dimanche 31 août 2008

Six différences entre le capitalisme et le socialisme

1. Le capitalisme est un système de société mondial, basé sur l’appropriation, par une petite minorité de la population, des moyens de production et de distribution des richesses de la société (industries, moyens de transport, ressources naturelles, etc.).

Dans le socialisme, ces moyens seront transférés à la collectivité, ils seront socialisés.

2. En raison de l’appropriation des moyens d’existence de la société par la minorité possédante, le capitalisme est une société divisée en classe sociales opposées : d’un côté, ceux qui, possédant les moyens de production – la classe capitaliste –, s’approprient les richesses produites et n’ont pas besoin de travailler pour vivre ; de l’autre, ceux qui en sont exclus – la classe salariée – et doivent travailler pour les premiers afin de subvenir à leurs besoins.

Le socialisme, lui, sera une société sans classes puisque les relations de production actuelles, qui découlent de la propriété privée des moyens d’existence de la société, auront disparu.

3. Dans le capitalisme, les moyens de production sont gérés dans le seul but de générer un profit pour la minorité possédante.

Dans le socialisme, ils seront administrés en vue de satisfaire les besoins exprimés par la population.

4. Dans le capitalisme, l’accès aux biens et aux services nécessaires à notre vie quotidienne (nourriture, logement, transports, culture, loisirs, etc.) est limité par la quantité d’argent dont nous disposons.

Dans le socialisme, l’accès aux richesses produites sera libre et gratuit puisque, avec la disparition de la forme capitaliste de propriété privée, les opérations d’achat-vente n’auront plus de raison d’être et rendront l’argent inutile. En effet, les richesses produites étant devenues la propriété commune de l’humanité, comment et à qui allons-nous acheter des biens ou des services que nous possédons déjà ?

5. Dans le capitalisme, chaque entreprise est gérée de manière autoritaire et égoïste, au seul profit de ses actionnaires/propriétaires.

Dans le socialisme, les membres de la société possédant, directement et collectivement, les moyens de production et les richesses naturelles, ils mettront en place une administration démocratique de ces ressources productives, tant sur les points de production qu’à travers les structures et les réseaux établis pour assurer l’articulation et la coordination entre les diverses unités de production et les centres de distribution.

6. Le capitalisme est basé sur la concurrence : concurrence entre États pour la défense des intérêts de leurs capitalistes nationaux ; concurrence entre entreprises pour des parts de marché ; concurrence entre travailleurs pour un emploi, etc.

Avec la disparition de la propriété privée et de l’État, et leur remplacement par la propriété sociale et une administration démocratique, les conflits entre employeurs et employés, entre États, etc. n’auront plus de raison d’être, la concurrence laissera la place à la coopération.

lundi 25 août 2008

L’anti-impérialisme comme idéologie

Quand Lénine a écrit sa brochure sur l’impérialisme en 1916 il n’était que le chef d’une des fractions du mouvement social-démocrate russe et les visions qu’il y exprima, y compris les erreurs, étaient celles défendues par beaucoup d’autres critiques de l’impérialisme à l’époque. Cependant, quand il a écrit la préface aux éditions française et allemande en 1920, sa position personnelle avait changé : il était devenu le premier ministre d’un État (de la Russie capitaliste d’État) dont l’intérêt économique était de bouleverser le redécoupage impérialiste du monde qui avait résulté de la première guerre mondiale. Ce changement se reflète dans le contenu de la préface, quand il écrit :

« Le capitalisme est devenu un système mondial d’oppression coloniale et d’étranglement financier de l’écrasante majorité de la population du monde par une poignée de pays « avancés ». Et c’est deux ou trois puissants gangsters armés jusqu’aux dents (l’Amérique, la Grande-Bretagne et le Japon) qui se partagent ce « butin » et qui entraînent le monde entier dans leur guerre pour le partage de leur butin ».

« Le capitalisme aujourd’hui a mis en avant une poignée (moins d’un dixième des habitants du globe ; et, en comptant de la façon la plus « large » et la plus exagérée, moins d’un cinquième) d’États particulièrement riches et puissants qui pillent le monde entier, par une simple « tonte des coupons ».

S’il est vrai que « l’écrasante majorité de la population du monde » est exploitée, ce n’est pas vrai de dire que ses exploiteurs sont « une poignée d’États particulièrement riches et puissants ». Si c’était le cas, alors la conclusion à tirer serait que la population mondiale devrait s’unir contre cette poignée d’États et leurs classes dirigeantes (plutôt que contre tous les Etats et toutes les classes dirigeantes), et c’est celle-là, bien sûr, la conclusion que Lénine voulait que soit tirée.

En tant que membre du gouvernement d’un État qui n’était pas inclus dans la « poignée », il en appelait à tous les autres États exclus, et leurs habitants - « États prolétariens » comme les a appelés Mussolini, dont l’État se trouvait dans une position similaire - à se soulever et en effet redécouper le monde en de nouvelles sphères d’influence. Mais cela n’aurait pas mis fin à l’exploitation de la population mondiale ; cela n’aurait changé que la manière par laquelle les produits de cette exploitation - le butin, comme Lénine l’appelait justement - étaient partagés parmi les Etats qui composaient le monde, c’est-à-dire, parmi leurs classes capitalistes respectives. En d’autres termes, c’était un Etat qui venait de se former et qui essayait d’affirmer son droit à une place au soleil, qui utilisait l’« anti-impérialisme ». Il se trouva que la Russie capitaliste d’Etat y réussira, sous le successeur de Lénine, Staline, après la seconde guerre mondiale.

La même théorie selon laquelle toute la population du monde est exploitée par une poignée d’États impérialistes devait être propagée par la Chine capitaliste d’État pendant l’ère de Mao, et pour la même raison. Les dirigeants chinois ont depuis laissé tomber cette théorie, ayant adopté la stratégie alternative du « si tu ne peux pas les battre, joins-toi à eux » pour essayer d’entrer dans le club des puissances dominantes du monde.

mardi 19 août 2008

Rosa Luxemburg sur la situation dans le Caucase

Il y 100 ans Rosa Luxemburg a écrit un article sur le problème des nationalités dans le Caucase. Il est toujours pertinent aujourd’hui même si on peut partager le doute qu’elle exprime à la fin que la solution qu’elle préconise ne soit pas réalisable au sein du capitalisme. En tout cas, c’est évident que l’établissement de soi-disant “Etats-nation” dans le Caucase ne pouvait se faire sans des “épurations ethniques”. Ce que s’est passé tout comme aux Balkans (et, d’ailleurs, aussi dans l’Europe de l’Est après la première guerre mondiale). Le nationalisme et le concept de l’Etat-nation sont toxiques.

On trouve dans le Caucase un autre exemple remarquable des difficultés auxquelles se heurte le problème de l’autonomie nationale dans la pratique.

Aucun coin de la terre n'offre un tableau de nationalités aussi imbriquées les unes dans les autres que le Caucase, antique piste historique des grandes migrations de peuples entre l'Asie et l'Europe, jonchée de fragments et d'éclats de ces peuples. La population de cette région, comptant plus de neuf millions de personnes se compose (selon le recensement de 1897) des groupes raciaux et nationaux suivants : (en milliers)

Russes : 2 192,3 ; Allemands : 21,5 ; Grecs : 57,3 ; Arméniens : 975,0 ; Ossètes : 157,1 ; Kurdes : 100,0
Montagnards caucasiens : Tchétchènes : 243,4 ; Tcherkesses : 111,5 ; Abkhazes : 72,4 ; Lezguiens: 613,8
Kartveliens : Géorgiens, Iméritiens, Mingréliens, etc. : 1 201,2 ;
Juifs : 43,4
Turco-tatars : Tatars : 1 139,6 ; Koumyks : 100,8 ; Turcs : 70,2 ; Nogays : 55,4 ; Karatches : 22,0
Kalmouks : 11,8
Estoniens, Mordves : 1,4.

Les principales nationalités concernées sont reparties territorialement comme suit: les Russes qui constituent le groupe le plus nombreux du Caucase sont concentrés au nord, dans les districts du Kuban et de la Mer Noire et dans la partie nord-ouest du Terek. Les Kartveliens se situent plus au sud, dans la partie occidentale du Caucase ; ils occupent le gouvernement de Kutais et la partie sud-est du gouvernement de Tiflis. Encore plus au sud, le territoire central est occupé par les Arméniens dans la partie méridionale du gouvernement de Tiflis, la partie orientale du gouvernement de Kars et la partie septentrionale du gouvernement d'Erevan, coincés entre les Géorgiens au nord, les Turcs à l'ouest, les Tatars à l'est et au sud, dans les gouvernements de Bakou, Elizavetpol et Erevan. A l'est et dans les montagnes se situent les tribus montagnardes alors que d'autres groupes mineurs tels que les Juifs et les Allemands vivent entremêlés avec la population autochtone principalement dans les villes. La complexité du problème des nationalités apparaît particulièrement dans la question linguistique parce qu'au Caucase, il y a à côté du russe, de l'ossète et de l'arménien environ une demi-douzaine de langues tatares, quatre dialectes lezguiens, plusieurs tchétchènes, plusieurs tcherkesses, mingréliens, géorgiens, svanes et un certain nombre d'autres. Et ce ne sont aucunement des dialectes mais pour la plupart des langues indépendantes, incompréhensibles pour le reste de la population.

Du point de vue du problème de l'autonomie, seules trois nationalités entrent manifestement en considération : les Géorgiens, les Arméniens et les Tatars parce que les Russes qui résident dans la partie septentrionale du Caucase se situent nationalement parlant en continuité avec le territoire de l'Etat originellement russe.

Le groupe national le plus nombreux à cote des Russes est celui des Géorgiens si l’on inclut parmi eux toutes les variétés de Kartveliens. Le territoire historique des Géorgiens se compose des gouvernements de Tiflis et de Kutais, des districts de Sukhumi et de Sakatali, soit une population de 2 110 490 personnes. Cependant, la nationalité géorgienne ne compte que pour un peu plus de la moitié de ce chiffre, soit 1,2 million, le reste se composant d'Arméniens à hauteur d'environ 220 000, concentrés principalement dans le district d'Akhalkalaki du gouvernement de Tiflis où ils représentent plus de 70% de la population ; les Tatars à hauteur de 100 000; les Ossètes, plus de 70 000 ; les Lezguiens constituent la moitie de la population du district de Sakatali et les Abkhazes dominent dans le district de Sukhumi alors que dans le district de Bortchalou du gouvernement de Tiflis un mélange de nationalités diverses détient la majorité par rapport à la population géorgienne.

Compte tenu de ces chiffres, le projet d'autonomie nationale géorgienne présente de multiples difficultés. Le territoire historique de la Géorgie pris dans son ensemble comporte une population numériquement si insignifiante - à peine 2,1 millions - qu il semble insuffisant comme base d'une vie autonome propre dans le sens moderne du terme, avec ses exigences culturelles et ses fonctions socio-économiques. Dans une Géorgie autonome dotée de ses frontières historiques, une nationalité qui compte pour à peine plus de la moitié de la population globale serait appelée à dominer dans les institutions publiques, les écoles, la vie politique. L'impossibilité de cette situation est si bien perçue par les nationalistes géorgiens à coloration révolutionnaire qu'a priori, ils renoncent aux frontières historiques et projettent de tailler le territoire autonome sur un espace correspondant à la prédominance réelle de la nationalité géorgienne.

Selon ce plan, seuls seize des districts géorgiens formeraient la base de l'autonomie géorgienne alors que le sort des quatre autres où prédominent d'autres nationalités serait décidé par un « plébiscite de ces nationalités ». Ce plan a une apparence très démocratique et révolutionnaire ; mais comme la plupart des plans d'inspiration anarchiste qui cherchent à résoudre toutes les difficultés historiques au moyen de « la volonté des nations », il a un défaut qui consiste en ce que le plan du plébiscite est en pratique encore plus difficile à mettre en oeuvre que l'autonomie de la Géorgie historique. La zone tracée sur le plan géorgien comprendrait à peine 1,4 million de personnes c'est-à-dire un chiffre correspondant à la population d'une grande ville moderne. Cette zone découpée tout à fait arbitrairement, en dehors du cadre traditionnel de la Géorgie et de son statut socio-économique actuel est non seulement une base extrêmement mince pour une vie autonome mais ne représente en outre aucune entité organique, aucune sphère de vie matérielle et d'intérêts économiques et culturels, à part les intérêts abstraits de la nationalité géorgienne.

Cependant, même dans cette zone, les intérêts nationaux géorgiens ne peuvent être interprétés comme une expression active de la vie autonome, compte tenu du fait que leur prédominance numérique est liée à leur caractère majoritairement agraire.

Au coeur même de la Géorgie, l'ancienne capitale, Tiflis, et un certain nombre de villes plus petites ont un caractère éminemment international avec pour élément prédominant les Arméniens qui représentent la couche bourgeoise. Sur une population de 160 000 personnes à Tiflis, les Arméniens en comptent 55 000, les Géorgiens et les Russes 20 000 chacun ; le reste se compose de Tatars, de Persans, de Juifs, de Grecs, etc. Les centres naturels de la vie politique et administrative de même que de l'éducation et de la culture spirituelle sont ici comme en Lituanie les fiefs de nationalités étrangères. Le fait qui rend insoluble le problème de l'autonomie nationale de la Géorgie se greffe simultanément sur un autre problème caucasien : la question de l'autonomie des Arméniens.

L'exclusion de Tiflis et d'autres villes du territoire géorgien autonome est tout aussi impossible du point de vue des conditions socio-économiques de la Géorgie que l'est leur inclusion à ce territoire du point de vue de la nationalité arménienne. Si on prend comme base la prédominance numérique des Arméniens dans la population, on obtient un territoire bricolé artificiellement à partir de quelques fragments : deux districts méridionaux du gouvernement de Tiflis, la partie septentrionale du gouvernement d'Erevan, la partie nord-est du gouvernement de Kars c'est-à-dire un territoire coupé des principales villes où résident les Arméniens, ce qui est absurde à la fois du point de vue historique et du point de vue de la situation économique actuelle alors que les dimensions de cette zone autonome putative se limiteraient a quelques 800 000 personnes. Si l'on va au-delà des districts où les Arméniens sont prédominants, on les trouvera inextricablement mêlés aux Géorgiens au Nord ; aux Tatars au Sud, dans les gouvernements de Bakou et d'Elizavetpol ; aux Turcs à l'Ouest, dans le gouvernement de Kars. Par rapport à la population tatare essentiellement agraire qui vit dans des conditions plutôt retardataires, les Arméniens jouent en partie le rôle d'élément bourgeois.

Ainsi, tracer des frontières entre les principales nationalités du Caucase est une tâche insoluble. Mais le problème de l'autonomie est encore plus compliqué en ce qui concerne les autres multiples nationalités de montagnards caucasiens. A la fois leur imbrication territoriale et les faibles dimensions numériques de chaque nationalité et enfin les conditions socio-économiques qui restent en grande partie au niveau du pastoralisme nomade extensif ou de l'agriculture primitive, sans vie urbaine propre et sans créativité littéraire dans leur langue nationale rendent le fonctionnement de l'autonomie moderne tout à fait inapplicable.

Tout comme en Lituanie, la seule méthode pour résoudre la question nationale au Caucase dans un esprit démocratique, assurant à toutes les nationalités la liberté de l’existence culturelle sans qu'aucune d'entre elles ne domine les autres et pour satisfaire en même temps l'exigence d'un développement social moderne est d'ignorer les frontières ethnographiques et d'introduire une large auto-administration locale - communale, urbaine, de district et provinciale - sans caractère national défini, c'est-à-dire sans conférer de privilèges à une nationalité quelconque. Seule une telle auto-administration permettra d'unir les diverses nationalités pour qu'elles veillent ensemble aux intérêts économiques et sociaux locaux et qu'elles prennent par ailleurs naturellement en considération la répartition différenciée des nationalités dans chaque district et dans chaque commune.

L'auto-administration communale, de district, provinciale permettra à chaque nationalité, au moyen de décisions prises à la majorité par les organes de l'administration locale, de créer ses écoles et ses institutions culturelles dans les districts ou les communes où elle dispose de la prépondérance numérique. En même temps, une loi linguistique séparée, à l'échelle de l'Etat, sauvegardant les intérêts de la minorité, peut établir une norme en vertu de laquelle les minorités nationales, à partir d'un minimum numérique, peuvent constituer la base de création obligatoire d'écoles dans leurs langues nationales dans la commune, le district ou la province ; et leur langue peut être introduite dans les institutions locales publiques et administratives, dans les tribunaux etc., à cote de la langue de la nationalité prédominante et de la langue de l'Etat. Cette solution serait plausible, à supposer qu'une solution soit possible dans le cadre du capitalisme et compte tenu des conditions historiques. Elle combinerait les principes généraux de l'auto-administration locale avec des mesures législatives spéciales pour garantir le développement culturel et l'égalité en droit des nationalités en les amenant à coopérer étroitement et non en les séparant les unes par rapport aux autres par les barrières de l'autonomie nationale.

(Section III de “La nation et l’autonomie”, publié en 1908 en polonais. Traduction de Claudie Weill dans Rosa Luxemburg La question nationale et l’autonomie, Le Temps de Cerises, 2001).

lundi 18 août 2008

Les altermondistes

Les altermondistes nous offrent d'introduire une pincée d'humanité dans les rouages de la machine néolibérale, une graine d'humanité dans la barbare machine capitaliste. A aucun moment il n'est fait allusion à un des principes premiers du mouvement socialiste du XIXe siècle : la condamnation de la propriété privée des moyens de production des richesses, source de tous les maux.

C'est parce qu'ils étaient conscients que cette propriété privée entraînait l'organisation de la production au profit de la minorité possédante et donc au détriment des besoins de la population que les socialistes d'alors proposaient l'établissement d'une société rationnellement organisée sur la base de la propriété sociale (et non étatique) des moyens de production et de distribution, et son administration démocratique par et pour ses membres.

La création des premiers partis réformistes obéissait à un double objectif : établir la société socialiste et, en attendant, de travailler à l'amélioration des conditions de vie et de travail des couches les plus défavorisées.

Avec quel résultat ? L'importance et le nombre des problèmes posés par le capitalisme, les difficultés de tous ordres rencontrées pour tenter de résoudre ces problèmes, le travail, le temps et l'énergie nécessaires à la (laborieuse et toujours insuffisante) obtention, puis défense des conquêtes (sans cesse sous la menace de leur remise en cause) n'ont fait qu'entraîner le report de l'utopie socialiste aux calendes grecques puis sa disparition de l'horizon des partis « socialistes ». Si, parmi les premiers militants de ces organisations, s'en trouvaient qui voulaient établir le socialisme, combien sont-ils aujourd'hui ?

lundi 11 août 2008

Le profit

Sous le capitalisme, les entreprises doivent, par l’appropriation du fruit du travail de ses employés, réaliser un profit. C’est un processus qui pervertit le monde dans lequel nous nous trouvons. Pour une entreprise, le profit est la condition de sa survie et la clef de sa prospérité. Ainsi, comment s’imaginer, comme le font les réformistes et activistes en tout genre, que nous pouvons faire ce que nous voulons de notre monde? (D’ailleurs, ces activistes se demandent-ils parfois pourquoi, dans un monde soi-disant démocratique, ils doivent se battre si durement?) C’est le principe du profit qui dicte la direction prise par les entreprises. Un capitaliste veut être gentil? Il décide de diminuer au maximum son empreinte écologique et de promouvoir la responsabilité sociale? Tant pis pour lui, que sa compagnie fasse faillite! Il n’y a aucun doute qu’il devra pour cela augmenter ses coûts de production et ses concurrents finiront évidemment le supplanter. Toute entreprise n’est pas complètement « méchante » de façon intrinsèque. Des entreprises prospères prennent certaines mesures, pour l’environnement par exemple. Mais jusqu’à quel point? Jusqu’au point où cela ne va pas à l’encontre de l’impératif du profit. Serait-ce d’ailleurs pour améliorer leur image? Quoi qu’il en soit, si vous pensez également que le profit est une mauvaise chose, vous devez comprendre qu'il est né de circonstances particulières. Comme il a été expliqué au début, ce problème se confond avec le capitalisme lui-même. La logique du profit, omniprésente, ne fait qu’une avec le système économique. Pour vivre dans un monde plus sain, où la production est faite pour répondre aux besoins et où l’humanité peut décider démocratiquement de son destin plutôt que de se le voir imposé par une force implacable, il faut simplement le remplacer.

vendredi 8 août 2008

Il y a 25 ans (2): L'armée à l'école!

Le 23 septembre 1982, le ministre de l'Education Nationale, Alain Savary, et le ministre de la Défense, Charles Hernu, ont signé à Toulon, un protocole d'accord qui expose les objectifs que s'assignent leurs ministères.

Le discours prononcé par Savary lors de la présentation de ce protocole d'accord cerne, sans détours, ce qui est présenté comme une collaboration entre Education et Armée. Après avoir indiqué que « l'ouverture de l'école, c'est aussi l'ouverture sur les problèmes et les réalités de la défense », Savary pose le problème de «la place, dans le temps privilégie qu'est le service national, des enseignants et du personnel de l'Education Nationale au sein de la mission de défense ».

L'introduction du protocole d'accord situe clairement l'objectif attribué à l'Education Nationale dont la mission serait « d'assurer sous la conduite des maîtres et des professeurs une éducation globale visant à former des futurs citoyens responsables, prêts à contribuer au développement et au rayonnement de leur pays ». Et, dans ce cadre-là est inclus « l'esprit de défense » présenté comme une attitude civique qui n'est pas limitée aux activités militaires ». Ainsi, on retrouve l'idée chère à Hernu qui indiquait dans Le Monde du 11 juillet 1981:

« Il faut arriver à l'armée préparés, et préparés par l'école, le lycée et l'université. Il faut une symbiose avec l'éducation nationale. »
C'est ce que précise le protocole d'accord qui prévoit, entre autres, « l'établissement de relations régulières » entre l'armée et l'école, y compris par un « contrat direct avec les militaires du contingent ou d'active »... des « actions permettant aux élèves, dans le cadre des activités éducatives, d'obtenir une information directe dans les unités, sur la vie des armées, ou d'entrer en contact avec des militaires », « d'améliorer l'information des jeunes gens et des jeunes filles sur les nécessités de la défense et la finalité du service national. »

Même si le texte mentionne que le développement des rencontres au niveau local se fera sur la base du volontariat (pour l'instant!), il n'empêche que le contenu du protocole d'accord est une tentative ouverte de pénétration de l'armée dans les établissements scolaires afin de les transformer progressivement en antichambres des casernes.

Enfin, pour parfaire le conditionnement des enfants et des élèves, une commission mixte, composée de représentants du Ministère de la défense et du Ministère de l'Education Nationale, a été constituée « afin que l’on cesse de voir dans certains manuels scolaires, des passages scandaleusement antimilitaristes » (Charles Hernu a Villeurbanne, ville dont il est le maire, le 22 mai 1982, voir Le Monde du 25 mai). Rappelons qu'il s'agissait d'un manuel qui a reproduit une bande dessinée montrant qu'un croiseur coûtait autant que trois hôpitaux et une crèche, un escorteur autant que deux maisons de retraite....

Ainsi est marquée la volonté de transformer l'école en un puissant instrument de bourrage de crâne au service de l'appareil militaire. C'est d'ailleurs ce que recherchent tous les États parce que cela entre dans le cadre de leurs préparatifs de guerre.

Notre brochure Pour le socialisme mondial analyse bien ce phénomène:

« La population civile est également engagée dans les préparatifs de guerre (...) car le consentement des civils à s'engager pour combattre et soutenir la politique de guerre permet à un gouvernement de se sentir en position de force dans ses confrontations avec d'autres États. C'est pour quoi les gouvernements ne peuvent se permettre de laisser les idées pacifistes et antimilitaristes se répandre parmi leurs citoyens. Il est nécessaire d'insuffler a la population le patriotisme et la volonté de mourir, si besoin était, pour « leur patrie ». Ce processus commence très tôt dans la vie, dès l'école. »
Il convient donc, aujourd'hui, de dénoncer les objectifs définis par le protocole d'accord Hernu-Savary. Cependant, il faut être conscient que le refus de l'embrigadement de la jeunesse des l'école n'a qu'une portée limitée même si s'inscrit dans une démarche socialiste de refus de servir de chair à canon. Lutter pour un véritable monde de paix, c'est lutter pour l'abolition du capitalisme qui est la cause des guerres, c'est lutter pour le socialisme mondial, c'est à dire un monde sans classes, sans salariat, sans frontières, sans armées, sans États.

(Socialisme Mondial 23, 1983)

lundi 4 août 2008

Une société sans argent

Nous signalons la digitalisation du numéro 28 de Socialisme Mondial (1985) sur le thème "Une société sans argent" sur le site de la Bataille socialiste.

Articles sur:

  • L'organisation de la production sans argent

  • La philosophie de l'argent de Marx

  • "Vous voulez donc revenir au troc ?"


  • vendredi 1 août 2008

    Abolissons le salariat

    On peut distinguer les classes sociales d'après leur rapport avec les moyens de production et de distribution. En société de capitalisme privé ou de capitalisme étatique, les travailleurs n'ont accès aux usines, aux mines, aux chemins de fer, aux champs, etc... qu'en tant que salariés (ou travailleurs à gages, si on abandonne les euphémismes).

    En tant que travailleurs nous ne possédons que notre capacité de travail (habileté manuelle, spécialité, qualification, niveau de connaissances intellectuelles), mais nous avons besoin de vivre. Nous n'accèdons pas librement à la nourriture, à l'habitat, ni à quoi que ce soit. Nous ne pouvons pas vivre sans argent, aussi vendons-nous notre capacité de travail. En fin de semaine, de mois, de quinzaine ou de trimestre, nous recevons une somme qui correspond grossièrement à ce qu'un travailleur doit dépenser pour se loger et être en mesure de reproduire une autre génération de travailleurs, ceci compliqué par la nécessité de rémunérer à un taux plus élevé les travailleurs qualifiés et aussi par les variations du niveau de chômage. Les salaires sont en rapport avec les chiffres du « coût de la vie » ; ils ne sont absolument pas en rapport avec la valeur de ce que les travailleurs produisent.

    Les patrons tirent un profit de la valeur du travail réalisée, sur et par-dessus les salaires payés, le prix des matières premières, des appareils et autres frais généraux. Tout ce que les travailleurs achètent a été produit par les travailleurs eux-mêmes. Cependant, nous n'avons accès aux articles que nous produisons en attendant que d'une manière très rationnée, et limitée du pouvoir d'achat de notre salaire.

    C'est ce que signifie la « paie » (ou solde ou salaire) en pratique: le rationnement, selon un processus singulièrement inadéquat. Notre « paie » n'a rien à voir avec le degré de nos besoins: elle reflète seulement la valeur de notre capacité de travail (que nous soyons des O.S. en surnombre ou des techniciens très recherchés). Les personnes âgées, handicapées, les enfants, les femmes, les personnes valétudinaires, les chômeurs, les ex-prisonniers désireux de se réinsérer, sont particulièrement nécessiteux mais ce sont eux qui disposent du moins d'argent pour faire face à leurs besoins plus grands. On ne peut qu'en conclure que notre société inverse les priorités.

    Le problème de la distribution des produits humains ne sera résolu que par le socialisme, par une communauté démocratiquement dirigée par sa population avec le libre accès à toutes les richesses de l'humanité. Avec le socialisme et l'abolition du salariat, finirent la pauvreté, la faim et l'absence de logement par défaut d'argent. Les moyens de se nourrir et de se loger seront accessibles à tous sans la vente de la vie et des capacités de travail.