samedi 27 mars 2010

Les lois objectives du capitalisme

On dit que le marxisme « objectiviste » — celui de la deuxième internationale, hérité parmi d'autres par les « communistes de gauche » — se trompe en liant l'avènement du socialisme à l'inévitable effondrement économique du capitalisme. Selon les critiques, le capitalisme ne s'effondrera jamais de lui-même. Nous pouvons accepter cette conclusion, mais qu'est ce qu'elle implique ?

La réaction classique des révolutionnaires a été de dire qu'accepter que le moment « de l'épuisement de la capacité du mode de production capitaliste à développer les forces de production (...) n'arrivera jamais », c'est ouvrir la porte au réformisme : si le capitalisme ne va jamais s'effondrer et peut toujours développer les forces de production, autant accepter de vivre avec en essayant d'en arrondir les angles.

Toutefois même s'il n'y avait aucune raison « objective » pour que le capitalisme s'effondre économiquement, il ne s'ensuit pas que le fonctionnement du capitalisme en tant que système économique n'est pas réglé par des lois « objectives ». Basé sur l'exploitation du travail salarié et orienté vers l'accumulation du capital de la plus-value extraite du travail des salariés, il ne peut jamais fonctionner comme système produisant pour satisfaire les besoins des gens, mais seulement comme système où la priorité doit toujours être donnée à la recherche des profits. Les réformistes se trompent en croyant pouvoir le faire fonctionner pour le bien de tous.

Rejeter toute « objectivité » dans le fonctionnement du capitalisme, comme semblent faire certains « marxistes autonomes », mène effectivement au réformisme puisque c'est suggérer que tout (enfin, beaucoup) est possible si seulement la classe salariée lutte assez résolument. Ils disent que « tout est lutte de classe » en imaginant que les salariés peuvent par leur lutte « suspendre la loi de la valeur ». Toni Negri parle de « l'autovalorisation ouvrière » (la fixation de leurs salaires par les salariés eux-mêmes en fonction de leur combativité). Mais ce n'est pas vrai. Les salariés peuvent bien entendu influer sur le prix de leur force de travail (il n'y a pas quand même « une loi d'airain de salaires ») mais leur marge de manœuvre est assez étroite. Sinon, les réformistes et les « possibilistes » auraient raison. C'est en ce sens que les « marxistes anti-objectivistes » ouvrent la porte au réformisme.

Ainsi Negri lui-même a fini par proposer un revenu garanti versé inconditionnellement à tous (le « revenu de citoyenneté » d'André Gorz et des Verts) comme quelque chose de réalisable dans le cadre du capitalisme. Bien entendu, ça ne l'est pas. Précisément parce que ça va à l'encontre des lois « objectives » du fonctionnement économique du capitalisme (ça coûterait trop cher aux capitalistes en termes d'impôts, et quelle serait la motivation d'aller travailler pour eux si l'État vous versait un revenu de droit ?). Il faut accepter, donc, que même s'il n'y a aucune loi économique « objective » de l'effondrement inévitable du capitalisme, il existe quand même des lois « objectives » réglant son fonctionnement en tant que système économique. Ni l'action gouvernementale, ni les manifestations de masse, ni la lutte ouvrière (même la plus résolue), ne peuvent changer le fait que le capitalisme ne peut fonctionner dans l'intérêt de tous. Ça, c'est un fait « objectif » et incontournable.

vendredi 19 mars 2010

Un monde sans armes ?

On a publié ici un article sur ce sujet paru il y a presque trente ans dans Socialisme Mondial mais toujours d'actualité.

lundi 15 mars 2010

La voie au socialisme

Le socialisme est un système social dans lequel les peuples du monde entier posséderont en commun les moyens de production et de distribution et s'en serviront de manière démocratique.

C'est le système social qui existera le jour où la majorité des habitants de la terre décidera de s'organiser d'une manière qui est à son propre avantage, alors qu'aujourd'hui nous sommes organisés par une très petite minorité, au bénéfice de cette minorité, et nous sommes, quant à nous, lésés aussi bien matériellement que psychologiquement.

Imaginons maintenant, un instant, que la majorité socialiste existe. Le problème qui se pose alors est de trouver une méthode pour passer du capitalisme au socialisme, pour remplacer les gouvernements et les institutions capitalistes par l'administration démocratique qui sera celle du socialisme. Mais ce problème n'en est pas un pour la bonne raison que la solution existe déjà. En effet, dans tous les pays capitalistes avancés, la majorité de la population a la possibilité d'exprimer sa volonté grâce au suffrage universel.

II est vrai que jusqu'à présent, la manière de participer aux élections, c'est-à-dire l'électoralisme, a empêché le suffrage universel de remplir son véritable rôle et lui a fait perdre beaucoup de sa crédibilité, en particulier auprès de ceux qui désirent le socialisme. Mais cet électoralisme, espèce de version pacifique de l'avant-gardisme des léninistes, où il y a d'une part les meneurs qui sont censés tout savoir (les parlementaires, les leaders, les partis) et d'autre part les menés, les votants, n'est pas la seule façon d'utiliser les urnes. Une majorité socialiste s'organisera elle-même démocratiquement et ses candidats aux élections ne seront pas des dirigeants, mais des délégués strictement mandatés, et révocables s'ils ne respectent pas leur mandat. Si l’on pense que les travailleurs sont capables de s'organiser ainsi, par exemple sur leurs lieux de travail, pourquoi nier qu'ils puissent le faire sur le plan électoral ?

Non seulement c'est possible, mais c'est même inévitable dans les circonstances socio-politiques d'aujourd'hui, à une époque où tout mouvement politique s'exprime électoralement comme par exemple les Verts en Allemagne et les Républicains en Irlande du Nord. Il sera donc naturel que le mouvement pour le socialisme s'exprime lui aussi électoralement, sans qu'il courre le danger d'être dénaturé puisque le suffrage universel sera simplement l'instrument qui permettra à la conscience socialiste majoritaire de s'exprimer et d'atteindre son but. L'important n'est donc pas la technique (en l'occurrence le suffrage universel) qui permet à la majorité de s'exprimer, mais l'existence même de cette majorité. Et une fois que cette majorité existera, pourquoi aurait-elle recours à des méthodes plus ou moins violentes comme la grève générale ou l’'insurrection armée, alors qu'elle aura à sa disposition un moyen pacifique et spécialement conçu pour permettre aux majorités d'imposer leur volonté, à savoir le système électoral ?


dimanche 7 mars 2010

Les élections régionales en France

Le 14 et le 21 mars, dans tout le pays, vous serez appelé à élire de nouveaux conseils régionaux. En apparence vous aurez un vaste choix de candidats, mais en fait aucun des candidats se présentant à ces élections n'offre quoi que ce soit à ceux qui travaillent pour un salaire. Tous, même ceux qui se disent « socialistes » ou « communistes », soutiennent le maintien du présent système capitaliste sous une forme ou une autre.

Le capitalisme est basé sur le monopole de la possession des moyens de production par une classe minoritaire et l'utilisation de ces moyens pour produire des biens et des services à vendre avec en vue des profits. Le capitalisme est une société de classe dans laquelle les profits doivent passer avant les besoins humains. Cette loi économique du capitalisme ne peut être changée par une action gouvernementale, encore moins par l'action d'un conseil régional.

C'est pourquoi à ces élections les promesses des partis d'améliorer la qualité de votre vie dans des domaines tels que le logement et l'environnement ne peuvent pas être honorées. Peu importe le parti (ou les partis) qui gagnera, les problèmes resteront les mêmes. Ce n'est pas que les candidats qui font ces promesses sont nécessairement malhonnêtes, mais parce que, comme nous venons de le signaler, le capitalisme ne peut être réformé et planifié de manière à fonctionner dans l'intérêt de la classe majoritaire des travailleurs salariés. C'est un système générateur de profits qui ne peut fonctionner que dans l'intérêt d'une infime minorité — ceux qui vivent de ces profits.

C'est pourquoi nous, socialistes-mondialistes, disons que la seule manière de résoudre les problèmes auxquels fait face la classe majoritaire dans la société est d'abolir le capitalisme, et non pas de le réformer, et de le remplacer par une nouvelle société où la communauté tout entière possédera et administrera démocratiquement, dans son propre intérêt, les moyens de production.

Sur cette base, les biens et les services pourront être produits pour la seule satisfaction des besoins humains au lieu de l'être pour les profits. II n'y aurait donc aucune restriction monétaire ou financière en ce qui concerne les maisons, les écoles, les hôpitaux, les transports publics et les autres services requis pour satisfaire les besoins des gens. En fait, il n'y aura aucun besoin d'argent, de salaire, de profit, de banque, de tout le système d'achat et de vente. Le principe socialiste « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » sera mis en pratique. Les gens travailleront, au mieux de leur connaissance et de leur habilité, à produire une abondance de biens et de services auxquels ils auront libre accès selon leurs besoins individuels. Voilà ce que signifiaient originellement les termes « socialisme » et « communisme » et ce qu'ils signifient toujours pour nous. Une telle société socialiste ne peut être établie que lorsqu'une majorité le désirera et le comprendra et utilisera l'action politique démocratique et révolutionnaire — c'est à dire avec pour but de changer la base de la société — pour ce faire.

Idéalement, puisque nous acceptons le scrutin comme une manière valable de changer de société, nous aurions aimé présenter des candidats à ces élections en opposition à tous les autres partis qui cherchent uniquement à réformer le capitalisme, mais malheureusement nos ressources ne sont pas encore suffisantes. Néanmoins, ceux qui sont en accord avec nous peuvent quand même indiquer leur désir du socialisme en mettant un bulletin de vote « SOCIALISME MONDIAL » dans l'urne.