Europe, comme la propagande sioniste prétendait qu'ils le seraient ? L’établissement même de l'Etat d'Israël a rendu impossible la situation des Juifs qui habitaient des pays arabes, les obligeant à en fuir ... en Israël où ils forment aujourd'hui la majorité de la population, victimes non pas de l’antisémitisme européen mais du projet sioniste. Et les attentats antisémites en Europe n'auraient pas eu lieu si l' Etat d'lsraël n'existait pas. Le seul "avantage" que les sionistes peuvent montrer, c'est le droit des Juifs israéliens d'agiter leur propre petit drapeau en entretenant les mêmes préjugés bêtes et le même sentiment de supériorité envers leurs voisins que certains Etats européens d'avant-guerre encourageaient leurs sujets à montrer aux Juifs. En même temps, les travailleurs salariés en Israël, qu'ils soient "juifs" ou "arabes", subissent les mêmes problèmes (chômage, inflation, crise du logement, etc...) que leurs frères de classe partout dans le monde, problèmes attribuables à la seule existence du capitalisme.

Ce sont donc nous, les socialistes, les antinationalistes, qui avons eu raison. L'établissement d'un "foyer national juif" n'a résolu en rien ce qu'on appelait la question juive. Il a même créé un nouveau problème tout à fait identique, "la question palestinienne”. Ceux qu'on appelle "les Palestiniens" (soi-disant peuple, non-juive – et non-bédouine? – de l’ancienne division administrative de l’Empire ottoman de ce nom) sont, eux aussi, des Terriens ayant le même droit de vivre en paix et en sécurité que ces autres Terriens qu'on appelle "les Juifs" (soi-disant peuple, constitué facticement d'une secte religieuse). Mais ils risquent fort de déchanter s'ils suivent les "sionistes" palestiniens du Fatah et du Hamas qui prêchent pour l'établissement d'"un Etat palestinien” comme solution à leurs problèmes.

Le Fatah et le Hamas n'ont rien à offrir aux travailleurs palestiniens sauf un nouvel Etat où les dirigeants de ces organisations régneraient sur eux en nouveaux maîtres. S'ils ont des doutes à ce sujet, ils n'ont qu'à regarder vers les autres pays arabes.

Ni l'établissement d'un Etat palestinien, ni la destruction d'Israël, ni même une confédération israélo-palestinienne ou israélo-jordanienne ne résoudrait les problèmes des gens de cette région. Aussi longtemps que le capitalisme existera, le Moyen-Orient sera condamné à rester un panier de crabes à cause des rivalités impérialistes à propos du pétrole et des points stratégiques pour contrôler et protéger la route de pétrole.

La seule solution reste l'établissement d'un monde socialiste où tous les êtres humains, quelles que soient leurs origines ou leurs traditions, seront membres égaux d'une communauté humaine vivant en paix, en sécurité et dans l'abondance sur la base de la possession commune des ressources de la Terre. C'est vraiment la seule façon d'éviter d'autres Gaza, à Beyrouth, à Damas, à Bagdad . . . à Jérusalem.

lundi 29 décembre 2008

Le conflit à Gaza

Il faut souhaiter un cessez-le-feu immédiat. Les victimes des conflits armés sont toujours les travailleurs qui seront blessés ou tués, qui vivront dans la peur et verront se développer la haine.

La véritable solution à ce carnage dans la bande de Gaza et plus largement dans la région est que les travailleurs palestiniens et israéliens comprennent leur position de classe et reconnaissent qu’ils ont plus en commun qu’avec leurs classes dirigeantes, que ce soit le gouvernement israélien ou le Hamas. Un ou deux États, là n’est pas la solution. Le sionisme et les autres nationalismes (aggravés par les superstitions religieuses) ne font que diviser la classe travailleuse

“Les travailleurs n’ont pas de patrie, ils ont un monde à gagner” est une maxime aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était en 1848. Mais une telle position internationaliste n’émergera que lorsque les travailleurs adopteront cette position socialiste.

(traduit du blog SPGB par La bataille socialiste)

samedi 20 décembre 2008

Le socialisme mondial, seule alternative

L’existence du capitalisme comme système économique mondial implique qu’il n’y a pas de solution nationale aux problèmes qu’il génère. Les Etats, ou plutôt, les plus puissants d’entre eux, peuvent en effet distordre le marché mondial en leur faveur et acquérir ainsi, aux dépens d’autres Etats, une plus grande part des profits mondiaux pour leurs entreprises (privées ou étatisées). Mais, comme aucun Etat n’est assez fort pour contrôler toute l’économie du marché mondial, de telles distorsions ne peuvent jamais être permanentes, et les gouvernements de tous les Etats sont finalement obligés de se soumettre aux forces du marché mondial et de donner la priorité à l’accumulation du capital, à la concurrence et à la rentabilité, au lieu de satisfaire les besoins des gens dans des domaines tels que le logement, la santé, l’éducation et l’environnement.

La solution au problème de la guerre et de la menace d’un holocauste nucléaire qui tuerait des millions et des millions d’êtres humains ne peut se trouver, c’est encore plus évident, qu’à l’échelle mondiale. A cause de la nature du capitalisme comme système mondial, impliquant une lutte concurrentielle pour les profits dans laquelle la force armée d’un État, qu’elle soit effectivement utilisée ou pas, peut être un facteur subsidiaire de réussite, le désarmement est impossible dans le cadre du capitalisme et les « conférences pour le désarmement » ne sont qu’une blague cruelle. Non seulement le désarmement, fût-il partiel ou progressif, n’est pas possible sous le capitalisme, mais la tendance va dans le sens inverse : vers un armement croissant, pas seulement des super-puissances, mais de tous les États. Cela durera aussi longtemps que le capitalisme lui-même, entraînant un gaspillage de ressources de plus en plus important, tandis que plus de la moitié de la population du monde n’est même pas correctement nourrie, sans parler de la satisfaction de tous ses autres besoins. C’est là le seul futur que le système mondial capitaliste a à offrir à l’humanité.

La leçon est claire. S’il faut résoudre les problèmes auxquels se confronte l’humanité aujourd’hui, l’économie capitaliste doit partir. La seule alternative est un autre système mondial, un système conçu pour servir les intérêts humains, où les ressources de la terre deviendraient l’héritage commun de tous les gens de la planète pour être utilisées à satisfaire pleinement les besoins matériels et culturels de toute la population du monde. Une telle société socialiste serait, comme le capitalisme, un système mondial fonctionnant en tant que tel et non une collection de sociétés socialistes séparées existant sur une échelle nationale. De même, l’action pour établir une telle société socialiste mondiale ne peut être qu’une révolution sociale mondiale et non une série de révolutions socialistes « nationales ».

samedi 13 décembre 2008

Les luttes de classes à Sercq

Sercq, une des îles anglo-normandes, était la dernière partie de la Grande-Bretagne à avoir un système gouvernemental féodal avec le pouvoir politique aux mains des propriétaires fonciers héréditaires. Il y a quelques années deux capitalistes, les frères Barclay, qui possèdent le Daily Telegraph, le Spectator et d’autres titres de presse, s’y sont déplacés et ont financé une campagne, qui est allée jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, pour renverser l’ancien régime. Pour la première fois s’y sont donc déroulé jeudi dernier des élections démocratiques.

Les frères Barclay, en tant que capitalistes riches, avaient leur propre liste de candidats, mais elle n’a pas réussi, les partisans du seigneur féodal (son titre officiel c’est vraiment “The Seigneur”) obtenant une majorité de sièges.

Vaincus, les capitalistes ont immédiatement eu recours au pouvoir de l’argent, à l’opposé de celui de la terre, et ont fermé leurs entreprises sur l’île pour punir ceux qui n’avaient pas voté pour eux.

Voilà qui montre que le discours capitaliste sur la “démocratie” est encore, comme au XIXème siècle, une façon d’essayer de transférer le pouvoir politique des vieilles classes foncières à eux-mêmes. Un changement de maîtres pour les gens ordinaires, comme lors de la Révolution française. Mais les gens de Sercq ont préféré le démon qu’ils connaissaient au démon qu’ils n’avaient pas encore. Et nous pouvons constater que les capitalistes ne croient en la démocratie qu’aussi longtemps qu’ils en reçoivent un intérêt.

(Traduit du blog du SPGB par Bataille Socialiste)

jeudi 11 décembre 2008

Le Canada colonialiste

La Bataille Socialiste vient de publier ici une traduction d'un article sur le Canada colonialiste.

mine de Bulyanhulu (Tanzanie)

lundi 24 novembre 2008

Décidons-nous à regarder en avant

« Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé ». C’était le slogan de la célèbre police de la pensée dans 1984, le livre de George Orwell. C’est aussi le slogan de la classe dirigeante d’aujourd’hui qui veut perpétuer sa domination. Afin de maintenir une société de classe, ses idéologues et les médias ont fait redéfinir le terme “socialisme”. C’est pourquoi il y a tellement de politiciens de carrière qui se réclament du “socialisme” pour pouvoir accéder au pouvoir. C’est dommage que beaucoup de ceux qui ont de la sympathie vraie pour les souffrances et qui cherchent à remédier aux maux du capitalisme les suivent. Mais, comme disait Oscar Wilde (décédé à Paris en 1900), “les remèdes ne guérissent pas la maladie ; ils en font partie”.

Citoyens (comme on s’interpelle dans le livre 1984) ! Laissez la police de la pensée et les médias parler entre eux. C’est le moment de réclamer l’héritage socialiste pour nous-mêmes !

La tradition philosophique de l’Age de la Raison a fait apparaître la notion d’une société humaine rationnelle. En France, Morelly, Babeuf et Buonarotti prônaient une société égalitaire fondée sur la possession en commun des moyens de subsistance, et le mouvement collectiviste des années 90 du XIXème siècle a repris la même idée - et rappelez-vous qu’il n’y a pas si longtemps qu’on déclare sur les cartes d’adhésion de la CGT être pour “l’abolition du salariat”. Dès son début le socialisme français critiquait l’appropriation individuelle des richesses au moyen de la propriété privée capitaliste ; un reconnaissance que la société était divisée en classes ; une reconnaissance que l'État n’était pas neutre mais un moyen d’oppression d’une classe par une autre, lui-même le produit d’une société de classe. Ce sont les faits que la police de pensée et les politiciens de carrière veulent nous faire oublier afin de maintenir les privilèges des riches.

Rappelez la forme louable et de bon sens de la démocratie que les citoyens de Paris ont pratiquée pendant la Commune de 1871: lorsque quelqu’un était élu, il était au service des électeurs et sujet à la révocation immédiate s’il ne suivait pas le mandat de ceux qui l’avaient élu. Rappelez également la notion du mutuellisme, d’une société équitable où les producteurs donneraient leurs produits afin de subvenir aux besoins des autres, non pas, comme aujourd’hui dans la société capitaliste, où une poignée de capitalistes égoïstes utilise les lois de la propriété privée pour accumuler le capital en vendant les marchandises produites par la classe salariée majoritaire.

Il existe toujours en France une tradition de longue date d’égalité, de participation, d'entraide et de démocratie directe. Imaginons donc ensemble une société nouvelle. Continuons les expériences méritoires et participatives des premiers socialistes qui prônaient la possession en commun des moyens de vivre par des individus s’associant librement - par tout le monde. Une société qui n’exclut personne où nous nous entraidons sans, comme aujourd’hui, que des capitalistes égoïstes et possessifs accumulent les richesses et dirigent la société au moyen de leurs politiciens et de leurs gouvernements.

La technologie, la science et les bonnes intentions humaines peuvent résoudre les problèmes auxquels l’humanité fait face mais seulement après avoir éliminé les restrictions du système absurde du marché.

La classe capitaliste minoritaire promeut le système de marché parce qu’il maintient la propriété privée, comme moyen pour elle de s'approprier la richesse produite par la classe travailleuse qui, de fait, fait marcher l’industrie et l’administration. Il faut enlever ce monopole de la classe capitaliste. Comment ? Nous suggérons que la majorité socialiste impose à la classe capitaliste minoritaire la volonté démocratiquement exprimée pour la possession commune des moyens de vivre. Donc, la possession commune réalisée, tout l’édifice du marché, de la propriété privée, du travail salarié, de l’argent, de la rente, du capital, de l’intérêt, qui sont tous interdépendants, disparaîtront. Ils seront remplacé par l’accès libre pour tous à la richesse collective de la société ; et le progrès humain commencera.

Le contrôle démocratique conscient et l’application des connaissances partagées disponibles, grâce par exemple aux ordinateurs, permettront la liberté vraie. Il sera évident que tout le monde aurait le même pouvoir et une voix égale dans chaque décision dans cette société future avec l’élimination de la faim, instrument de contrôle dans le capitalisme. Au sein de cette société d’individus librement associés, chaque femme, chaque homme, chaque enfant pourra prendre les biens dont il a besoin dans des magasins communaux. C’est ce libre accès, cette liberté qui maintiendra la démocratie réelle ; il sera praticable parce que l’argent disparaîtra en n’étant plus nécessaire. Notre bon sens nous dira de ne pas gaspiller ce qui pourra être utilisé par d’autres, comme les premiers socialistes l’attendaient.

En tant que socialistes nous voulons participer à l’avancement de la communauté humaine globale afin de faire libérer la créativité latente de l’humanité. “Donnez-nous notre monde”, demande-t-on. Mais il ne vous sera pas donné. Vous devez le prendre. Nous, socialistes, nous n’acceptons pas de dirigeants ni de police de la pensée, ni des politiciens de carrière. Nous sommes chacun différents mais égaux. C’est pourquoi nous vous invitons, vous aussi, à rejeter les dirigeants et la police de la pensée. Commencez à vous libérer, soyez confiants, n’obéissez pas, pensez par vous-mêmes, posez des questions en examinant ce que nous suggérons.

Nous n’avons rien d'autre à perdre que nos chaînes. Nous avons un monde à gagner.

dimanche 16 novembre 2008

Le PS en désarroi

Au Congrès de Reims ce week-end les dirigeants du Parti dit socialiste n'ont pu se mettre d’accord sur qui d’entre eux devrait être le chef du parti. Mais cela, c’est leur problème car les travailleurs n’ont pas besoin de chefs. Ce dont ils ont besoin, c’est de leur auto-organisation démocratique, dans un parti politique ayant le socialisme comme objectif mais un parti démocratique sans chefs. L’idée même qu’un tel parti pourrait être divisé en meneurs et menés est absurde.

Mais le PS, d’après sa politique et son histoire, n’est pas, et n’a jamais été, un vrai parti socialiste. Il a toujours été un parti de réforme du capitalisme qui espérait - vainement et contre toute évidence - améliorer la situation de la classe travailleuse dans un cadre national et en maintenant la production pour le marché, le salariat, les banques, etc.

Lors de sa rénovation en 1971 à son congrès d’Epinay le PS adoptait une déclaration de principes dans laquelle il proclamait:

Le socialisme se fixe pour objectif le bien commun et non le profit privé. La socialisation progressive des moyens d’investissement, de production et d’échange en constitue la base indispensable.
Plus tard dans cette déclaration, le PS invitait les travailleurs

à prendre conscience de ce qu’ils sont la majorité et qu’ils peuvent donc, démocratiquement, supprimer l’exploitation - et par là même les classes - en restituant à la société les moyens de production et d’échange dont la détention reste, en dernière analyse, le fondement essentiel du pouvoir.
En d’autres termes, le PS déclarait avoir comme but de voir s’établir une société où les moyens de production (usines, etc.) et d’échange (banques et autres institutions financières) seraient tous nationalisés. Il nomme cette société “socialiste” mais en réalité il s’agissait toujours d’une forme du capitalisme, une espèce de capitalisme d’Etat, puisque le vrai socialisme étant une société sans argent, implique, non pas la “socialisation”, mais l’abolition des moyens d’échange.

Dans sa déclaration le PS se disait “un Parti révolutionnaire” et affirmait que:

La transformation socialiste ne peut être le produit naturel et la somme de réformes corrigeant les effets du capitalisme. Il ne s’agit pas d’aménager un système, mais de lui en substituer un autre.
On peut douter que François Mitterrand, qui devenait le premier secrétaire du parti rénové, crût un mot de tout ceci. En tout cas, au pouvoir, sous le règne du Président Mitterrand, le PS n’a fait autre chose que d’essayer d’aménager le système capitaliste, sans beaucoup de succès.

La différence fondamentale entre les réformistes du PS et les socialistes véritables est que nous socialistes voyons le capitalisme comme, précisément, un système, sujet à des lois économiques définies, lois qui exigent que la poursuite des profits passe avant tout. L’expérience du PS au pouvoir confirme que le capitalisme ne peut être aménagé de manière à fonctionner dans l’intérêt de la classe majoritaire des salariés.

Par conséquent, baser une stratégie pour l’instauration du socialisme sur une transformation graduelle du capitalisme, comme le PS l‘envisageait au début, est futile. Non seulement une telle stratégie ne conduit pas vers le socialisme et n’améliore pas le sort de la classe salariée, mais il conduit le parti qui la poursuit à composer avec le capitalisme, comme c’est arrivé au PS. C'est pourquoi, depuis longtemps, il n’a d’autre ambition que de gérer le capitalisme. Il ne cherche que d’être le gouvernement alternatif du capitalisme français. Il n’est pas socialiste et ses luttes internes n’ont aucun intérêt pour la classe travailleuse.

vendredi 7 novembre 2008

Le mythe de la Revolution Russe « socialiste »

Aujourd'hui c'est l'anniversaire du coup d'État bolchevique, bonne occasion de rappeler que ce n'était pas une révolution socialiste et qu'il n'a pas mené, et ne pouvait mener, au socialisme, mais seulement à un capitalisme d'État et à une confusion néfaste concernant la signification du terme « socialisme ».

Si l’arrivée au pouvoir, en novembre 1917, d’un gouvernement despotique en Russie, s’attira, dès le départ, l’opposition des socialistes, il est un fait indéniable que la Russie a été, depuis lors, identifiée avec le socialisme, contribuant grandement au rejet de celui-ci de la part de la majorité des travailleurs de la planète… Pour le plus grand plaisir – et le plus grand soulagement – des capitalistes, trop heureux d’aider les « communistes » à perpétuer cette confusion. L’hostilité des salariés au socialisme, bienvenue des capitalistes, a eu pour effet de prolonger l’existence du capitalisme, un système qui, pourtant, leur mène la vie dure et condamne des millions d’entre eux au chômage et à la pauvreté.

En fait, ce que nous appelons socialisme n’a rien à voir avec l’acceptation générale du terme. Pour nous, le socialisme est un système dans lequel les moyens de production de la planète sont la propriété commune de tous les membres de la société qui peuvent ainsi les administrer démocratiquement. La population étant propriétaire des moyens d’existence et des richesses produites, elle n’a pas à acheter ce qui lui appartient déjà et se sert librement en fonction de ses besoins. En bref, il s’agit d’une organisation de la société basée sur le principe : de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins. Il s’agit donc d’un monde sans argent ni salaires, sans États ni frontières, sans classes sociales ni guerres.

On le voit, un tel système n’a jamais existé, les pays considérés comme « socialistes » n’ayant jamais été des sociétés sans argent, sans classes sociales ni État. Mais parce que, en grande partie à cause de la Russie, le socialisme est, pour beaucoup, associé à un régime dictatorial pratiquant la violence et la terreur à grande échelle, nous allons examiner de plus près l’une des plus grandes mystifications et l’un des mensonges les plus grossiers de l’Histoire récente. La tâche des socialistes étant, entre autres, de faire naître en chacun le désir de vivre dans ce monde « meilleur » que sera le socialisme, il est clair que pour mener à bien cette œuvre, on se doit, tout d’abord, d’écarter certains obstacles, dont le mythe de la Russie « socialiste » n’est pas l’un des moindres.

Propriété d’État = propriété socialiste ?

Mais alors, si la Russie n’a jamais été socialiste, quel type de société s’est développé là-bas ? Parce que, dans ce pays, les moyens de production étaient nationalisés, on essaya (et on essaie encore !) de nous faire croire qu’ils étaient entre les mains de la population. C’est exactement comme si on nous disait que les entreprises d’État qui existent ou existaient dans nos pays occidentaux « nous » appartenaient. Une affirmation rapidement démentie par l’observation la plus superficielle. Avons-nous jamais eu notre mot à dire sur la manière de gérer les entreprises « publiques » ? Avons-nous jamais eu libre accès à l’électricité, à l’eau ou aux automobiles produites par les entreprises d’État ? Avons-nous jamais pu voyager librement sur les réseaux publics de transports de voyageurs ? Les salariés du public n’ont-ils pas toujours dû défendre leurs intérêts tout comme ceux du secteur privé ?

En fait, la propriété étatique (ou « publique ») est simplement une forme différente de gestion de l’économie capitaliste. Tout comme les sociétés privées, les entreprises étatiques fabriquent des marchandises ou fournissent des services en vue de réaliser un profit.

D’ailleurs, si l’on compare le modèle économique russe à celui des pays occidentaux, on peut observer quatre traits caractéristiques similaires :

1° le contrôle, par une minorité dirigeante, des moyens de production et, par conséquent, la division de la société en deux classes aux intérêts antagoniques ;

2° le système du salariat – caractéristique originale du capitalisme –, c’est-à-dire l’obligation, pour les travailleurs, de vendre leur force de travail à un employeur (l’État-patron, dans le cas de la Russie) en échange d’un salaire ;

3° un État, instrument de défense des intérêts de la classe dominante et d’asservissement des salariés ;

4° la production de marchandises, c’est-à-dire de biens et de services produits pour la vente en vue d’en tirer un profit.

Si, d’un autre côté, on se rappelle que le socialisme est basé sur :

1° le contrôle, par la société toute entière, des moyens d’existence et, donc, l’absence d’une classe possédante et d’une classe exploitée ;

2° l’égalité sociale, c’est-à-dire l’inexistence de la relation capitaliste employeur-employé ;

3° l’administration démocratique des moyens de production des richesses ;

4° la production des biens et des services en fonction des besoins exprimés par la population ;

on se rend compte que le système qui prévalut en Russie – et se perpétue en Chine – n’était ni le socialisme, ni le capitalisme privé, mais une forme particulière de capitalisme que nous qualifions de capitalisme d’État.

Russie « communiste » : une société divisée en classes

Nous l’avons vu, dans nos pays, l’appropriation des moyens d’existence de la société par la minorité capitaliste a comme conséquence, sur le plan social, de diviser la société en deux classes sociales principales aux intérêts opposés, d’un côté, la classe capitaliste, qui possède et/ou contrôle les moyens de production et, de l’autre, la classe salariée, obligée de travailler pour la première en échange d’un salaire.

Ce schéma se reproduit-il dans la Russie « communiste » ? Évidemment, oui ! Tout comme dans les pays occidentaux, il existait, en Russie « communiste » (tout comme il existe en Russie franchement capitaliste d‘aujourd‘hui), des salariés obligés de travailler pour un employeur afin de vivre. Et, tout comme dans nos pays, il existait en Russie une classe dirigeante qui avait le monopole des moyens de production, en tout cas ceux qui étaient les plus importants d’un point de vue économique et stratégique… à la différence que ce monopole ne revêtait pas les mêmes formes que dans les pays capitalistes occidentaux.

En effet, dans la Russie « socialiste », l’économie était presque complètement étatisée. Ainsi, ceux qui contrôlaient l’État étaient en mesure de s’approprier les richesses produites par les entreprises nationales. Dans le cas particulier de la Russie, cette classe dirigeante était formée de ceux qui occupaient les échelons supérieurs du Parti communiste – le Polit Buro, le Secrétariat, le Comité central –, et les postes clé de l’État et de l’économie – ministres, ambassadeurs, militaires de haut rang, directeurs d’entreprises, d’usines et de fermes collectives –, en un mot, la fameuse Nomenklatura. Bien sûr, ils ne possédaient pas (à l’instar des capitalistes privés occidentaux) de titres de propriété individuels sur les moyens de production (ils n’en n’avaient d’ailleurs que faire), mais ils contrôlaient ces derniers collectivement.

Cette forme d’appropriation collective de classe des moyens de production, certes différente de la propriété privée et individuelle qui s’est développée dans les pays occidentaux, n’a en fait rien de nouveau ni d’original dans l’Histoire. En effet, les rois de Babylone, les empereurs de Chine et les pharaons d’Égypte n’avaient nul besoin de titres de propriété pour mener leur existence fastueuse et parasitaire. Plus près de nous, au Moyen Age, le haut clergé n’était pas non plus individuellement propriétaire des domaines de l’Église catholique pour exploiter les serfs qui y travaillaient.

Russie d’hier et d’aujourd’hui : du capitalisme… au capitalisme

A la disparition de la Russie « socialiste », une partie de la Nomenklatura, l’ancienne classe capitaliste d’État, profita de sa position privilégiée pour se reconvertir en une classe capitaliste classique. Bien sûr, parmi les membres de l’ancienne classe dirigeante, nombreux sont ceux qui y laissèrent des plumes. Certains tentèrent bien dans les premières semaines, au milieu de la confusion, de reprendre le contrôle des événements pour revenir à l’ancien système nomenclaturiste, mais en vain.

Si l’on peut se réjouir de l’échec du capitalisme d’État en Russie, plusieurs décennies de propagande, animées aussi bien par les partisans de ce « socialisme » (prisonniers d’un discours conçu à une époque où ce terme jouissait d’un grand pouvoir d’attraction) que par ses adversaires (trop heureux de démontrer l’indéniable supériorité du capitalisme), ont amené une immense majorité de travailleurs à identifier le socialisme avec le capitalisme d’État, créant ainsi une des plus grandes confusions – et l’une des plus néfastes pour la classe salariée – du 20ème siècle.

Pour nous, socialistes, la disparition du capitalisme d’État, même affublé d’un masque « socialiste », n’affecte pas la cause socialiste. Parce que le socialisme n’a jamais encore été établi, il est toujours à l’ordre du jour. Après tout, comment la société actuelle, dans laquelle règne la loi du plus fort, où une minorité mène une existence privilégiée et insouciante pendant que la majorité est confrontée au (ou sous la menace du) chômage, à la pauvreté, au stress, à la précarité ici, à la faim et à la guerre ailleurs, comment cette société peut-elle être considérée comme « le meilleur des mondes possibles » ?

mardi 4 novembre 2008

Il y a 25 ans (4) : Le PSU au gouvernement

Huguette Bouchardeau, Secrétaire Nationale du PSU, entre donc au gouvernement avec le strapontin d'un secrétariat d'État (à l'environnement). Là elle retrouvera ses anciens camarades du PSU, non seulement Michel Rocard, secrétaire national de 1967 a 1974 (avant de passer au PS) mais aussi Pierre Bérégovoy, Charles Hernu et Alain Savary, également des ex-PSU. Désormais il faudra parler du gouvernement PS/PC/PSU de gestion du capitalisme français.
A première vue, entrer dans un gouvernement dominé par le PS, c'est peut-être incohérent de la part de quelqu'un qui a déclaré dans un tract diffusé pour appuyer sa candidature au premier tour des élections présidentielles de 1981:

« Le socialisme pour nous, doit correspondre à des transformations sociales réelles et non se réduire à une gestion « plus démocratique » de la crise: type de croissance, énergie, politique extérieure, défense, institutions, le PS ne propose que des ajustements ou des maigres changements é la politique giscardienne. »

Mais quand on connaît la nature et l’histoire du PSU on comprend mieux pourquoi il a finalement accepté de participer avec le PS à « une gestion « plus démocratique » (?) de la crise ».

Le PSU a été forme en 1960 par des dissidents de l'ancienne SFIO, du PCF, du radicalisme et du trotskysme, et des chrétiens de gauche. Il se voulait « une force socialiste neuve, différente du communisme et de la sociale-démocratie » et se décrivait comme « un parti révolutionnaire » ayant comme but « de libérer les travailleurs de l’exploitation capitaliste ». Il se situait, surtout après mai 1968, à gauche du PCF.

En réalité cependant il n'a jamais été plus qu'un petit parti réformiste. Sa confusion sur la nature du socialisme a toujours été totale, comme en témoigne l'attaque lancée contre l'idée d'une société sans argent (c'est-à-dire, contre une caractéristique essentielle de la société socialiste) par Michel Rocard, alors toujours Secrétaire National du PSU, en 1972 dans son livre Questions à l'État socialiste (en passant, un « État socialiste », c'est aussi une contradiction dans les termes). Après avoir écrit que « deux mythes tenaces » circulaient à propos de la monnaie, Rocard a poursuivi:

« L'un est celui de la disparition de toute monnaie. Elle serait remplacée par des « bons de travail », bons représentatifs du travail accompli et qui permettraient à leurs titulaires d'aller s'approvisionner dans les magasins collectifs (...). L'autre mythe tenace en ce qui concerne la monnaie vise sa disparition totale dans le cadre d'une économie intégralement distributive. »

Nous ne défendons pas l'idée de remplacer la monnaie par des « bons de travail », mais nous devons insister sur la nature « intégralement distributive » de la société socialiste. En fait celui qui la nie n'a pas le droit de se réclamer du socialisme. Le socialisme, par sa nature même de société sans propriété, verra la disparition de l'argent, de l'achat et la vente, du salariat et de toute autre catégorie monétaire ou marchande. Ceci, le PSU ne l'a jamais compris.

Son dada a toujours été l’autogestion mais puisque le PSU rejette la suppression de l'économie marchande, il ne peut que s'agir d'une réforme de la superstructure administrative du capitalisme, d'une nouvelle façon, moins autoritaire, de gérer l’exploitation de la classe salariée, même d'associer plus étroitement cette classe à sa propre exploitation. C'est là le point de rapprochement entre le PSU et les autres partis du gouvernement de gauche puisqu'ils veulent, eux aussi, « humaniser » le capitalisme, tâche impossible, soit dit en passant, mais ce n'est pas cela qui empêche la tentative.

En entrant au gouvernement le PSU a été quand même plus cohérent que certains autres groupes qui ont aussi appelé à voter pour Mitterrand et le PS et le PC au deuxième tour. Nous pensons, par exemple, à la LCR d'Alain Krivine, qui a déclaré dans un tract en mai 1981 « pas une voix ne doit manquer à Mitterrand », ainsi qu'aux autres trotskystes et maoïstes qui aujourd'hui veulent refuser toute responsabilité pour les actions d'un gouvernement qu'ils avaient aidé à accéder au pouvoir.

Quant à nous, nous avons, nous aussi, adopte une position cohérente mais dans le sens inverse du PSU. N'ayant pas appelé à voter pour Mitterrand ni au premier ni au deuxième tour, nous sommes libres de le critiquer sans avoir à faire face aux reproches que, paraît-il, certains travailleurs font, à juste titre, à ces soi-disant « révolutionnaires »:

« Bien des militants révolutionnaires d'entreprise, qui critiquent le gouvernement avec leurs camarades de travail, entendent déjà la réflexion qui est, un peu, un reproche: « Oui, mais vous aussi, vous avez fait voter pour Mitterrand » (Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière, 19 mars 1983).

samedi 1 novembre 2008

Archives de Socialisme mondial (1983)

Nous avons numérisé les N° 22 à 24 de Socialisme mondial, bulletin francophone du Mouvement socialiste mondial, datés de 1983:

N°22 :

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Articles du N°22 déjà publiés:

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N°23:

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Article du N° 23 déjà publié:

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N° 24 (novembre 1983):

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Articles du N°24 déjà publiés:

dimanche 26 octobre 2008

Un peu d'histoire

Voici deux extraits de Sur les traces de l’anarchisme au québec (1860-1960) par Mathieu Houle-Courcelles qui vient de paraître chez Editions Lux.



UN MARXISTE LIBERTAIRE : ALBERT SAINT-MARTIN

D'après l'auteur Claude Larivière, c'est le militant socialiste canadien-français Albert Saint-Martin qui aurait loué le Temple du travail pour les conférences d'Emma Goldman à Montréal (Claude Larivière, Albert Saint-Martin, militant d'avant-garde (1865-1947), Montréal, Editions coopératives Albert Saint-Martin, 1979, p. 97). Membre influent de la section francophone du Parti socialiste du Canada (PSC), Albert Saint-Martin (1865-1947) est un personnage clé de l'histoire des idées révolutionnaires au Québec, l’originalité de ses positions mérite qu'on s'attarde quelque peu sur ses activités. Sans être anarchiste, Saint-Martin a su développer tout au long de sa vie une pratique politique à la croisée du socialisme, du marxisme et de l’anarchisme. Saint-Martin participe également à la diffusion de l'esperanto, une langue universelle en laquelle de nombreux libertaires fondent beaucoup d'espoir. Dans l'esprit de ses propagateurs, l'esperanto doit permettre aux prolétaires de tous les pays d'harmoniser leurs intérêts par l'usage d'une nouvelle langue commune. C'est ainsi que Saint-Martin participe en 1902 à la création d'une revue publiée dans cette langue, intitulée La Lumo (La Lumière) : « La Lumo enseigne une langue. Elle répand aussi un idéal: l'unité fraternelle des peuples et des races; la lutte commune pour l'intelligence et la science. »

Trois ans plus tard, Saint-Martin participe à l’ouverture du premier club esperanto à Montréal. Il vit alors dans une « commune socialiste » dans le quartier Maisonneuve en compagnie des membres de sa famille et de quelques militants francophones avec lesquels il va ouvrir deux magasins d'alimentation coopératifs au centre-ville. Aux yeux de certains socialistes, Saint-Martin est un militant « différent » alors que pour d'autres, il est tout simplement « original ». Sa trajectoire l'amènera à militer d'abord au Parti ouvrier (travailliste) d'où il sera expulsé en 1907 à cause de son affiliation au PSC, une organisation marxiste qualifiée par certains de libertaire pour sa critique anticapitaliste, antiréformiste et antiétatique (Larry Gambone, The Impossiblists, Nanaimo (CB), Red Lion Press, 1995, p. 3). Pour ces raisons, le PSC refuse d'adhérer à la Deuxième Internationale et demeure très critique à l’égard des syndicats de métier. Nous reviendrons plus en détail sur le PSC et les activités d'Albert Saint-Martin dans le prochain chapitre, d'autant plus qu'avant 1911 (l’année d'une scission importante avec son aile sociale-démocrate), cette organisation politique semble s'intéresser davantage à la propagande électorale qu'à l’action directe.
(pp. 66-68)

et
Avant que n'éclate le premier conflit mondial, le mouvement révolutionnaire au Québec est largement dominé par le PSC. Le principal porte-parole francophone de cette organisation, le sténographe Albert Saint-Martin, est un marxiste antiautoritaire bien connu du grand public. Ses idées se rapprochent à l'occasion des thèses libertaires, tout comme certaines des revendications du PSC. En témoigne le programme du parti diffusé en 1911 :

1. Abolir la propriété privée des moyens de se procurer la nourriture, les vêtements et le logement.
2. Rendre propriétés collectives le sol, les chemins de fer, les services publics, les usines, les mines et les inventions.
3. Assurer la gestion et l'organisation démocratique de l'industrie par le peuple, pour le peuple.
4. Produire les nécessités de la vie pour leur usage plutôt que pour le profit.
5. Voir à ce que chacun possède le droit de travailler et de gagner sa vie.
6. Voir à ce que personne, à l'exception des enfants et des malades, ne puisse vivre aux dépens des autres. (Claude Larivière (1979), op. cit., p. 108. 102)

Si les pratiques quotidiennes du PSC s'éloignent très souvent de l'anarchisme, celles de Saint-Martin sont nettement plus intéressantes. En 1910, Saint-Martin fait partie d'un groupe qui décide d'acheter des terres agricoles au Lac des Écorces, non loin de Mont-Laurier. Avec quelques immigrants français, il s'y établira pendant la guerre, fondant en pleine campagne québécoise un « milieu libre » sous la forme d'une ferme collective autogérée. (pp.101-102)

C'est vrai, nous ne sommes pas des anarchistes tout en étant antiétatiques.

dimanche 19 octobre 2008

La Russie n'a jamais été socialiste

Le numéro spécial de Socialisme Mondial, revue du Parti Socialiste du Canada, d'automne 1978 sur le capitalisme d'État en Russie vient d'être publié ici en version digitalisée.

jeudi 16 octobre 2008

Leur hymne

On siffle la Marseillaise lors d’un match de foot et cela devient une affaire d’Etat et un prétexte pour une vague de xénophobie. Des politiciens, le premier ministre en tête, le dénoncent en rappelant que c’est un délit d’insulter l’hymne “national”, passible d’une amende et de six mois d’emprisonnement. Le ministre de l’Intérieur lance une chasse à ceux qui ont "insulté" l’hymne en le sifflant.

C’est méprisable. Si ce n’était pas dangereux, ce serait ridicule. C’est dangereux parce que le patriotisme est un leurre, un moyen employé par une bourgeoisie nationale pour faire accepter par ses « sujets » l’idée que tous ceux qui habitent le même pays ont un intérêt commun. Ce n’est pas le cas. Dans tous les pays du monde la société est divisée en deux classes dont les intérêts sont inconciliables: la classe capitaliste qui détient les moyens de production et la classe travailleuse qui les fait fonctionner pour un salaire.

«Ce n’est pas l’équipe de France qu'ils sifflaient, c’est l’Etat français» a expliqué un des siffleurs. Si cela est vrai, c’est bon. La Marseillaise est effectivement un hymne d’Etat et en tant que tel ne mérite aucun respect. Mais, pour être cohérent, il faut rejeter tous les hymnes nationaux, celui des États tunisien, algérien et marocain tout autant que celui de l’Etat français.

Les socialistes combattent le patriotisme et tous ses symboles. La Marseillaise, c’est leur hymne, pas le nôtre. Le drapeau tricolore n'est qu'un morceau de chiffon au bout d’un bâton.

Pour nous, la patrie, c’est le monde. Nous voulons un monde sans frontières et sans États dits nationaux où nous serons tous Terriens, Citoyens du Monde, sur la base de la possession en commun de toutes les ressources, naturelles et industrielles, du monde par toute l’Humanité.

dimanche 12 octobre 2008

La crise

Nous sommes en pleine crise financière telle qu'on en connaissait au XIXe siècle et que Marx a analysée dans le tome III du Capital. Ce qu'une crise financière signifie, c'est que les banques ont fait des prêts que les emprunteurs, pour une raison ou une autre, sont devenus incapables de rembourser. Lorsque ces cessations de paiements deviennent assez répandues et assez importantes, c'est tout le système financier qui est ébranlé. C’est ce qui vient d’arriver encore une fois.

Historiquement, ce qui provoque les crises financières, c'est la surproduction par rapport au marché d'un secteur important de l'économie, surproduction provoquée elle-même par la poursuite anarchique des profits inhérente au capitalisme.

Cette fois les prêts en question étaient ceux accordés aux particuliers aux États-Unis pour acheter des maisons. Ces prêts ont déclenché, puis entretenu, un boom dans la construction immobilière. A la fin, le stock des maisons à vendre a devancé la demande solvable. En même temps le revenu des emprunteurs (pour la plupart, des travailleurs) n’a pas assez augmenté pour leur permettre de rembourser les prêts (et n‘allait jamais le faire), comme l’a démontré le nombre croissant de ceux qui ne pouvaient plus payer les traites pour "leur" maison. En d'autres termes, il y a eu une surproduction de maisons (par rapport au marché bien entendu, non pas par rapport aux besoins).

Ces cessations de paiement ont ébranlé le système financier mondial, non seulement à cause de leur nombre (deux millions au cours des derniers 12 mois) mais aussi, et surtout, à cause de la façon dont on a financé ces prêts -- ou plutôt dont on les a refinancés. Les banques d'investissements aux États-Unis les ont "titrisés", c'est-à-dire les ont regroupés par lots, parfois avec d’autres prêts, dans un seul titre, et puis elles ont vendus ces titres aux autres banques partout dans le monde mais surtout aux États-Unis et en Europe. Quand les cas de non-remboursements ont atteint un certain niveau, il y a eu les répercussions que nous connaissons sur les marchés du crédit partout dans le monde.

Une étude de la Banque des règlements internationaux à Bâle par Luci Ellis intitulé "The housing meltdown : Why did it happen in the United States", parue en septembre, a conclu que la crise financière actuelle a bien eu son origine dans une surproduction, celle des logements aux États-Unis.

En voici quelques extraits (traduits de l'anglais) :

« La crise enveloppant les marchés financiers globaux depuis août 2007 a été déclenchée par les pertes, actées et à prévoir, sur les hypothèques aux États-Unis. »
« . . . entre 2001 et 2006 on a construit aux États-Unis plus de nouvelles maisons que ne semblerait l’exiger l'accroissement de sa population. »
« La construction des logements aux États-Unis a culminé au début de l'année 2006. A la fin de cette année les ouvertures de chantiers de nouvelles constructions avait chuté d'environ 40%... Les États-Unis ont fini par se retrouver excédentaires. »
« Le secteur de la construction aux États-Unis semble avoir réussi à créer une suroffre importante de logements. Les États-Unis étaient donc davantage susceptibles d’enregistrer une rapide chute des prix que les autres pays, avant même que l'offre de crédit ne se rétrécisse. »

Une chose est claire : le capitalisme n’est pas un système qui sert le bien-être des hommes. Ce n’est pas l’argent qui fait tourner le monde. Au contraire, c’est l’argent qui détourne les ressources naturelles et industrielles de la planète d’une utilisation rationnelle qui subviendrait aux besoins humains.

mercredi 8 octobre 2008

Le monde dans lequel on pourrait vivre

Nous n’allons pas vous ennuyer avec le chômage, la précarité, la pauvreté, les inégalités, l’insécurité, la faim dans le monde, la destruction de l’environnement… et un trop long etcetera. Tous ces problèmes créés par le capitalisme, vous les connaissez aussi bien que nous.

Nous n’allons pas non plus perdre notre temps à vous proposer les meilleures réformes possibles pour tenter d’« humaniser » le système actuel. On ne peut obliger un tigre à brouter du gazon !

Et puis, si vous avez un peu de bon sens… et de mémoire, vous savez aussi bien que nous que, par définition, le capitalisme ne peut fonctionner que dans l’intérêt des capitalistes.

En revanche, peut-être ne savez vous pas que le socialisme est la seule solution aux problèmes du capitalisme ? Utopiste ? Et si on essayait d’y voir un peu plus clair ?

A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, le terme socialisme jouissait d’un grand pouvoir de séduction. La plupart des partis préoccupés par la « question sociale », l’amélioration des conditions de vie et de travail des salariés et désireux d’instaurer une société « meilleure », se disaient socialistes ou sociaux-démocrates. Sa popularité était telle qu’il lui valut d’être récupéré même par les courants qui lui étaient opposés, pour s’attirer les sympathies de la population : depuis le « socialisme » d’État de Lénine au « socialisme » tory des conservateurs britanniques d’après-guerre, en passant par le « socialisme » non-violent de Gandhi, le national-« socialisme » d’Hitler ou le « socialisme » réformiste de Mitterrand, nous en oublions… et des plus gratinés.
De nos jours, les choses ont bien changé. Les horreurs perpétrées dans les pays « socialistes », de même que les compromissions et la corruption de nos gouvernements et partis « socialistes » s’en sont efficacement chargées… la propagande des gouvernements et médias capitalistes et « socialistes » faisant le reste, trop contents, pour les premiers, de nous montrer la « chance » que nous avions de vivre en « démocratie ».

En réalité, le socialisme n’a rien à voir, ni avec les pays ni avec les gouvernements qui se prétendent (ou se prétendaient) socialistes : un régime dans lequel le patron privé a été remplacé par l’État-patron n’est pas du socialisme, mais une forme particulière de capitalisme : le capitalisme d’État. Quant à la gestion supposée plus « humaine » du capitalisme, préconisée par le PS, en quoi se différencie-t-elle de celle des gouvernements de droite ? Quels problèmes a-t-elle résolus ? Quelle « humanité » a-t-elle insufflé au capitalisme ?

Alors, qu’est-ce que le socialisme, vous direz-vous ? Bien évidemment, nous ne pouvons pas fournir un plan détaillé préétabli. Outre le fait que le socialisme dépend du stade d’avancement économique et de l’état de la planète dans lesquels le capitalisme nous laissera au moment de l’établissement de la société future, un plan prêt-à-l’emploi serait contraire au caractère démocratique du socialisme. Cependant, par comparaison avec le système actuel, quelques lignes générales peuvent être tracées :

1. Le capitalisme est un système de société mondial, basé sur l’appropriation, par une petite minorité de la population – la classe capitaliste –, des moyens de production des richesses de la société et, par conséquent, leur gestion au seul profit de cette minorité possédante. Il s’ensuit que, pour permettre l’administration démocratique (par la société toute entière) de ces moyens et l’organisation de la production dans l’intérêt général, le transfert, au niveau mondial lui aussi, de la propriété de ces moyens à la société est un impératif absolu. Débarrassée du carcan de la propriété privée, la société remplacera la démocratie politique limitée, que nous connaissons actuellement, par la démocratie sociale.

2. Le capitalisme est une société divisée en classes sociales opposées : d’un côté, ceux qui, possédant les moyens de production – la classe capitaliste –, s’approprient les richesses produites et n’ont pas besoin de travailler pour vivre ; de l’autre, ceux qui en sont exclus – la classe salariée – et doivent travailler pour les premiers afin de subvenir à leurs besoins. Le socialisme, lui, sera une société sans classes puisque les relations sociales actuelles, qui découlent de la propriété privée des moyens d’existence de la société, auront disparu.

3. Dans le capitalisme, les biens et les services sont produits dans le seul but de générer un profit pour la minorité possédante. Dans le socialisme, ils seront produits pour satisfaire les besoins, individuels et collectifs, exprimés par la population.

4. Dans le capitalisme, l’accès aux biens et aux services nécessaires à notre vie quotidienne (nourriture, logement, transports, culture, loisirs, etc.) est limité par la quantité d’argent dont nous disposons. Dans le socialisme, l’accès aux richesses produites sera libre et gratuit puisque la suppression de la propriété privée entraînera l’élimination des opérations d’achat-vente, rendant l’argent inutile. En effet, les richesses produites étant devenues la propriété commune de l’humanité, comment et à qui allons-nous acheter des biens ou des services que nous possédons déjà ?

Avec la propriété sociale des moyens d’existence de la société, nous serons en mesure de réaliser un monde dans lequel le système actuel des États rivaux sera supplanté par une communauté mondiale sans frontières, le rationnement de l’argent et du système du salariat par le libre accès aux richesses produites, la concurrence par la coopération et la lutte des classes par l’égalité sociale.

dimanche 5 octobre 2008

Deux textes

Nous signalons la publication sur le net de deux textes de notre mouvement:

"Entretien" avec Marx

Un monde meilleur, est-ce possible ?

jeudi 2 octobre 2008

En attendant le vote

Certains prétendent que la crise actuelle montre « la faillite du système marchand que manifeste la crise liée à la saturation des marchés solvables et à l'impossibilité de créer de nouveaux marchés (ou de solvabiliser ceux existants)».

Le problème n'est pas (et n'a jamais été) celui des marchés. Globalement la production elle-même génère toujours un pouvoir d'achat (« un marché ») suffisant pour absorber ce qui est produit. Le problème du capitalisme, c'est la motivation pour produire, c'est-à-dire le taux de profit. Ce sont les variations, en hausse et en baisse, de ce taux qui règlent le cycle de la production dans le capitalisme. Lorsque les perspectives de profits sont mauvaises, la production se ralentit mais puisqu’il y a eu une diminution de la production il y a aussi une diminution du pouvoir d'achat généré et donc un rétrécissement du marché.

C'est ici que beaucoup de gens se trompent en prenant la saturation apparente des marchés comme la cause de la chute de la production, tandis qu'en réalité c'est précisément l'inverse : c'est la chute de la production qui a entraîné la soi-disant saturation des marchés. De même, pour sortir d'une crise ce n'est pas de nouveaux marchés qu'il faut, c'est une hausse du taux de profit, mais c'est la crise elle-même qui recrée cette condition pour une reprise de la production. Elle le fait en dévaluant le capital (le capital, il faut se rappeler, n'est qu'une somme de valeurs et dans une crise ces valeurs se déprécient par les faillites, les restructurations financières, la baisse des prix réels, etc. . . .) et en augmentant le taux de plus-value (diminution des salaires réels). Et c’est la reprise de la production qui crée les nouveaux marchés. Donc la crise actuelle n’est pas la crise finale du capitalisme mais simplement une crise cyclique de laquelle le capitalisme sortira tôt ou tard.

Cela dit, une crise financière peut aggraver une crise économique. Comme Marx disait, en analysant dans le tome III du Capital les crises financière de 1848 et de 1857 en Angleterre:

"Une législation bancaire ignorante et absurde, comme celle de 1844-1845, peut aggraver la crise. Mais il n'est pas de législation qui puisse écarter la crise" (chapitre XXX).

Quelque chose à retenir en attendant le vote de la Chambre des représentants à Washington sur le plan Paulson.

jeudi 25 septembre 2008

Sarkozy anticapitaliste ?

S'exprimant devant l'Assemblée générale de l'ONU le 23 septembre, Sarkozy a dit :
« Reconstruisons ensemble un capitalisme régulier et régulé où des pans entiers de l'activité financière ne sont pas laissés à la seule appréciation des opérateurs de marché, où les banques font leur métier. »

Plus tôt le même jour il a déclaré devant la presse:
« Cette crise est venue d'une véritable déviation de l'économie de marché, d'un capitalisme qui au lieu d'être tourné vers la production, s'est orienté vers la spéculation. »

Les altermondistes ne disent pas autre chose - sauf que, eux, ils s'imaginent que l'opposition au « néolibéralisme », où les activités économiques sont effectivement laissées à la seule appréciation des opérateurs de marché, équivaut à l'anticapitalisme. En réalité, l'alternative au néolibéralisme, c'est un « capitalisme régulé » tel que Sarkozy le souhaite.

Bien entendu Sarkozy n'est pas anticapitaliste. Eux non plus.

lundi 22 septembre 2008

La « crise ultime » du capitalisme »?

Le capitalisme est en crise. C'est une évidence. Mais quelle est la signification de cette crise ? Est-ce qu'il s'agit, comme d'aucuns prétendent, d’une manifestation de la « crise mortelle du capitalisme, asphyxié par le manque de débouchés pour sa production » ?

D’après le « Courant Communiste International » parmi d'autres par exemple, la crise actuelle représente l’effondrement de la politique poursuivie par les capitalistes pour surmonter un manque chronique de débouchés :

« Pour empêcher que l'économie ne soit à nouveau submergée par la surproduction et ne se bloque, ils ont eu recours à un artifice : l'endettement systématique et généralisé. Par cet endettement des Etats, des entreprises et des particuliers, « la demande » s'est maintenue à peu près au niveau de « l'offre » ; autrement dit, les marchandises se sont écoulées à coup d'emprunts. Mais l'endettement n'est qu'un palliatif, il ne guérit pas le capitalisme de la maladie de la surproduction. » (Révolution internationale, 3 septembre 2008)

Cette explication présuppose que le capitalisme souffre d’une maladie chronique de surproduction, d'un déséquilibre chronique entre l’offre et la demande, et effectivement c’est ce que le CCI croit:

« Le capitalisme est déchiré par la contradiction suivante : la production en son sein ne se fait pas pour la satisfaction des besoins humains mais au contraire, a comme moteur essentiel la recherche du profit. Cette logique du profit s'exprime d'une part par la nécessité pour les capitalistes de soutirer un surtravail, une plus-value maximale à la classe ouvrière, ce qui est le rapport d'exploitation capitaliste, et d'autre part par le besoin impérieux de trouver des débouchés solvables pour la réalisation de ce surproduit, sous peine de ne plus être en mesure de poursuivre l'accumulation : l'absence de ces marchés provoque alors la crise de surproduction ( . . .)
Comme ce ne sont ni les capitalistes ni les ouvriers qui peuvent réaliser cette partie de la production qui permettre l'accumulation, les capitalistes sont poussés à trouver des marchés en dehors de leurs propres sphères pour écouler ce surproduit. Telle est la raison des conquêtes coloniales. De même, c'est dans l'insuffisance de ces marchés eux-mêmes, devenus trop étroits à la longue que pour pouvoir absorber la masse croissante de plus-value, que les guerres impérialistes plongent leurs racines. Dès 1914, le capitalisme montre sa faillite : la saturation des marchés extra-capitalistes l'entraîne en effet dans une ère de décadence où son seul mode de vie possible est le suivant : crises, guerre, reconstructions . . . » (Internationalisme 70, novembre/décembre 1982).

A première vue, cette thèse semble assez plausible, mais en l'examinant de plus près, on voit ses insuffisances, pour ne pas dire ses erreurs.

Le défaut de ce raisonnement se trouve dans l'affirmation que « Ce ne sont ni les capitalistes entre eux, ni les ouvriers qui peuvent réaliser cette partie de la production qui permettra l'accumulation ». Evidemment, les travailleurs ne le peuvent pas - ils ne peuvent acheter avec leur salaire que la partie de la production qui correspond à la valeur de leur force de travail - mais pourquoi les capitalistes ne peuvent-ils le faire « entre eux » ?

Imaginons qu'il n'existe que deux capitalistes, tous les deux ayant un surproduit à écouler. Qu'est-ce qui empêche qu'ils échangent leurs surproduits respectifs entre eux, ainsi réalisant la plus-value qu'ils contiennent ? Il est vrai qu'ils pourraient, tous les deux, aussi chercher des acheteurs extra-capitalistes, mais pourquoi seraient-ils obligés par nécessité économique de le faire ?

Cet exemple est très, même peut-être trop simplifié mais le principe reste le même indépendamment du nombre de capitalistes, qu'ils soient deux ou deux cents milles. C'est donc par les échanges intra-capitalistes que la plus-value se réalise, ou du moins peut en principe se réaliser car les marchés extra-capitalistes ont effectivement joué un rôle important dans la naissance et le développement du capitalisme mondial.

Dire que le capitalisme peut écouler dans son propre sein toute sa production, y compris la partie représentant la plus-value soutirée aux travailleurs, n'est pas dire que ceci se fait sans problème. Loin de là. Comme la crise actuelle le montre, l'accumulation du capital n'est pas un processus régulier et continu, mais un processus cyclique avec des hauts et des bas, des périodes de boom des périodes de stagnation successives. La croissance sous le capitalisme se fait en dents de scie et ne peut se faire autrement vu l'anarchie de production qui y règne.

Accepter que le capitalisme ne s'effondrera pas de lui-même n'affaiblit pas la cause socialiste. Le capitalisme reste un système dépassé, « décadent » si l'on veut, dans le sens historique : dès le début du siècle il avait rempli son rôle de construire le fondement matériel pour une société mondiale d'abondance, mais il n'a pas été capable d'en faire profiter l'humanité puisque c'est un système basé sur le monopole des moyens de production dans les mains d'une minorité et orienté vers la recherche de profits et non pas vers la satisfaction des besoins humains.

Donc, ce n’est pas la « crise ultime » du capitalisme. De toutes façons cette crise-là ne sera pas économique mais politique et elle arrivera dès qu’une majorité de la classe travailleuse décide de se débarrasser du système. Le capitalisme ne s'effondrera jamais de lui-même ; il continuera de crise en crise jusqu'au moment où les travailleurs s'organiseront consciemment pour y mettre fin par un acte politique.

samedi 20 septembre 2008

La Middle East connexion

(article paru dans le Socialist standard d’octobre 2001)

“La première guerre du XXIe siècle”, c’est ce qu’a dit Bush suite aux attaques suicides - et meurtrières - contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington le 11 septembre. Un rappel effrayant qui démontre que, si le système capitaliste devait continuer, ce siècle ne sera pas différent du siècle passé. Toutefois, la déclaration de Bush n’était pas tout à fait vraie, car l’attaque contre les États-Unis ce mardi-là faisait suite à un conflit qui dure depuis un demi-siècle, s’exacerbant de temps à autres en guerre ouverte: la lutte pour le contrôle des ressources pétrolières du Moyen Orient.


Les EU n’ont pas participé au démentèlement de l’empire ottoman après la première guerre mondiale mais ont réussi à prendre pied au Moyen Orient avec l’établissement de l’État d’Israël en 1948 en tant qu’avant-poste colonial; État peuplé et gouverné principalement par des immigrés européens, pour servir de gendarme par procuration des EU dans la région. La rivalité entre les puissances occidentales a continué - et continue encore - pendant ce demi-siècle mais il y a 50 ans un nouveau rival est entré en jeu, à savoir, une partie de la classe capitaliste locale (l’autre partie restant liée aux puissances impérialistes).
En 1951 le gouvernement de Mossadeg en Iran a nationalisé l’industrie pétrolière, et fut aussitôt renversé par un coup d’État téléguidé par l’Occident. Puis il y eut l’attaque anglo-franco-israëlienne en Égypte en 1956 après que Nasser ait nationalisé le canal de Suez, qui était alors la principale route commerciale pour l’évacuation du pétrole du Moyen Orient vers l’Europe. Puis, après d’autres guerres et “crises”, la guerre de Yom Kippour en 1973 au moment où le boom d’après-guerre tirait à sa fin et qui aida à accélérer cette fin. Puis, il y a dix ans, la guerre du Golfe pour reconquérir les champs pétrolifères du Kowait que l’Irak avait oté des mains de l’Occident, guerre qui a continué depuis avec une moindre intensité par des bombardements réguliers sur l’Irak de l’aviation américaine et britannique.
Le conflit en Tchétchénie, lui aussi, avait une dimension concernant le pétrole, puisque le projet d’oléoduc pour faire sortir le pétrole de la mer Caspienne vers l’Ouest donnait à la Tchétchénie une importance stratégique pour la Russie. En fait, l’effondrement de l’empire capitaliste d’État russe réouvrait les gisements de pétrole de la Caspienne à la pénétration du capital occidental, introduisant l’Afghanistan dans l’équation en tant que voie alternative possible pour faire sortir le pétrole caspien sans passer par l’Iran.
Les rivaux des puissances occidentales pour le contrôle des ressources pétrolières du Moyen Orient et des routes commerciales pour évacuer ce pétrole, ainsi que le contrôle des points stratégiques pour protéger ces routes, ont été des sections de la classe capitaliste locale. L’idéologie qu’elles ont utilisé au début en vue d’obtenir un soutien des masses, était un nationalisme anti-impérialiste de gauche et même une rhétorique “socialiste”. C’était le cas de Nasser en Égypte, des régimes baathistes en Syrie et en Irak ainsi que de l’OLP dans les années soixante-dix.
Cela demeure une force politique importante mais depuis les années 80 le fondamentalisme islamiste a rivalisé en tant qu’idéologie de ceux qui veulent le contrôle capitaliste local, au lieu du contrôle impérialiste occidental, des ressources pétrolières du Moyen Orient. Un facteur-clef dans ce changement a été la victoire de la “révolution islamique” en Iran en 1979. Il ne faudrait toutefois pas négliger ce qu’a pu être l’influence du régime intégriste de longue date en Arabie saoudite qui, quoique n’étant anti-occidental, a utilisé une partie de sa rente pétrolière à miner le nationalisme de gauche parmi les militants arabes. Cela avec l’encouragement des États-Unis dans leur lutte contre la Russie capitaliste d’État pour l’hégémonie mondiale. Il est notoire qu’Osama ben Laden - un billionaire saoudite - et sa bande étaient armés par les EU et envoyés en Afghanistan en vue d’empêcher que ce pays ne tombe sous le contrôle russe.
Que ceux qui ont attaqué les États Unis le 11 septembre aient été des musulmans intégristes n’a rien donc de surprenant. Le fondamentalisme islamiste est devenu de plus en plus l’idéologie de ceux qui, dans les pays à prédominance musulmane au Moyen Orient, veulent prendre le contrôle des ressources pétrolières des mains de l’Ouest au profit des capitalistes locaux.
Ainsi, l’alignement des forces lors du prochain épisode - militaire - de la lutte continuelle pour le contrôle de ces ressources c’est, d’un côté, une section de la classe capitaliste locale utilisant l’islam comme moyen de s’attirer un soutien des masses et, de l’autre côté, les puissances impérialistes occidentales utilisant la “démocratie” comme leur idéologie pour attirer un soutien des masses en faveur de la guerre. Cependant, “État islamique” contre “Démocratie”, ce n’est qu’un écran de fumée déguisant le véritable enjeu, à savoir le contrôle des ressources pétrolières du Moyen Orient. Il s’agit là d’un enjeu qui ne mérite pas le sacrifice de la vie d’un seul membre de la classe travailleuse mondiale.

En tant que socialistes révolutionnaires nous déclarons notre opposition aux deux côtés dans cette guerre et faisons appel à la classe travailleuse du monde pour qu’elle s’unisse afin de mettre promptement fin au système capitaliste et que plus aucune vie ne soit sacrifiée aux intérêts des sections rivales de la classe capitaliste internationale.


mardi 16 septembre 2008

Il y a 25 ans (3): Réfugiés économiques

« Je dois protéger l' emploi des Français (...). Les travailleurs clandestins devront quitter la France ». « ll faut renvoyer les immigrés clandestins chez eux ».

Jean-Pierre Stirbois, du Front National, lors d'une réunion électorale à Dreux ? Non, François Mitterrand sur TF1 le 15 septembre et au Conseil des Ministres du 31 août, mais la logique est la même : les immigrés, clandestins ou pas, prennent les emplois des Français ; il faut donc les expulser de France.

II s'agit là de la même logique que celle que le gouvernement nigérian a invoquée pour justifier l'expulsion de millions de travailleurs « non nigérians » en février dernier en se fichant de ce qui allait advenir d'eux après qu'ils aient quitté son territoire. C'est la même logique qui, si le chômage atteignait 3 millions en France, justifierait l'expulsion des immigrés « légaux », comme le demande déjà le Front National. En ce sens Mitterrand donne raison aux 17% des votants de Dreux qui ont choisi la liste Stirbois le 4 septembre.

Mais cette logique est fausse. Ce n'est pas l'immigration qui est responsable du chômage, mais la crise mondiale qui frappe tous les pays du monde; c'est en fin de compte le système capitaliste, dont les lois économiques font que le taux de chômage monte et tombe selon que le taux de profit est bas ou élevé.

Les immigrés clandestins sont donc tout aussi victimes de la récession mondiale que ne le sont les chômeurs français. Ne trouvant pas d'emploi dans leur pays d'origine, ils viennent en chercher en Europe. Ce sont en fait des réfugiés économiques, mais Mitterrand veut les traiter en criminels. Le spectacle de la police traquant des gens qui sont complètement démunis et qui ne cherchent qu'un emploi - n'importe lequel - simplement pour ne pas mourir de faim est encore un exemple du barbarisme du monde moderne capitaliste. Et Mitterrand, malgré ses états d'âme - « tout cela m'est très pénible », a-t-il déclaré sur TF I - n'est qu'un instrument de ce barbarisme.


(Socialisme Mondial 24, novembre 1983)

vendredi 12 septembre 2008

Le Pape à Paris

Aujourd’hui Joseph Ratzinger, autrement nommé « Pape Benoît XVI », arrive en France. Lors de la dernière visite pontificale en France son prédécesseur Karol Wojtyla a attaqué ce qu’il avait appelé « le matérialisme athée » en le désignant comme une menace dangereuse. Une menace, comment ? Dans la pratique, la plupart des gens sont déjà matérialistes, en ce sens que dans leur vie quotidienne, ils se comportent comme si dieu n’existait pas. Ils n’attendent pas de miracles, ils ne prient pas, ils ne prennent de décisions qu’à la lumière des faits réels. S’ils se marient à l’église ou font baptiser leur enfant, c’est plutôt par tradition sociale que par foi religieuse.

Qui conteste aujourd’hui que la Terre et la vie ne sont pas la création d’un dieu éternel mais que tous les deux sont les produits d’une évolution de la matière dont les étapes sont assez bien connus ? (S’il existe quelque chose d’éternel, c’est l’Univers lui-même - comme les matérialistes le prétendent depuis des temps anciens !). Personne ne croit vraiment que des dieux ou autres fantômes soient intervenus dans l’histoire. Est-ce qu’il y a une vie après le mort ? Il n’y en a pas le moindre soupçon d’évidence. La Sainte-Vierge, l’Annonciation, la Résurrection, l’Ascension, l’Assomption ? Allez, ne me faites pas rire . . .

Ceci dit, il est vrai que seulement une minorité des gens se reconnait ouvertement comme « athée », mettant ainsi leurs idées en accord avec leur pratique. C’est finalement une position honnête et assez louable, même si on ne peut critiquer ceux qui ne réalisent pas qu’en réalité, eux aussi, ils sont « matérialistes athées ». Après tout, ce qui compte, c’est ce qu’on fait plutôt que ce qu’on dit, et, si dans la pratique, on rejette dieu et la religion, pourquoi insister sur une « déclaration de foi » à cet effet !

Mais si le matérialisme athée n’est pas une menace pour nous, gens ordinaires, il est bel et bien une menace pour les gens comme Ratzinger et Cie. Car l’ignorance et la superstition sont la source de leur pouvoir, pouvoir qu’ils exercent trop souvent pour gâcher complètement la vie de ceux qui les suivent.

Les dogmes de l’Eglise ne nous intéressent pas - les prêtres peuvent continuer à discuter éternellement sur le sexe des anges si cela leur fait plaisir - sauf un, celui qui déclare l’autorité de l’Eglise absolue et le jugement de son chef infaillible. Ce dogme fait de l’Eglise une organisation totalitaire tout comme l’ancien régime en Russie, et une organisation d’autant plus redoutable qu’elle a beaucoup plus de pouvoir politique et social que Moon ou les autres sectes. Son autorité « infaillible » s’exerce donc sur beaucoup plus de gens. Et, pour Joseph Ratzinger et Cie, la liberté de religion, ce n’est pas le droit d’exprimer n’importe quelle position, pour ou contre, sur la religion, mais seulement la liberté pour son organisation totalitaire d’exercer son autorité, même sur les non-croyants.

Le domaine où les dogmes de cette organisation totalitaire nuisent le plus, c’est précisément celui des relations personnelles : le divorce, l’avortement et la contraception. Ce ne sont pas des affaires à prendre à la légère, mais il faut que les décisions les concernant soient prises rationnellement à la lumière des faits réels. On n’a pas besoin de l’ingérence d’une organisation qui se croit infaillible et qui veut imposer ses dogmes à tout le monde. La souffrance que l’Eglise a causé dans ce domaine en imposant des décisions inappropriées, illogiques ou même franchement cruelles est incalculable.

On pourrait aussi parler des écoles de l’Eglise qui sont tout sauf « libres » où l’Eglise enseigne l’ignorance et la superstition qui sont la base de son pouvoir, blessant des jeunes psychologiquement, souvent à vie. Heureusement, le monde extérieur existe et beaucoup de ceux que l’Eglise a commencé à endoctriner avec ses dogmes réussissent à échapper à ses griffes pour vivre leur vie selon des préceptes plus adéquats.

Ce ne sont pas les matérialistes athées qui sont la menace. Ce sont les fanatiques religieux, et parmi eux Joseph Ratzinger. En tant que chef d’une organisation totalitaire, il doit prendre une large part de responsabilité pour la souffrance que l’Eglise cause. D’ailleurs, lui-même, il a des idées assez bizarres. Il croit, par exemple, que le diable agit toujours dans le monde et il s’est même prononcé sur le sexe des anges (il parait que nous garderons notre sexe au ciel mais cela ne servira pas à grand’chose !). Et puis, il y avait le pauvre archevêque de Zambie en Afrique qui était gardé dans son appartement au Vatican, accusé de sorcellerie. C’est trop injuste puisque, après tout, un Pape, c’est quoi sinon un Grand Sorcier Blanc ?

Dixi et salvavi meam animam !


mercredi 10 septembre 2008

Le réformisme du "programme commun" de 1972

Nous signalons la publication sur le site de Bataille socialiste d'un article tiré du numéro 2/3 de Socialisme Mondial en 1974 sur le "programme commun" adopté par la gauche en France en 1972. Voir aussi la chronique de son échec ici.


dimanche 7 septembre 2008

La solution au "credit crunch" : abolir l'argent

Le but des socialistes n'est pas simplement d'abolir l'argent en tant que tel. La tentative effectuée en ce sens par le dictateur cambodgien Pol Pot dans son pays s'est avérée un désastre pour l'économie du Cambodge puisqu'elle s'est faite dans le cadre du capitalisme.

Ce que les socialistes préconisent, c'est un changement dans la forme de propriété des moyens d'existence de la société : le remplacement de la propriété privée par la propriété commune ou sociale (et non, étatique) et leur contrôle démocratique.

L'existence de l'argent et celle du socialisme sont incompatibles puisque l'argent implique la propriété privée et, donc, l'échange, alors qu'avec l'avènement de la propriété commune, les biens ne seront plus produits pour être vendus (comment peut-on acheter ce qui nous appartient déjà ?) mais pour être distribués ou, plutôt, pour être mis à disposition des consommateurs qui se serviront en fonction de leurs besoins. Ils n'auront plus besoin d'argent et, par conséquent, plus besoin non plus de banques, de compagnies d'assurances, de fonds de pension ou de toute autre institution financière. Le socialisme implique le remplacement des complexités du système monétaire par la simple manipulation des quantités, l'adaptation de la production et de la distribution aux besoins environnementaux et humains, et la libre disponibilité de l'information, non déformée par la publicité.

Comme tous les concepts nouveaux ou inhabituels, il nous est difficile d'imaginer une organisation de la société sans argent, et elle nous paraît donc impossible. C'est pourquoi, l'idée d'une société débarrassée de l'argent et des banques nous laisse incrédules, sceptiques ou perplexes. Mais nous ignorons, à nos dépens et à notre péril, les implications de notre refus à la réaliser. Comme nous ne sommes pas capables de visualiser comment quelque chose peut être fait, nous avons tendance à assumer que c'est impossible à exécuter et, par conséquent, qu'il est inutile d'essayer. Mais le capitalisme lui-même n'a pas toujours existé, et ce que nous créons, nous pouvons aussi l'éliminer.

L'argent est considéré à juste titre comme le lubrifiant qui permet au capitalisme d'avancer ; mais il n'est pas la condition indispensable du bon fonctionnement de toute société, qui est la détermination des nécessités de la vie (besoin de secourir, de s’habiller, de se loger, de se déplacer, de se cultiver, de se distraire, etc.) et la recherche de leur satisfaction. A l'opposé des partisans du capitalisme d'État et de ceux qui proposent la nationalisation du système financier, les socialistes préconisent l'établissement d'une société qui produira des biens et des services destinés, non pas à être échangés contre l'argent, mais simplement pour l'usage de toute la communauté.

dimanche 31 août 2008

Six différences entre le capitalisme et le socialisme

1. Le capitalisme est un système de société mondial, basé sur l’appropriation, par une petite minorité de la population, des moyens de production et de distribution des richesses de la société (industries, moyens de transport, ressources naturelles, etc.).

Dans le socialisme, ces moyens seront transférés à la collectivité, ils seront socialisés.

2. En raison de l’appropriation des moyens d’existence de la société par la minorité possédante, le capitalisme est une société divisée en classe sociales opposées : d’un côté, ceux qui, possédant les moyens de production – la classe capitaliste –, s’approprient les richesses produites et n’ont pas besoin de travailler pour vivre ; de l’autre, ceux qui en sont exclus – la classe salariée – et doivent travailler pour les premiers afin de subvenir à leurs besoins.

Le socialisme, lui, sera une société sans classes puisque les relations de production actuelles, qui découlent de la propriété privée des moyens d’existence de la société, auront disparu.

3. Dans le capitalisme, les moyens de production sont gérés dans le seul but de générer un profit pour la minorité possédante.

Dans le socialisme, ils seront administrés en vue de satisfaire les besoins exprimés par la population.

4. Dans le capitalisme, l’accès aux biens et aux services nécessaires à notre vie quotidienne (nourriture, logement, transports, culture, loisirs, etc.) est limité par la quantité d’argent dont nous disposons.

Dans le socialisme, l’accès aux richesses produites sera libre et gratuit puisque, avec la disparition de la forme capitaliste de propriété privée, les opérations d’achat-vente n’auront plus de raison d’être et rendront l’argent inutile. En effet, les richesses produites étant devenues la propriété commune de l’humanité, comment et à qui allons-nous acheter des biens ou des services que nous possédons déjà ?

5. Dans le capitalisme, chaque entreprise est gérée de manière autoritaire et égoïste, au seul profit de ses actionnaires/propriétaires.

Dans le socialisme, les membres de la société possédant, directement et collectivement, les moyens de production et les richesses naturelles, ils mettront en place une administration démocratique de ces ressources productives, tant sur les points de production qu’à travers les structures et les réseaux établis pour assurer l’articulation et la coordination entre les diverses unités de production et les centres de distribution.

6. Le capitalisme est basé sur la concurrence : concurrence entre États pour la défense des intérêts de leurs capitalistes nationaux ; concurrence entre entreprises pour des parts de marché ; concurrence entre travailleurs pour un emploi, etc.

Avec la disparition de la propriété privée et de l’État, et leur remplacement par la propriété sociale et une administration démocratique, les conflits entre employeurs et employés, entre États, etc. n’auront plus de raison d’être, la concurrence laissera la place à la coopération.

lundi 25 août 2008

L’anti-impérialisme comme idéologie

Quand Lénine a écrit sa brochure sur l’impérialisme en 1916 il n’était que le chef d’une des fractions du mouvement social-démocrate russe et les visions qu’il y exprima, y compris les erreurs, étaient celles défendues par beaucoup d’autres critiques de l’impérialisme à l’époque. Cependant, quand il a écrit la préface aux éditions française et allemande en 1920, sa position personnelle avait changé : il était devenu le premier ministre d’un État (de la Russie capitaliste d’État) dont l’intérêt économique était de bouleverser le redécoupage impérialiste du monde qui avait résulté de la première guerre mondiale. Ce changement se reflète dans le contenu de la préface, quand il écrit :

« Le capitalisme est devenu un système mondial d’oppression coloniale et d’étranglement financier de l’écrasante majorité de la population du monde par une poignée de pays « avancés ». Et c’est deux ou trois puissants gangsters armés jusqu’aux dents (l’Amérique, la Grande-Bretagne et le Japon) qui se partagent ce « butin » et qui entraînent le monde entier dans leur guerre pour le partage de leur butin ».

« Le capitalisme aujourd’hui a mis en avant une poignée (moins d’un dixième des habitants du globe ; et, en comptant de la façon la plus « large » et la plus exagérée, moins d’un cinquième) d’États particulièrement riches et puissants qui pillent le monde entier, par une simple « tonte des coupons ».

S’il est vrai que « l’écrasante majorité de la population du monde » est exploitée, ce n’est pas vrai de dire que ses exploiteurs sont « une poignée d’États particulièrement riches et puissants ». Si c’était le cas, alors la conclusion à tirer serait que la population mondiale devrait s’unir contre cette poignée d’États et leurs classes dirigeantes (plutôt que contre tous les Etats et toutes les classes dirigeantes), et c’est celle-là, bien sûr, la conclusion que Lénine voulait que soit tirée.

En tant que membre du gouvernement d’un État qui n’était pas inclus dans la « poignée », il en appelait à tous les autres États exclus, et leurs habitants - « États prolétariens » comme les a appelés Mussolini, dont l’État se trouvait dans une position similaire - à se soulever et en effet redécouper le monde en de nouvelles sphères d’influence. Mais cela n’aurait pas mis fin à l’exploitation de la population mondiale ; cela n’aurait changé que la manière par laquelle les produits de cette exploitation - le butin, comme Lénine l’appelait justement - étaient partagés parmi les Etats qui composaient le monde, c’est-à-dire, parmi leurs classes capitalistes respectives. En d’autres termes, c’était un Etat qui venait de se former et qui essayait d’affirmer son droit à une place au soleil, qui utilisait l’« anti-impérialisme ». Il se trouva que la Russie capitaliste d’Etat y réussira, sous le successeur de Lénine, Staline, après la seconde guerre mondiale.

La même théorie selon laquelle toute la population du monde est exploitée par une poignée d’États impérialistes devait être propagée par la Chine capitaliste d’État pendant l’ère de Mao, et pour la même raison. Les dirigeants chinois ont depuis laissé tomber cette théorie, ayant adopté la stratégie alternative du « si tu ne peux pas les battre, joins-toi à eux » pour essayer d’entrer dans le club des puissances dominantes du monde.

mardi 19 août 2008

Rosa Luxemburg sur la situation dans le Caucase

Il y 100 ans Rosa Luxemburg a écrit un article sur le problème des nationalités dans le Caucase. Il est toujours pertinent aujourd’hui même si on peut partager le doute qu’elle exprime à la fin que la solution qu’elle préconise ne soit pas réalisable au sein du capitalisme. En tout cas, c’est évident que l’établissement de soi-disant “Etats-nation” dans le Caucase ne pouvait se faire sans des “épurations ethniques”. Ce que s’est passé tout comme aux Balkans (et, d’ailleurs, aussi dans l’Europe de l’Est après la première guerre mondiale). Le nationalisme et le concept de l’Etat-nation sont toxiques.

On trouve dans le Caucase un autre exemple remarquable des difficultés auxquelles se heurte le problème de l’autonomie nationale dans la pratique.

Aucun coin de la terre n'offre un tableau de nationalités aussi imbriquées les unes dans les autres que le Caucase, antique piste historique des grandes migrations de peuples entre l'Asie et l'Europe, jonchée de fragments et d'éclats de ces peuples. La population de cette région, comptant plus de neuf millions de personnes se compose (selon le recensement de 1897) des groupes raciaux et nationaux suivants : (en milliers)

Russes : 2 192,3 ; Allemands : 21,5 ; Grecs : 57,3 ; Arméniens : 975,0 ; Ossètes : 157,1 ; Kurdes : 100,0
Montagnards caucasiens : Tchétchènes : 243,4 ; Tcherkesses : 111,5 ; Abkhazes : 72,4 ; Lezguiens: 613,8
Kartveliens : Géorgiens, Iméritiens, Mingréliens, etc. : 1 201,2 ;
Juifs : 43,4
Turco-tatars : Tatars : 1 139,6 ; Koumyks : 100,8 ; Turcs : 70,2 ; Nogays : 55,4 ; Karatches : 22,0
Kalmouks : 11,8
Estoniens, Mordves : 1,4.

Les principales nationalités concernées sont reparties territorialement comme suit: les Russes qui constituent le groupe le plus nombreux du Caucase sont concentrés au nord, dans les districts du Kuban et de la Mer Noire et dans la partie nord-ouest du Terek. Les Kartveliens se situent plus au sud, dans la partie occidentale du Caucase ; ils occupent le gouvernement de Kutais et la partie sud-est du gouvernement de Tiflis. Encore plus au sud, le territoire central est occupé par les Arméniens dans la partie méridionale du gouvernement de Tiflis, la partie orientale du gouvernement de Kars et la partie septentrionale du gouvernement d'Erevan, coincés entre les Géorgiens au nord, les Turcs à l'ouest, les Tatars à l'est et au sud, dans les gouvernements de Bakou, Elizavetpol et Erevan. A l'est et dans les montagnes se situent les tribus montagnardes alors que d'autres groupes mineurs tels que les Juifs et les Allemands vivent entremêlés avec la population autochtone principalement dans les villes. La complexité du problème des nationalités apparaît particulièrement dans la question linguistique parce qu'au Caucase, il y a à côté du russe, de l'ossète et de l'arménien environ une demi-douzaine de langues tatares, quatre dialectes lezguiens, plusieurs tchétchènes, plusieurs tcherkesses, mingréliens, géorgiens, svanes et un certain nombre d'autres. Et ce ne sont aucunement des dialectes mais pour la plupart des langues indépendantes, incompréhensibles pour le reste de la population.

Du point de vue du problème de l'autonomie, seules trois nationalités entrent manifestement en considération : les Géorgiens, les Arméniens et les Tatars parce que les Russes qui résident dans la partie septentrionale du Caucase se situent nationalement parlant en continuité avec le territoire de l'Etat originellement russe.

Le groupe national le plus nombreux à cote des Russes est celui des Géorgiens si l’on inclut parmi eux toutes les variétés de Kartveliens. Le territoire historique des Géorgiens se compose des gouvernements de Tiflis et de Kutais, des districts de Sukhumi et de Sakatali, soit une population de 2 110 490 personnes. Cependant, la nationalité géorgienne ne compte que pour un peu plus de la moitié de ce chiffre, soit 1,2 million, le reste se composant d'Arméniens à hauteur d'environ 220 000, concentrés principalement dans le district d'Akhalkalaki du gouvernement de Tiflis où ils représentent plus de 70% de la population ; les Tatars à hauteur de 100 000; les Ossètes, plus de 70 000 ; les Lezguiens constituent la moitie de la population du district de Sakatali et les Abkhazes dominent dans le district de Sukhumi alors que dans le district de Bortchalou du gouvernement de Tiflis un mélange de nationalités diverses détient la majorité par rapport à la population géorgienne.

Compte tenu de ces chiffres, le projet d'autonomie nationale géorgienne présente de multiples difficultés. Le territoire historique de la Géorgie pris dans son ensemble comporte une population numériquement si insignifiante - à peine 2,1 millions - qu il semble insuffisant comme base d'une vie autonome propre dans le sens moderne du terme, avec ses exigences culturelles et ses fonctions socio-économiques. Dans une Géorgie autonome dotée de ses frontières historiques, une nationalité qui compte pour à peine plus de la moitié de la population globale serait appelée à dominer dans les institutions publiques, les écoles, la vie politique. L'impossibilité de cette situation est si bien perçue par les nationalistes géorgiens à coloration révolutionnaire qu'a priori, ils renoncent aux frontières historiques et projettent de tailler le territoire autonome sur un espace correspondant à la prédominance réelle de la nationalité géorgienne.

Selon ce plan, seuls seize des districts géorgiens formeraient la base de l'autonomie géorgienne alors que le sort des quatre autres où prédominent d'autres nationalités serait décidé par un « plébiscite de ces nationalités ». Ce plan a une apparence très démocratique et révolutionnaire ; mais comme la plupart des plans d'inspiration anarchiste qui cherchent à résoudre toutes les difficultés historiques au moyen de « la volonté des nations », il a un défaut qui consiste en ce que le plan du plébiscite est en pratique encore plus difficile à mettre en oeuvre que l'autonomie de la Géorgie historique. La zone tracée sur le plan géorgien comprendrait à peine 1,4 million de personnes c'est-à-dire un chiffre correspondant à la population d'une grande ville moderne. Cette zone découpée tout à fait arbitrairement, en dehors du cadre traditionnel de la Géorgie et de son statut socio-économique actuel est non seulement une base extrêmement mince pour une vie autonome mais ne représente en outre aucune entité organique, aucune sphère de vie matérielle et d'intérêts économiques et culturels, à part les intérêts abstraits de la nationalité géorgienne.

Cependant, même dans cette zone, les intérêts nationaux géorgiens ne peuvent être interprétés comme une expression active de la vie autonome, compte tenu du fait que leur prédominance numérique est liée à leur caractère majoritairement agraire.

Au coeur même de la Géorgie, l'ancienne capitale, Tiflis, et un certain nombre de villes plus petites ont un caractère éminemment international avec pour élément prédominant les Arméniens qui représentent la couche bourgeoise. Sur une population de 160 000 personnes à Tiflis, les Arméniens en comptent 55 000, les Géorgiens et les Russes 20 000 chacun ; le reste se compose de Tatars, de Persans, de Juifs, de Grecs, etc. Les centres naturels de la vie politique et administrative de même que de l'éducation et de la culture spirituelle sont ici comme en Lituanie les fiefs de nationalités étrangères. Le fait qui rend insoluble le problème de l'autonomie nationale de la Géorgie se greffe simultanément sur un autre problème caucasien : la question de l'autonomie des Arméniens.

L'exclusion de Tiflis et d'autres villes du territoire géorgien autonome est tout aussi impossible du point de vue des conditions socio-économiques de la Géorgie que l'est leur inclusion à ce territoire du point de vue de la nationalité arménienne. Si on prend comme base la prédominance numérique des Arméniens dans la population, on obtient un territoire bricolé artificiellement à partir de quelques fragments : deux districts méridionaux du gouvernement de Tiflis, la partie septentrionale du gouvernement d'Erevan, la partie nord-est du gouvernement de Kars c'est-à-dire un territoire coupé des principales villes où résident les Arméniens, ce qui est absurde à la fois du point de vue historique et du point de vue de la situation économique actuelle alors que les dimensions de cette zone autonome putative se limiteraient a quelques 800 000 personnes. Si l'on va au-delà des districts où les Arméniens sont prédominants, on les trouvera inextricablement mêlés aux Géorgiens au Nord ; aux Tatars au Sud, dans les gouvernements de Bakou et d'Elizavetpol ; aux Turcs à l'Ouest, dans le gouvernement de Kars. Par rapport à la population tatare essentiellement agraire qui vit dans des conditions plutôt retardataires, les Arméniens jouent en partie le rôle d'élément bourgeois.

Ainsi, tracer des frontières entre les principales nationalités du Caucase est une tâche insoluble. Mais le problème de l'autonomie est encore plus compliqué en ce qui concerne les autres multiples nationalités de montagnards caucasiens. A la fois leur imbrication territoriale et les faibles dimensions numériques de chaque nationalité et enfin les conditions socio-économiques qui restent en grande partie au niveau du pastoralisme nomade extensif ou de l'agriculture primitive, sans vie urbaine propre et sans créativité littéraire dans leur langue nationale rendent le fonctionnement de l'autonomie moderne tout à fait inapplicable.

Tout comme en Lituanie, la seule méthode pour résoudre la question nationale au Caucase dans un esprit démocratique, assurant à toutes les nationalités la liberté de l’existence culturelle sans qu'aucune d'entre elles ne domine les autres et pour satisfaire en même temps l'exigence d'un développement social moderne est d'ignorer les frontières ethnographiques et d'introduire une large auto-administration locale - communale, urbaine, de district et provinciale - sans caractère national défini, c'est-à-dire sans conférer de privilèges à une nationalité quelconque. Seule une telle auto-administration permettra d'unir les diverses nationalités pour qu'elles veillent ensemble aux intérêts économiques et sociaux locaux et qu'elles prennent par ailleurs naturellement en considération la répartition différenciée des nationalités dans chaque district et dans chaque commune.

L'auto-administration communale, de district, provinciale permettra à chaque nationalité, au moyen de décisions prises à la majorité par les organes de l'administration locale, de créer ses écoles et ses institutions culturelles dans les districts ou les communes où elle dispose de la prépondérance numérique. En même temps, une loi linguistique séparée, à l'échelle de l'Etat, sauvegardant les intérêts de la minorité, peut établir une norme en vertu de laquelle les minorités nationales, à partir d'un minimum numérique, peuvent constituer la base de création obligatoire d'écoles dans leurs langues nationales dans la commune, le district ou la province ; et leur langue peut être introduite dans les institutions locales publiques et administratives, dans les tribunaux etc., à cote de la langue de la nationalité prédominante et de la langue de l'Etat. Cette solution serait plausible, à supposer qu'une solution soit possible dans le cadre du capitalisme et compte tenu des conditions historiques. Elle combinerait les principes généraux de l'auto-administration locale avec des mesures législatives spéciales pour garantir le développement culturel et l'égalité en droit des nationalités en les amenant à coopérer étroitement et non en les séparant les unes par rapport aux autres par les barrières de l'autonomie nationale.

(Section III de “La nation et l’autonomie”, publié en 1908 en polonais. Traduction de Claudie Weill dans Rosa Luxemburg La question nationale et l’autonomie, Le Temps de Cerises, 2001).