dimanche 9 mai 2010

Ils ont raison (1)

Le capital, par son développement, socialise le monde. Toute production individuelle tend à être détruite. Là où les travailleurs ne sont pas transformés en salariés, ils sont cependant intégrés au capitalisme par l'intermédiaire de l'argent. Ce qu'ils produisent n'est plus qu'une marchandise, qui leur échappe sur le plan économique et monétaire. Mais surtout l'industrie s'étend sur le monde. Chaque produit tend à devenir le fruit des efforts de l'humanité entière. Le sujet de la vie économique et sociale n'est plus l'individu, mais le corps social dans son ensemble, l'humanité, sujet collectif. En ce sens, la socialisation n'est pas réalisée par le communisme, mais par le capital lui-même : elle n'est que le résultat de la mise en place du marché mondial. Elle n'existe que par les rapports d'échange qui s'établissent entre les entreprises et les pays. Elle n'implique par conséquent aucune utilisation collective des richesses accumulées par la collectivité, mais seulement l'utilisation de cet instrument social de production à seule fin de développer la valeur, et en utilisant les méthodes qu'elle impose. La socialisation capitaliste du monde le transforme en un immense appareil productif, dont l'industrie forme la base, et dont les différentes parties sont autant d'entreprises et de producteurs isolés, privés.

Le capital va jusqu'à nier la propriété privée des individus sur les moyens de production : il exproprie lui-même les capitalistes. Le rôle du propriétaire individuel se transforme dans un système dominé par la concentration des sociétés par actions et les trusts. Dès lors, ce ne sont plus des individus qui représentent et incarnent la propriété privée, mais les instruments de production eux-mêmes qui se groupent en autant d'entités juridiques et économiques tendant à constituer un monde particulier régi par ses propres lois. La contradiction du capital est toujours la même et oppose la valeur (la propriété privée, l'échange) à la valeur d'usage ( l'appareil productif socialisé, et en premier lieu le capital fixe ). Mais la manière dont se présente la contradiction s'est modifiée, et témoigne à la fois du développement du capital et de la maturation des conditions de sa destruction. La lutte s'est dépersonnalisée. On sait que les lois de la propriété privée ne font qu'exprimer l'existence et les exigences de l'échange et de la valeur. Elles ne s'appliquent plus tant maintenant aux personnes qu'aux choses. Ce qui est désormais en jeu, c'est l'affrontement d'un appareil productif déjà socialisé, mais qui reste encore emprisonné par la valeur dans le cadre d'entreprises autonomes : il est littéralement décomposé, divisé en unités de production séparées et reliées seulement par la valeur alors que la constitution même de ce complexe productif international détruit le fondement objectif de la valeur, et abolit ainsi sur le plan strictement économique la nécessité de la production privée. Le communisme ne réalise donc pas la socialisation de la production (qui est au contraire l'œuvre du capital), mais libère cette socialisation des pratiques contraignantes de la valeur. L'expropriation des expropriateurs se présente alors comme une question, non de personnes, mais de rapports sociaux. Il s'agit d'enlever à la richesse socialisée son caractère de valeur.

Le communisme est l'appropriation par l'humanité tout entière de l'ensemble de ses richesses.

(Extrait de Le Mouvement communiste de Jean Barrot, Éditions Champ Libre, 1972)

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