jeudi 3 septembre 2026

Trainé dans la boue

Dans le The Rise and Fall of Communism [L’essor et la chute du communisme] Archie Brown, professeur à Oxford et expert sur le sujet, commence par définir ses mots. 

Par Communisme (avec un C majuscule), il entend ce qui existait en Russie et dans 14 autres pays et qui existe encore aujourd’hui à des degrés divers dans cinq d’entre eux (Chine, Vietnam, Corée du Nord, Cuba et Laos), caractérisé par la monopolisation du pouvoir par un parti communiste, organisé de façon rigide, hiérarchique et discipliné, la propriété étatique des principaux moyens de production et une économie dirigée de haut en bas. 

Par communisme (avec un petit c), il  définit « la société auto-administrée,  sans état, cooperative » que le Parti communiste avait proclamé comme objectif à long terme – et qui était l’objectif de Marx aussi (et aussi notre seul et immédiat objectif, même si nous préférons l’appeler le socialisme).

Ceci pris en considération, ce tome de 700 pages est un compte-rendu objectif de l’histoire et de la disparition en Europe des régimes communistes (ce que nous avions appelé capitalisme d’État) qu’il considère comme le fait marquant du 20° siècle. Malheureusement pour nous, communistes authentiques, en dehors de la douleur infligée aux travailleurs des pays concernés, ceux-ci ont traîné le nom du communisme (avec un petit c) dans la boue, rendant ainsi d’autant plus difficile la tâche de diffuser l’idée d’une société sans état, sans classes, sans argent comme l’alternative au capitalisme.

vendredi 7 août 2026

Tu te trompes?

 Si tu penses que le capitalisme :

 -- est naturel
 -- est efficace
 -- peut garantir la paix
 -- peut mettre fin à la pauvreté et à la faim
 -- peut être mis au service de l'intérêt général,

tu te trompes

En réalité, le capitalisme sera toujours source de chaos tant que la classe traveilleuse mondiale ne parviendra pas à arracher les ressources productives mondiales des mains des capitalistes.

lundi 3 août 2026

La religion

La position socialiste contre la religion est simple. Nous pensons que puisque les idées résultent du mouvement historique de la société, et que les prémisses des religions concordent avec des formes spécifiques de religions, la religion est un problème social et non, comme le disent les sectes protestantes, une affaire de conscience individuelle. 

Nous savons qu'aujourd'hui que la religion participe au processus social d'accès et de maîtrise de la connaissance, qu'elle est le vestige d'une époque révolue dans laquelle l'imagination de l'humanité dépassait ses capacités de compréhension et de contrôle du monde. Le savoir, la connaissance, est inextricablement lié à la façon dont on y accède, dont on pratique la pensée. Dès lors qu'en tant que travailleurs nous vivons dans un monde qui a acquis la capacité de contrôler son environnement, nous devons rejeter des modèles de comportement et d'analyse fondés sur l'impuissance humaine, et les modes de pensée qui vont avec.

lundi 20 juillet 2026

Une planète anarchiste

Les Déposssédés de Ursula La Guin est un roman de science fiction pas comme les autres. Traduit de l'américain, il s’agit de deux planètes sur l'une desquelles s'est établie une société anarchiste tandis que sur l'autre c'est le capitalisme qui continue. Ursula Le Guin, qui montre une connaissance approfondie de la théorie anarchiste, évoque bien certaines des possibilités et certains des problèmes d'une société sans gouvernement et sans argent basé sur le travail volontaire et la coopération, et dans laquelle on a une parfaite égalité sexuelle, société que nous préconisons aussi. Toutefois le socialisme peut être établi sur la Terre dans des conditions économiques et technologiques beaucoup plus favorables que celles qui existent sur sa planète Anarres.


mardi 14 juillet 2026

Free! Entrez dans l’économie du gratuit

C’était le titre d’un livre de Chris Anderson edité en 2009 chez Pearson (quand on vendait toujours des DVDs).

« Que se passe-t-il lorsque les progrès de la technologie permettent à beaucoup de choses d’être produites pour rien ou presque? Et que se passe-t-il lorsque les produits sont ensuite mis à disposition du consommateur gratuitement? » demande une publicité pour ce livre (payant) par le rédacteur en chef de Wired. Sa réponse n’est pas qu’il s’agirait du début d’une sorte de transition vers un système où finalement tous les biens et services seraient mis à disposition gratuitement (ce qui n’est pas le cas, de toute façon), mais que les entreprises à but lucratif impliquées dans ce phénomène de gratuité ont adopté, adoptent et adopteront de plus en plus une stratégie de marketing différente.

C’est ainsi que les entreprises dans cette ligne de business peuvent faire le choix de donner des DVD gratuits et faire payer les lecteurs DVD, ou donner les lecteurs DVD et faire payer les DVD, dans les deux cas leurs frais étant couverts et un bénéfice réalisé.

C’est, comme l’explique Anderson, une version moderne de ce que les patrons de saloons de la Nouvelle Orléans ont adopté dans les années 1880. Ils offraient aux clients le déjeuner, ne leur laissant payer que les boissons dont les prix étaient calculés de façon à couvrir le coût des déjeuners. D’où le dicton « There is no such thing as a free lunch » (un repas gratuit n’existe pas). Aujourd’hui, et ce sera le cas aussi longtemps que durera le capitalisme, il n’y a ni DVD gratuit, ni journal gratuit, ni téléphone mobile gratuit. Ceux qui les donnent en récupéreront le coût dans autre chose qu’ils vendent.

lundi 22 juin 2026

Domela Nieuwenhuis sur les réformes et la révolution

Tous nous avons eu un programme contenant les principes socialistes et ou même l’idée communiste fondamentale : De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins, trouva son expression. Ensuite venait l’énumération des soi-disant réformes pratiques qui pourraient être réalisées immédiatement dans la société actuelle. Ainsi se rencontrèrent de fait deux éléments absolument hétérogènes : d’un côté les communistes purs, acceptant les « considérants », sans d’ailleurs s’occuper des « réformes pratiques » et, d’autre part, les partisans de ces réformes, lesquels, sans y attacher la moindre valeur, acceptaient aussi les « considérants », en même temps que le « programme pratique ». Par suite du développement des idées, l’illogisme de cette situation se manifesta de plus en plus et, finalement, les vrais socialistes et les réformateurs se séparèrent.

(…)

De tels socialistes appartiennent à un parti radical de réformes, qui conserve dans son programme la transformation de la propriété privée en propriété collective, mais en mettant cette transformation à l’arrière-plan. Les considérants du programme étaient communistes et on y indiqua le but à atteindre ; mais par le programme pratique on aida à la conservation de l’État actuel. Il y avait donc contradiction entre la partie théorique avec ses considérants principiels et la partie pratique, réalisable dans le cadre de la société actuelle, toutes deux se juxtaposant l’une à l’autre sans aucun trait d’union, comme nous l’avons prouvé précédemment.

https://divergences.be/Socialisme-libertaire-et-socialisme-autoritaire.html

(…)

mercredi 3 juin 2026

Arrêtez de blâmer les politiciens

 Le débat public aujourd’hui est obsédé par les personnalités. La vie politique se réduit à un casting tournant d’individus qui sont soit diabolisés comme la source des problèmes de la société, soit célébrés comme ses sauveurs. Peu illustrent cela mieux que Donald Trump.

Mais se concentrer sur des individus comme Trump passe à côté du problème central. Ce n’est pas une anomalie ni la cause des problèmes que les gens lui associent. Il est le produit du système dans lequel il évolue.

La société moderne est organisée autour de la production pour le profit, de la compétition et de la concentration de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une minorité. Au cœur de ce système se trouve la relation salariale : la majorité des gens doit vendre leur capacité à travailler pour vivre, tandis qu’une minorité possède et contrôle les moyens de production de richesse.

C’est là que l’exploitation se produit — non pas comme une exception, mais comme une caractéristique normale du système. Les travailleurs produisent plus de valeur qu’ils ne reçoivent en salaires, et cet excédent est pris comme profit. C’est ce processus qui génère de la richesse à un pôle et de l’insécurité à l’autre.

Dans ce cadre, la politique n’est pas une arène neutre. Les gouvernements, quel que soit leur chef, sont contraints de maintenir les conditions d’une production rentable. Cela limite ce que tout politicien peut faire. Ils peuvent différer dans le style, la rhétorique ou les détails politiques, mais ils opèrent dans les mêmes contraintes économiques.

Dans de telles conditions, il n’est guère surprenant que des figures agressives, autopromotionnelles et habiles à canaliser la frustration émergent. Ils parlent d’un mécontentement réel — mais le détournent de la structure de la société vers des boucs émissaires, des rivaux ou des personnalités.

Le public, quant à lui, est encouragé à se concentrer sur ces personnalités. L’indignation vise les individus, les élections sont présentées comme des concours moraux, et l’engagement politique devient une question de choisir un camp. Cela détourne l’attention du système salarial lui-même — le mécanisme même qui génère inégalité, instabilité et insatisfaction récurrente.

Qu’il s’agisse de Trump ou de toute autre figure politique, le schéma demeure. Différentes personnes vont et viennent, mais la relation fondamentale entre ceux qui travaillent pour un salaire et ceux qui vivent du profit reste inchangée.

Dans cette perspective, attaquer des politiciens individuels n’est pas seulement insuffisant, c’est une distraction. Cela crée l’illusion que remplacer un leader résoudra des problèmes enracinés dans l’organisation de la société à un niveau beaucoup plus profond.

Tant que le système salarial subsiste — où la majorité doit travailler pour un salaire et une minorité s’approprie le surplus — les inégalités et les conflits sont inévitables, et les types de figures politiques dont les gens débattent continueront d’émerger.

Pour qu’il y ait un changement significatif, l’attention doit s’éloigner des personnalités pour se tourner vers la structure elle-même. La véritable question n’est pas de savoir qui gouverne, mais de savoir si un système fondé sur les salaires, le profit et la division des classes pourra jamais servir les intérêts de la majorité.

Tant que cette question ne sera pas posée, le cycle continuera — tout comme les conditions qui produisent des figures comme Donald Trump.