lundi 25 octobre 2010

Un peu d'histoire

RETOUR AU STATU QUO

L'entrée en application, à partir du 1er avril, de la retraite à 60 ans a donné lieu, on pouvait s'en douter, à de grandes déclarations. Ainsi Mitterrand lui-même a-t-il déclaré que cette mesure « constitue une grande conquête sociale, espérée depuis la fin du siècle dernier » (Le Monde, 10 février).

A part le fait que d'avoir dû attendre si longtemps n'est pas une si bonne publicité pour la tactique réformiste, Mitterrand semble oublier qu'il s'agit en réalité du rétablissement d'une situation qui existait déjà avant la guerre. En effet une loi de 1930 avait fixé l'âge de la retraite à 60 ans.

Comment s'est-il fait donc que ce ne se fût plus le cas ? C'est le dernier gouverne ment auquel le PC a participé qui a changé la situation. En 1945, un décret a diminué de moitié la pension payable à 60 ans tout en permettant à cette moitié d'être récupérée si on travaillait jusqu'à l'âge de 65 ans. Habile, non, comme moyen de relever l'âge de la retraite par la porte de derrière ? Cette ordonnance était signée par Ambroise Croizat, Ministre PC du Travail et de la Sécurité Sociale.

Donc, en restituant la retraite à 60 ans, le gouvernement PS/PC ne fait qu'abroger une régression sociale (pour employer leur langage) dont ils étaient eux-mêmes responsables. De toute façon, nous savons très bien que l'abaissement de l'âge de la retraite appliqué aujourd'hui n'est qu'un moyen d'assainir le marché du travail. Tout comme le relèvement de l'âge de la retraite en 1945 par un ministre PC n'était qu'une réponse à la pénurie de main d'œuvre existant alors et de même, si une telle pénurie se reproduisait, on trouverait un prétexte pour le relever à nouveau.

Malgré les apparences, les réformes sociales sous le capitalisme sont votées dans l'intérêt du capital. Si les travailleurs y gagnent quelque chose, ce n'est qu'accessoirement.

(Socialisme Mondial 23, No 2, 1983)

lundi 18 octobre 2010

De l'huile socialiste sur le feu

Pourquoi faire ? De l'Huile sur le Feu ! De l'huile gaspillée sur un inutile feu ? absurde ! c'est vrai... Le feu de l'action des travailleurs n'est pas, en soi, inutile et verser sur ce feu-là de l'huile socialiste est un impératif urgent.

La « paix sociale », tant recherchée y compris par les grands syndicats, n'a pas d'autre nom que collabo­ration de classes. La « paix sociale », c'est la possibilité pour le patronat de poursuivre son exploitation dans de bonnes conditions. La « paix sociale » avec aujourd'hui son cortège d'augmentations de cotisations, de recul de l'âge de la retraite, etc. ne se fait que sur le dos de la classe travailleuse. Celle-ci a été amenée à réagir pour refuser d'entrer dans ce jeu-là en se mobilisant pour défendre ses intérêts.

Il convient donc de se donner des perspectives claires : lutter pour se défendre face aux attaques du capital et de ses serviteurs, lutter politiquement pour le socialisme, c'est-à-dire une société sans clas­ses, sans salariat, sans frontières.

Tout ce que l'action des travailleurs peut produire, si elle est conduite par des dirigeants aspirant aux commandes de l'État, c'est un change­ment de caste dirigeante. Remplacer Sarkozy par quelqu'un de « gauche » ne change absolument rien dans la vie de ceux qui produisent un gâteau réparti ensuite en profits et salaires.


lundi 11 octobre 2010

Critique d'Ernest Mandel

Une marchandise est un bien ou un service produit pour l'échange plutôt que pour l'usage. Il est bien connu que Marx commence Le Capital par la phrase : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises ».

Ceux qui niaient que le capitalisme d'Etat en Russie était une forme de capitalisme tout en se réclamant de Marx, comment expliquent-ils donc le fait qu'une partie importante du PNB de tous les pays capitalistes d'Etat était composée de marchandises ?

La réponse habituelle à cette question est de dire, comme le trotskiste Ernest Mandel dans le chapitre XVI de son Traité d’économie marxiste, que, durant la féodalité et d'autres sociétés précapitalistes, des marchandises existaient avant le capitalisme, même si c'était de façon marginale, celles-ci peuvent donc également exister dans la société postcapitaliste.

Cette argumentation est erronée parce que, l'échange marchand impliquant une propriété privée des produits, il était normal que des marchandises aient pu apparaître dans le cadre d'autres sociétés de propriété que le capitalisme. En revanche, puisque l'abolition du capitalisme implique la disparition de la propriété et l’établissement de la possession communautaire, la société socialiste ne fournit pas un cadre dans lequel les marchandises pourraient exister.

Le socialisme et la propriété s'excluent mutuellement parce qu'aucune combinaison de formes socialistes d'organisation sociale avec celles qu'on trouve dans les sociétés de propriété n'est possible. Pourtant Mandel imagine une « société de transition » dans laquelle il y aurait un « dépérissement progressif » de la production marchande et l’économie monétaire. Cependant une société incorporant d'un côté les rapports sociaux qui découlent de la propriété (l'échange marchand) et de l'autre les rapports sociaux particuliers au socialisme (le libre approvisionnement en valeurs d'usage) n'est qu'un jeu de l'esprit.

Puisque la totalité de la richesse produite aujourd’hui l’est comme un seul tout par l’ensemble des producteurs agissant en tant que « travailleur collectif » (Marx), il n’est pas possible d’en produire une partie sous une forme et une partie sous une autre. Le produit socialisé indivisible qui constitue la richesse aujourd'hui ne peut qu'être produit, soit entièrement comme valeur, soit entièrement comme simples objets utiles. Certes, certains biens peuvent être distribués directement en nature alors que d'autres ne restent disponibles que contre paiement en argent, mais il y a une nuance. En effet, les biens produits pour être distribués en nature auront toujours une forme de « valeur » puisque leurs coûts de production devront toujours être déduits de la plus-value réalisée dans le secteur des biens monnayables. La comptabilité des profits et pertes en unités de valeur serait donc toujours nécessaire.

C'est pourquoi tous ceux qui proposent, comme Mandel, un dépérissement progressif de la production marchande mettent l'accent sur la nécessité de retenir une unité de compte universelle (que ce soit des unités monétaires comme les prix fictifs ou que ce soit des unités de temps de travail comme lors des tentatives de mesurer directement la valeur économique) et ce, tant dans le secteur des « biens gratuits » que dans le secteur des biens monnayables.

Cette mutation de la production marchande en production utilitaire ne peut se produire que par une rupture, et non par une transition graduelle. Puisque «société sans classe » et « possession communautaire » sont synonymes, et puisque la production marchande est un non-sens sur la base de la possession communautaire, cette rupture (révolution) est en fait la même que celle nécessaire pour passer de la société de classes à la société sans classe.

En effet, ni les classes, ni l’État, ni la production marchande ni l'argent ne peuvent dépérir graduellement. Il n'est pas plus raisonnable de supposer que le capitalisme d’État puisse se transformer petit à petit en socialisme que ne l'était la supposition semblable des réformistes classiques par rapport au capitalisme privé.


dimanche 3 octobre 2010

Au-delà du syndicalisme

Nous souscrivons à la formule « n’importe quel syndicat vaut mieux que pas de syndicat », c’est-à-dire: il vaut mieux que les travailleurs soient organisés que pas organisés (autrement les employeurs vous marchent dessus). Ceci n’a rien à voir avec la révolution, mais simplement avec le fait de survivre le mieux possible sous le capitalisme.

Dans une période non révolutionnaire le concept de « syndicat révolutionnaire » est une contradiction dans les termes. Dans une telle période les syndicats ne peuvent être que des organes de défense. C’est pourquoi toutes les tentatives de créer des syndicats révolutionnaires ont toujours fini en création d’un nouveau syndicat ordinaire ou en disputes sectaires entre de petits groupes sans aucune influence sur le lieu de travail.

Pourquoi ne pas reconnaître simplement que n’importe quelle organisation sur le lieu de travail aujourd’hui va être, et ne peut qu’être, non révolutionnaire ? On adhère à un syndicat, non pas pour faire la révolution, mais pour protéger son beefsteak (c.à.d., par exemple, obtenir une compensation si on se blesse en trébuchant sur les fils de son ordinateur, être sûr que son salaire a été calculé correctement et autres questions éminemment non révolutionnaires).

Bien sûr il est légitime pour les socialistes de participer — simplement en tant que travailleurs salariés eux-mêmes — à ces luttes « économiques », forcément défensives, des travailleurs à propos de salaires, horaires, conditions de travail, etc.

Cela dit, il est vrai aussi que, lorsque les travailleurs deviennent révolutionnaires, les organisations « économiques » qu'ils ont formées le deviennent aussi. Soit par la transformation des syndicats actuels (pas impossible), soit par des scissions de ces syndicats (le plus probable, peut-être), soit par la formation de nouvelles organisations (aucune objection). C'est l'histoire qui en décidera. Ces organisations seraient, on pourrait le dire, des « syndicats révolutionnaires », dont la fonction serait d'organiser la continuité de la production pendant la période révolutionnaire.

Ce que Marx écrit au sujet du syndicalisme il y a presque 150 ans est toujours pertinent :

« Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du Capital, ils s'avèrent en partie inefficaces par suite de l'emploi peu judicieux qu'ils font de leur puissance. Ils manquent généralement leur but parce qu'ils se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et se servir de leur force organisée comme d'un levier pour l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition du salariat » (fin de Salaires, Prix et Profits).