dimanche 2 août 2009

Maigret et le Code pénal

Le commissaire Maigret nous rappelle le véritable rôle de la police.

C'était rare qu'il parle de son métier, encore plus rare qu'il émette une opinion sur les hommes et leurs institutions. II se méfiait des idées, toujours trop précises pour coller à la réalité qui, il le savait par expérience, est tellement fluide.

Avec son ami Pardon seulement, le docteur de la rue Popincourt, il lui arrivait, après dîner, de grommeler ce qui pouvait passer à la rigueur pour des confidences.

Quelques semaines plus tôt, justement, il s'était laissé aller à parier avec une certaine amertume.

— Les gens se figurent, Pardon, que nous sommes là pour découvrir les criminels et obtenir leurs aveux. C'est encore une de ces idées fausses comme il y en a tant en circulation et auxquelles on s'habitue si bien que personne ne songe à vérifier. En réalité, notre rôle principal est de protéger l'Etat, d'abord, le gouvernement, quel qu'il soit, les institutions, ensuite la monnaie et les biens publics, ceux des particuliers, et enfin, tout à la fin, la vie des individus...

» Avez-vous eu la curiosité de feuilleter le Code pénal ? II faut arriver à la page 177 pour y trouver des textes visant les crimes contre les personnes. Un jour, je ferai le compte exact, plus tard, quand je serai à la retraite. Mettons que les trois quarts du Code, sinon les quatre cinquièmes s'occupent des biens, meubles et immeubles, de la fausse monnaie, des faux en écritures publics ou privés, des captations d'héritage, etc., etc. bref, de tout ce qui se rapporte à l'argent... A tel titre que l'article 274, sur la mendicité sur la voie publique, passe avant l'article 295, lequel vise l'homicide volontaire...

Ils avaient pourtant bien dîné, ce soir-là, et avaient bu un Saint-Emilion inoubliable.

— Dans les journaux, c'est de ma brigade, la Criminelle, selon le terme consacré, qu'on parle le plus, parce que c'est la plus spectaculaire. En réalité, nous avons moins d'importance, aux yeux du Ministere de l'intérieur, par exemple, que les Renseignements Generaux ou que la Section financière...

» Nous sommes un peu comme les avocats d'assises. Nous constituons la façade et ce sont les civilistes qui, dans l'ombre, font le travail sérieux...

(Maigret et le Voleur paresseux.)