dimanche 26 septembre 2010

La dynamique folle du capitalisme

Au sein du capitalisme il existe une concurrence entre capitaux rivaux. Pour survivre, chaque capital est obligé de chercher à prendre l'avantage sur ses rivaux, notamment en adoptant des méthodes de production plus efficaces qui permettent à ses marchandises de se vendre à des prix plus bas que ceux de ses rivaux. Autrement dit, l'avantage est gagné en accumulant du capital — en investissant dans de l'équipement nouveau capable de produire en plus ou moins de temps (c'est-à-dire, capable de réduire la quantité de travail socialement nécessaire à la production d'une marchandise et par conséquent de faire baisser sa valeur et son prix).

Aucun capital ne peut se permettre d'ignorer cette nécessité d'accumulation. Afin de simplement maintenir sa part de marché, chaque capital est constamment obligé de diriger la majeure partie de la plus-value qu'il réalise vers de nouveaux investissements. Dans un passage bien connu du Capital, Marx écrit :

« Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l'accroître, et il ne peut continuer de l'accroître à moins d'une accumulation progressive » (Le Capital, I, chapitre XXIV, section III).

Le « capitaliste individuel » dont parle Marx a été quasiment éliminé du capitalisme privé moderne. Mais les « lois coercitives externes » continuent d'agir même sur des multinationales géantes et sur des blocs entiers du capital d'État. Quelle que soit son importance et son étendue, chaque capital doit courir simplement pour rester sur place, et, pas plus que le capital privé, le capital d'État ne peut échapper à la contrainte.

C’est la raison pour laquelle les nationalisations et les étatisations ne peuvent libérer la société de la logique du capitalisme.

dimanche 19 septembre 2010

Ils ont raison (4)

Imagine (Imaginez)

Imaginez qu'il n'y a aucun Paradis,
C'est facile si vous essayez,
Aucun enfer en dessous de nous,
Au dessus de nous seulement le ciel,
Imaginez tous les gens,
Vivant pour aujourd'hui...

Imaginez qu'il n'y a aucun pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
Aucune religion non plus,
Imaginez tous les gens,
Vivant leurs vies dans la paix...

Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni

Imaginez aucunes possessions,
Je me demande si vous le pouvez,
Aucun besoin d'avidité ou de faim,
Une fraternité humaine,
Imaginez tous les gens,
Partageant tout le monde...

Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni.

John Lennon (1971)

dimanche 12 septembre 2010

Pourquoi il faut abolir le salariat

Pour la classe salariée, toute l'indignité et toute la misère que le capitalisme entraîne s'expriment à travers le système du salariat. En effet, c'est le fouet de salaires qui force les travailleurs à entrer dans les usines, les bureaux, les mines et les autres lieux de production afin d'y travailler pour le capital en produisant une plus-value.

Conscientes de ce fait, les premières générations de travailleurs militants appelaient l'emploi salarié « l'esclavage salarié ». Le travail salarié est au coeur du système capitaliste de sorte que, en avançant le slogan « abolition du salariat », ces militants revendiquaient en même temps l'abolition du capitalisme. Comme Marx l'a écrit dans un passage bien connu de Travail salarié et capital : « Le capital suppose donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l'un de l'autre ; ils se créent mutuellement ».

Dans le capitalisme travailler pour un salaire est la caractéristique fondamentale de la vie des travailleurs. Sous le régime capitaliste, ces derniers ne peuvent accéder aux moyens de production et participer à la production qu'en vendant leur force de travail à une entreprise qui, quelle que soit la fiction juridique (individuelle, société anonyme ou d‘Etat), leur est confrontée en tant qu'employeur. Une fois leur force de travail vendue, les travailleurs perdent tout contrôle sur l'utilisation de leurs énergies physiques et intellectuelles. Ils ne sont plus en mesure de décider librement de ce que leur force de travail produit, ni de l'organisation de la production.

Au contraire, vendre leur force de travail, c'est l'aliéner en tant que marchandise et donc abandonner à une entreprise-employeur le contrôle de son utilisation. Le salariat est donc non seulement l'une des caractéristiques capitalistes les plus évidentes du capitalisme mais son existence démontre que l'asservissement de la classe travailleuse continue.

dimanche 5 septembre 2010

Ce mardi en France

Si, le 7 septembre, nous sommes suffisamment nombreux à nous opposer au projet de réforme des retraites, nous pourrons faire reculer le gouvernement … mais en aucun cas, empêcher les nouvelles attaques qu’il nous prépare. Cela, aucune réforme, aucune mobilisation ne peuvent le faire.

Qu’on l’appelle « économie de marché », « libéralisme économique », « libre entreprise » ou qu’on emploie tout autre euphémisme, le système social sous lequel nous vivons est le capitalisme. Sous celui-ci, les moyens de production et de distribution des richesses sociales – les moyens d’existence de la société – sont la propriété exclusive d’une minorité parasite dominante – les détenteurs de capitaux ou classe capitaliste – au profit de laquelle ils sont inévitablement gérés.

La gauche critique ce système mais ne propose que des réformes qui permettent, intentionnellement ou non, de le perpétuer, lui et les problèmes qui en découlent inévitablement. Tenter d’aménager ce système en faveur des salariés, d’en adoucir les effets, en un mot, de l’« humaniser », c’est demander à un tigre de brouter du gazon.

Depuis plus d’un siècle que les réformistes ont eu la possibilité d’en finir avec les problèmes du capitalisme (chômage, précarité, pauvreté, insécurité, pénurie de logements ici, malnutrition, famine, guerre ailleurs), et en dépit de l’infinité de gouvernements de toutes tendances qui se sont succédés dans le monde au cours du dernier siècle, non seulement ces problèmes n’ont pas disparu, mais ils se sont aggravés et d’autres sont venus se greffer. En outre, les réformes si difficiles à obtenir, sont remises en cause par le premier gouvernement « libéral » venu (aujourd’hui le recul l’âge de la retraite et l’augmentation des cotisations).

Parce que, par définition, le capitalisme ne peut fonctionner que dans l’intérêt des capitalistes, aucun aménagement, aucune mesure, aucune réforme, n’ont pu (et ne le pourront d’ailleurs jamais) subordonner la propriété privée capitaliste à l’intérêt général. Pour cette raison, seule la menace d’un mouvement socialiste se fixant comme seul but réaliste et immédiat l’instauration de la propriété sociale (d’où le nom de socialisme) des moyens d’existence de la société, de manière à assurer leur gestion par (et, donc, dans l’intérêt de) la collectivité tout entière, pousserait les capitalistes à concéder des réformes favorables aux salariés de crainte de perdre tout le gâteau.

C’est pour la construction d’un tel mouvement que nous lançons un appel à tous les salariés conscients de l’opposition et de l’incompatibilité des intérêts des salariés avec ceux des capitalistes, à tous ceux qui, préoccupés par les attaques incessantes dont nous sommes victimes, désirent, non pas rafistoler la société actuelle mais y mettre un terme. Notre supériorité numérique écrasante nous permet tous les espoirs.

Ce n’est qu’après avoir placé sous le contrôle de la collectivité les moyens d’existence sociaux que nous pourrons enfin assurer leur gestion, non plus dans l’intérêt égoïste de leurs actuels propriétaires, mais cette fois, réellement, dans l’intérêt général. Alors seulement serons-nous en mesure de réaliser un monde dans lequel le système actuel des États rivaux sera supplanté par une communauté mondiale sans frontières, le rationnement par l’argent et du système du salariat par le libre accès aux richesses produites, la concurrence par la coopération et l’antagonisme des classes par l’égalité sociale.