vendredi 19 mars 2021

Une société de l'accès libre

Extraits de Description du monde de demain. Un monde sans monnaie ni troc ni échange: une civilisation de l'accès. Jean-François Aupetitgendre et Marc Chinal:

"Il y a toutes les chances pour que ceux qui veulent abolir tout à la fois l'argent, l'Etat, le marché, la marchandise, le salariat, la valeur et surtout la nécessité de réaliser des profits financiers, deviennent rapidement les seuls véritables réalistes, les plus pragmatiques.

Quand on tente d'imaginer une société sans argent, on se retrouve tout naturellement à désigner des choses qui auront disparu et qui auront perdu leurs vocables. Certains mots auront changé de sens, d'autres seront amputés de quelques acceptions, d'autres seront tombés en désuétude.

S'il n'y a plus d' argent, le terme ne désignera plus que le métal, nul n'aura besoin de porte-monnaie, de carte de crédit, de chèque... Les métiers de banquier, assureur, percepteur, huissier. . . subiront le même sort que les vieux métiers de régratier (détaillant en épicerie), décrotteur (ramasseur de crottin dans les rues), ce dernier revendant le crottin aux mégissiers (tanneurs de peaux)... Nombre d'actions courantes auront disparu : payer, vendre, louer, bailler, hypothéquer, gager, taxer, verbaliser, budgéter, financer. . .

Pensez à tous les métiers directement ou indirectement liés à 1'usage de la monnaie : dans la banque, dans les assurances, dans la comptabilité, aux impôts, dans les administrations, dans les lois où beaucoup sont là pour gérer les relations monétaires...

Tous ces métiers disparaissent instantanément dans un système postmonétaire.

Mais là où ce serait négatif dans une civilisation où chacun doit avoir un salaire pour avoir le droit de survivre, c'est positif dans une civilisation postmonétaire parce que cela permet de diminuer la charge de travail de chacun en la répartissant sur un plus grand nombre.

Ainsi il n'est pas impossible de projeter que la durée du travail quotidien nécessaire tombera à environ 4 heures si on enlève toutes les comptabilités et paperasses fastidieuses et si le travail n'a pas à être sans cesse recommencé, les productions n'ayant plus vocation à être remplacées régulièrement pour protéger le chiffre d'affaires (obsolescence programmée d'objets ou de systèmes informatiques rendus volontairement incompatibles, utilisation de mauvais matériaux moins coûteux, travail bâclé pour diminuer le coût horaire et ainsi augmenter ses bénéfices, etc.), sans partagé.

Une société où tout serait en libre accès donnerait une grande liberté de choix à tous ceux qui subissent des situations insupportables. Dans une société marchande, on est tenu de « gagner sa vie », comme si elle n'était pas un bien inaliénable. Changer de logement pour fuir un conjoint violent devient un parcours du combattant sans fiches de paye ou bilan d'activité, sans les économies suffisantes pour payer une caution. Les victimes sont prises au piège sans le sésame capitaliste de 1'indépendance financière.

Il en est de même pour toutes les affaires mises à jour par le mouvement « Me too ». Pourquoi une femme céderait-elle aux avances d'un supérieur si elle n'a rien à y gagner ? Quel moyen de pression utilisera le prédateur s'il n'a rien d'autre à offrir que ce que 1'autre a en accès libre ?

Dans une société de 1'Accès, les activités humaines ne peuvent être que choisies et ne peuvent être liées à des avantages, des émoluments, des salaires, des traitements, des soldes, des cachets, des honoraires... Les questions de parité, d'égalité de revenus, de métiers genrés n'ont plus aucun sens. C'est la fin du petit chef, du dictateur de bureau, du prestige de cadre, de la subordination salariale."

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