dimanche 15 novembre 2020

La destruction de la nature

La destruction de la nature (1909)* (Traduction d'un article, toujours d'actualité, d'Anton Pannekoek)

De nombreux écrits scientifiques se plaignent avec émotion de la destruction croissante des forêts. Or ce n’est pas seulement la joie que chaque amoureux de la nature éprouve pour la forêt qui doit être prise en compte. Il existe aussi d’importants intérêts matériels, voire des intérêts vitaux pour l’humanité. Avec la disparition des riches forêts, des pays connus dans l’Antiquité pour leur fertilité, densément peuplés, véritables greniers pour les grandes villes, sont devenus des déserts pierreux. La pluie n’y tombe que rarement, ou des pluies diluviennes dévastatrices emportent les minces couches d’humus qu’elle doit fertiliser. Là où la forêt des montagnes a été anéantie, les torrents alimentés par les pluies de l’été roulent d’énormes masses de pierres et de sable, qui dévastent les vallées alpines, déforestent et détruisent les villages dont les habitants sont innocents «du fait que le profit personnel et l’ignorance ont détruit la forêt dans les hautes vallées et la région des sources».

«Intérêt personnel et ignorance» : les auteurs, qui décrivent avec éloquence ce désastre, ne s’attardent pas sur ses causes. Ils croient probablement qu’il suffit d’en souligner les conséquences pour remplacer l’ignorance par une meilleure compréhension et en annuler les effets. Ils ne voient pas qu’il s’agit d’un phénomène partiel, l’un des nombreux effets de nature similaire du capitalisme, ce mode de production qui est le stade suprême de la chasse au profit.

Comment la France est-elle devenue un pays pauvre en forêts, au point d’importer chaque année des centaines de millions de francs de bois de l’étranger et de dépenser beaucoup plus pour atténuer par le reboisement les conséquences désastreuses de la déforestation des Alpes? Sous l’Ancien Régime, il y avait beaucoup de forêts domaniales. Mais la bourgeoisie, qui a pris les rênes de la Révolution française, ne voyait dans ces forêts domaniales qu’un instrument d’enrichissement privé. Les spéculateurs ont rasé trois millions d’hectares pour transformer le bois en or. L’avenir était le cadet de leurs soucis, seul comptait le profit immédiat.

Pour le capitalisme, toutes les ressources naturelles ont la couleur de l’or. Plus il les exploite rapidement, plus le flux d’or s’accélère. L’existence d’un secteur privé a pour effet que chaque individu essaie de faire le plus de profit possible sans même penser un seul instant à l’intérêt de l’ensemble, celui de l’humanité. Par conséquent, chaque animal sauvage ayant une valeur monétaire, toute plante poussant à l’état sauvage et dégageant du profit est immédiatement l’objet d’une course à l’extermination. Les éléphants d’Afrique ont presque disparu victimes d’une chasse systématique pour leur ivoire. La situation est similaire pour les hévéas, qui sont victimes d’une économie prédatrice dans laquelle tout le monde ne fait que détruire les arbres sans en replanter de nouveaux. En Sibérie, on signale que les animaux à fourrure se raréfient de plus en plus en raison d’une chasse intensive et que les espèces les plus précieuses pourraient bientôt disparaître. Au Canada, de vastes forêts vierges sont réduites en cendres, non seulement par les colons qui veulent cultiver le sol, mais aussi par les «prospecteurs» à la recherche de gisements de minerai ; ceux-ci transforment les versants montagneux en roches dénudées pour avoir une meilleure vue d’ensemble du terrain. En Nouvelle-Guinée, un massacre d’oiseaux du paradis a été organisé afin de se plier à la lubie dispendieuse d’une milliardaire américaine. Les folies de la mode typiques d’un capitalisme gaspillant la plus-value ont déjà conduit à l’extermination d’espèces rares; les oiseaux de mer de la côte est-américaine n’ont dû leur survie qu’à la stricte intervention de l’État. De tels exemples pourraient être multipliés à l’infini.

Mais les plantes et les animaux ne sont-ils pas là pour être utilisés par les humains à leurs propres fins ? Ici, nous laissons complètement de côté la question de la conservation de la nature telle qu’elle se poserait sans l’intervention humaine. Nous savons que les humains sont les maîtres de la terre et qu’ils transforment complètement la nature pour leurs besoins. Pour vivre, nous sommes complètement dépendants des forces de la nature et des richesses naturelles; nous devons les utiliser et les consommer. Ce n’est pas de cela dont il est question ici, mais uniquement de la façon dont le capitalisme en fait usage.

Un ordre social raisonnable devra utiliser les trésors de la nature mis à sa disposition de telle sorte que ce qui est consommé soit en même temps remplacé, en sorte que la société ne s’appauvrisse pas et puisse s’enrichir. Une économie fermée qui consomme une partie des semis de céréales s’appauvrit de plus en plus et doit infailliblement faire faillite. Tel est le mode de gestion du capitalisme. Cette économie qui ne pense pas à l’avenir ne fait que vivre dans l’instantanéité. Dans l’ordre économique actuel, la nature n’est pas au service de l’humanité, mais du Capital. Ce ne sont pas les besoins vestimentaires, alimentaires et culturels de l’humanité, mais l’appétit du Capital en profit, en or, qui régit la production.

Les ressources naturelles sont exploitées comme si les réserves étaient infinies et inépuisables. Avec les néfastes conséquences de la déforestation pour l’agriculture, avec la destruction des animaux et des plantes utiles, apparaît au grand jour le caractère fini des réserves disponibles et la faillite de ce type d’économie. Roosevelt reconnait cette faillite lorsqu’il veut convoquer une conférence internationale pour faire le point sur l’état des ressources naturelles encore disponibles et prendre des mesures pour prévenir leur gaspillage.

Bien sûr, ce plan en soi est une fumisterie. L’État peut certes faire beaucoup pour empêcher l’impitoyable extermination d’espèces rares. Mais l’État capitaliste n’est après tout qu’un triste représentant du bien commun (Allgemenheit der Menschen). Il doit se plier aux intérêts essentiels du Capital.

Le capitalisme est une économie décérébrée qui ne peut réguler ses actes par la conscience de leurs effets. Mais son caractère dévastateur ne découle pas de ce seul fait. Au cours des siècles passés, les êtres humains ont exploité la nature de manière insensée sans penser à l’avenir de l’humanité tout entière. Mais leur pouvoir était réduit. La nature était si vaste et si puissante qu’avec leurs faibles moyens techniques, ils ne pouvaient lui faire subir que d’exceptionnels dommages. Le capitalisme, en revanche, a remplacé le besoin local par le besoin mondial, créé des moyens techniques pour exploiter la nature. Il s’agit alors d’énormes masses de matière qui subissent des moyens de destruction colossaux et sont déplacées par de puissants moyens de transport. La société sous le capitalisme peut être comparée à la force gigantesque d’un corps dépourvu de raison. Alors que le capitalisme développe une puissance sans limite, il dévaste simultanément l’environnement dont il vit de façon insensée. Seul le socialisme, qui peut donner à ce corps puissant conscience et action réfléchie, remplacera simultanément la dévastation de la nature par une économie raisonnable.

* Zeitungskorrespondenz n° 75, 10 Juli 1909, p. 1 et 2. Traducteur : Ph. Bourrinet (8 juillet 2019).

jeudi 31 août 2017

La futilté de la réforme

Socialist Standard, Numéro 2, Octobre 1904
Le Parti Socialiste de Grande-Bretagne a souvent été demandé pourquoi ils n'ont pas élaboré un programme de mesures pour la réparation partielle de ces maux qui affectent le plus rapidement la position de la classe ouvrière "Ne devrions-nous pas nous efforcer pour pallier la misère actuelle"?
"Ne devrions-nous pas chercher à favoriser les différences sectorielles existants entre les capitalistes afin que nous puissions les utiliser dans l'intérêt de la classe ouvrière"?"Ne devrions-nous pas soutenir temporairement, ou former des alliances temporaires avec d'autres partis politiques en travaillant pour des fins communes"? Ces questions et d'autres de même importance que sont constamment posée par des non-membres de notre parti. Nous proposons maintenant de leur répondre.
La base de la société moderne est économiquement, la prise en charge par une partie de la communauté des moyens nécessaires pour la production et la distribution des moyens de subsistance de l'ensemble de la communauté c.à.d., la propriété par une classe de toute la richesse de la société. En contrepartie, il y a la vaste masse des gens qui ne possèdent que leur “ force de travail”, leur pouvoir de travail.
Le travailleur étant obligé de vendre se pouvoir de travail sur le marché du travail, en échange de ses moyens de subsistance, a des intérêts diamétralement opposés à ceux de l'employeur qui achète son activité. Par conséquent, deux classes avec des intérêts conflictuels, se rencontrant constamment sur le marché du travail, doivent nécessairement s'engager dans une lutte dans laquelle chaque combattant ne peut gagner que aux détriment de l'autre. Une telle lutte entre les classes constitue une guerre des classes.
Sur le plan économique, la classe ouvrière est impuissante tant que la classe employeur possède le pouvoir politique. Par conséquent, la lutte des classes doit se manifester comme une lutte politique pour la suprématie des classes. La classe ouvrière ne peut que gagner leur fins en prenant possession de la machine politique et en l'utilisant pour gagner sa propre émancipation économique. Cela ne peut se faire que par eux-mêmes et la lutte dans laquelle ils doivent prendre part pour assurer c’est une guerre des classes - la classe ouvrière contre la classe employeur.
La base d'un Parti Socialiste dans n'importe quel pays doit donc être une reconnaissance du fait que les intérêts matériels de la classe ouvrière s'opposent totalement à ceux de la classe employeur, C'est la reconnaissance de la guerre des classes. Toute parti qui déclare qu'aucune guerre de classe n'existe pas se règle, en vertu de cette déclaration hors cour comme un Parti Socialiste. Il est donc nécessaire, en formant et en organisant un parti socialiste, d'avoir une base de guerre des classes clairement définies et dans chaque action du parti de toujours garder le caractère consciencieux de la classe clairement à l'avant. Toute action tendant à obscurcir cette position, toute position qui maintient la lutte des classes en arrière-plan, est une trahison virtuelle des principes Socialistes, servir uniquement à confondre les problèmes dans l'esprit des travailleurs et à le rendre la plus difficile de comprendre leur position de classe et les raisons pour cela. Et de voir la route qui doit être suivie pour pouvoir atteindre leur émancipation, en servant uniquement, en bref, à retarder le développement de leur conscience de classe.
Toute alliance, permanente ou temporaire, avec un parti qui ne reconnaît pas la guerre des classes est donc hors de question. Car aucune alliance de ce genre, qu'elle soit ouvertement avouée ou tacitement comprise, rend moins claire l'opposition de classe qui existe entre les différents partis politiques ? Comment pouvons-nous prétendre être essentiellement distincts et, en fait, opposés diamétralement à tous les autres partis politiques, Si nous pouvons trouver suffisamment d'objets communs pour permettre un terrain d'entente commun ? Nous pensons que l'enseignement de nos principes est entravé par toute concession de ce genre aux partis de guerre anticlasse, et est donc opposé aux vrais intérêts du Socialisme. Nous nous sommes donc déclare dans l'hostilité envers tous les autres partis politiques et ne pouvons rien avoir en commun avec eux.
Et cela a été l'expérience des partis Socialistes d'autres pays. Partout où ces partis ont maintenu une attitude d'hostilité ouverte à tous les autres partis politiques, ils sont fortement organisés. Chaque fois que l'une de ces parties, forte ou faible, a formé des alliances temporaires, comme par exemple, en Belgique, avec le Parti libéral, dans le but d'obtenir le suffrage universel, ils ont perdu de la force et restent aussi éloignés de l'obtention de leurs réformes souhaitées que jamais. Ainsi, notre première objection est que cette action confond les problèmes et entrave notre succès.
Notre prochaine objection réside dans le fait qu'une telle dépendence sûr d'autres partis politiques pour leur assistance suppose le maintien de la majorité de membres de nos organes législatifs qui ne sont pas des représentants conscients de classe de la classe ouvrière. Tant que cela reste le cas, la durée de la législature sera contrôlée par les hommes de la classe moyenne, par les capitalistes. Chaque législature contrôlée par le capital garantit le contrôle des fonctions administratives et judiciaires par les capitalistes.
Il en résulte que toutes les mesures prises par le Parlement sont exercées par ceux dont la position oblige à ce que ces dispositions législatives soient fragmentaires et inefficaces. Ils s'efforceront donc de réduire toute concession au point d'impuissance sauf dans les cas où ils pensent maintenir leur pouvoir par des concessions plus importantes. Dans ce dernier cas, ils savent qu'ils peuvent dépendre de leur deuxième ligne de défense- l'administration de ces lois qui obligeront les lois à rester une lettre morte.
Nous n'avons qu'à étudier la législation de la dernière moitié du Dix-neuvième siècle pour constater que chacune de ces phases de la législation économique des partis de la classe moyenne existe abondamment. Nous constatons que l'administration de la loi entre les mains de la classe capitaliste sera exercée par eux de manière à ne pas être dangereuse pour leurs propres intérêts de classe.
Tout “Livre bleu” traitant avec toute phase de vie de la classe ouvrière, montrera des cas innombrables de négligence du Conseil d'administration local, ou des Conseils d'arrondissement, ou des Conseils régionaux, en appliquant des lois déjà existantes. Les lois sur le logement et les lois et actes de santé publique pour la prévention des femmes qui retournent au travail trop tôt après l'accouchement et les actes d'usine et d'atelier ne sont pas efficacement exercés, alors que les pouvoirs conférés aux organes directeurs ne sont presque jamais exercés. Les lois sur le logement et les lois et actes de santé publique pour la prévention des femmes qui retournent au travail trop tôt après l'accouchement et les actes d'usine et d'atelier ne sont pas efficacement exercés, alors que les pouvoirs conférés aux organes directeurs ne sont presque jamais exercés. Ainsi, nous lisons en ce qui concerne la pollution de l'atmosphère par la fumée, que :
"Il y a des gens à Manchester qui polluent systématiquement l'air et paient l'amende et le trouvant beaucoup moins cher de faire que de mettre en place une nouvelle usine. Le procès de telles affaires devant des bancs de magistrats composés de fabricants ou de leurs amis crée une atmosphère de sympathie pour l'accusé et il a été allégué que les magistrats qui avaient cherché à donner effet à la loi ont rencontré l'indifférence et parfois l'opposition positive de leurs collègues ".
Exactement ! Et ce n'est qu'un cas qui peut être cité parmi d'innombrables autres qui se présentant à nous.
Nous devons également souligner qu'il arrive parfois qu'une réforme demandée par la classe ouvrière puisse leur être accordée sans danger grave pour la classe capitaliste. Dans de tels cas, ils font des concessions gracieuses et la classe ouvrière est généralement appelée pour saluer le parti accordant une telle “concession” comme leur plus vrai amis.
Un autre cas est que parfois une mesure est adoptée qui tandis que bénéficiant à certains travailleurs individuels s'avère désastreuse pour une autre partie plus grande Tel était par exemple la Loi sur l'indemnisation des travailleurs. Cette loi a été adoptée pour bénéficier à ces travailleurs dans certaines industries sélectionnées qui ont rencontré des accidents dans l'exercice de leurs fonctions. Il faut remarquer que la Loi était à nouveau le minimum de concession possible. Il a bénéficié aux travailleurs qui suite à des rencontres avec des accidents qui les ont handicapés, ont reçu une indemnisation alors que, avant l’adoption de la Loi ils n'auraient obtenue rien. Mais alors qu'il les bénéficiait, une plus grande partie de la classe ouvrière était affectée à leur détriment. La classe employeur toujours surveillée en ce qui concerne leurs intérêts de classe a immédiatement prétendu que les vieillards qu'ils employaient, les hommes à un certain âge, qui ont été rendues infructueuses par le travail difficile auquel ils avaient été soumis, étaient susceptibles d'avoir plus d'accidents que les hommes dans leur virilité antérieure et que lorsqu'ils ont rencontré des accidents, de tels accidents étaient plus susceptibles de s'avérer sérieux ou mortels que s'ils étaient plus jeunes. Ces hommes étaient en conséquence immédiatement déchargés. Et que s’est-il passé depuis? Un comité sur laquelle était M. George N. Barnes de la A.S.E, a signalé :
"En ce qui concerne l'emploi de personnes âgées, infirmes ou mutilées, des modifications devraient être apportées pour permettre à l'employeur d'offrir du travail à ces personnes sans encourir de risque indu de versement d'une indemnité".
Nous sommes donc forcés de conclure que le fait d'essayer de sécurisér des mesures pour réduire les maux de la société gouvernée par les classes existante est inutile. Les hommes qui contrôlent le mécanisme législatif, administratif et judiciaire de la communauté peuvent toujours esquiver ces attaques partielles contre leur position, ils peuvent toujours trouver des échappatoires pour échapper à toute concession qui risque de compromettre leur position. La seule chose qui permettra d'atténuer notre misère et notre esclavage salarié est la propagation des principes du Socialisme et la construction d'un parti socialiste conscient de la classe, préparés à lutter le plus tôt possible, tous les pouvoirs du gouvernement des mains de ceux qui les contrôlent actuellement. Quand un parti socialiste fort se battait directement pour la création d'un régime Socialiste et préparait ses progrès pour obtenir tout avantage qui agira comme un nouveau terrain ventage dans sa lutte supplémentaire organisée, alors les capitalistes ne seront que trop empressés à offrir et à donner à chacun et à tous ces palliatifs une concession aux forces Socialistes croissantes du pays.
Nous devons donc reconnaître tout le temps qu'il est possible d'obtenir un avantage réel pour les personnes lorsque les gens eux-mêmes deviennent conscients de la classe, quand derrière les Socialistes au Parlement et s ûr d'autres corps, il existe une phalange solide des hommes dans leur connaissance du Socialisme et savent clairement que le seul moyen d'assurer le Commonwealth Socialiste du futur ne dépend que des efforts d'eux-mêmes et ceux qui ont les même opinions conscientes de classe. Par conséquent, nous n'avons pas de programme palliatif. Le seul palliatif que nous obtiendrons à jamais est la société Socialiste du futur gagnée en luttant sans compromis en tout temps et en toute saison.

mercredi 10 décembre 2014

William Morris en français

Voici une liste des textes du socialiste anglais, William Morris, en français disponibles dans l'Internet:

http://www.marxists.org/francais/morris/index.htm:

"L'art en ploutocratie" (1883).

"La vie ou la mort de l'art" (1884).

"Comment nous vivons et comment nous pouvons vivre" (1884).

"Manifeste de la Socialist League" (1885).

"Où en sommes-nous?" (1890).

"Comment je suis devenu socialiste" (1894).

Tous sont bons.

En plus (mais pas dans l'Internet):

Morris, William. «Comment nous Vivons; Comment nous Pourrions Vivre.» Londres, 1884. Réimprimé et traduit en art d' Elite. Paris: Editions Hermann, 1985. 119-144.

Morris, William "The Society of the Future." Trans. Olivier Barancy. "La Société de l'Avenir." L' Âge de L' Ersatz. Paris: Éditions de L' Encyclopédie des Nuisances, 1996. 59-81.

vendredi 15 août 2014

La guerre et l’orientation socialiste (1914)

Texte adopté par le Parti socialiste de Grande-Bretagne le 25 août 1914, traduit en français par Critique sociale:

« Attendu que les capitalistes d’Europe s’affrontent à propos du contrôle des routes commerciales et des marchés mondiaux, et s’efforcent d’exploiter l’ignorance politique et les passions aveugles de la classe travailleuse de leurs pays respectifs afin de faire prendre les armes aux dits travailleurs, alors qu’il ne s’agit que des affaires de leurs maîtres ;
Attendu que, en outre, les pseudo-socialistes et « dirigeants » travaillistes de ce pays, de même que leurs semblables du continent, ont de nouveau trahi l’orientation de classe des travailleurs2, que ce soit par leur ignorance de cette position, par leur lâcheté ou pire, et qu’ils apportent leur soutien à la classe dirigeante dans l’utilisation de cette querelle de brigands afin de troubler l’esprit des travailleurs et de détourner leur attention de la lutte de classe ;
Le Parti socialiste de Grande-Bretagne réaffirme l’orientation socialiste, qui est la suivante :
La société actuelle est basée sur la propriété des moyens d’existence par la classe capitaliste ou classe dirigeante, et par conséquent sur l’esclavage de la classe travailleuse, dont le travail est seul à produire de la richesse.
Dans cette société, par conséquent, il y a des intérêts antagonistes qui se manifestent sous la forme d’une guerre de classes, entre ceux qui possèdent mais ne produisent pas et ceux qui produisent mais ne possèdent pas.
L’appareil gouvernemental, incluant les forces armées de la nation, n’existe que pour maintenir le monopole de la classe capitaliste sur les richesses volées aux travailleurs.
Ces forces armées, par conséquent, ne sont mises en mouvement que dans l’intérêt de la classe qui les contrôle – la classe dirigeante –, et puisque l’intérêt des travailleurs n’est pas dans la lutte pour des marchés où leurs maîtres disposent de la richesse qu’ils ont volé aux travailleurs, mais dans la lutte pour mettre fin à ce système dans lequel ils sont volés, ils ne sont pas concernés par l’actuelle guerre européenne, qui est déjà connue comme la guerre du commerce (« the business war »), puisque c’est l’intérêt de leurs maîtres qui est en jeu, et non le leur.
Le Parti socialiste de Grande-Bretagne s’engage à ce que cet enjeu reste clair, en mettant l’accent sur la lutte des classes, et tout en exprimant son horreur de cette manifestation de la nature cruelle, sordide et mercenaire de la classe capitaliste internationale, et tout en déclarant que rien n’est en jeu qui justifierait que soit versée une seule goutte de sang des travailleurs, proteste catégoriquement contre ce massacre brutal et sanglant subi par nos frères de ce pays et des autres, qui sont utilisés comme chair à canon au front pendant que la souffrance et la faim sont le lot de leurs camarades à l’arrière.
N’ayant nulle querelle avec la classe travailleuse d’aucun pays, nous étendons à nos camarades travailleurs de tous les pays l’expression de notre bonne volonté et de notre fraternité socialiste, et nous nous engageons à travailler au renversement du capitalisme et au triomphe du socialisme.
Le monde aux travailleurs ! »

samedi 3 mai 2014

Lénine, théoricien du nationalisme

Traduction d’un article publié dans le Socialist standard en mai 1998.
La notion de Lénine: « l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme », suppose qu’une nation en exploite une autre, et que cela nécessite donc un mouvement de « libération nationale » pour la nation, qui conduit la classe ouvrière de deux pays différents à s’égorger. Mais la classe ouvrière n’a pas de nation, elle n’a qu’un monde à gagner.
Nous savons qu’historiquement, à moins qu’une classe particulière monopolise les moyens de production et de distribution et force le reste de la population à vendre sa force de travail, il n’est pas de production capitaliste possible. La propriété privée est monopole. Couplée avec la division du travail, elle est la base de la production des produits de base avec l’échange , l’argent , le marché , etc.
Mais le monopole pour Lénine n’était pas le monopole de classe, mais la simple concentration et centralisation du capital. Selon Marx, l’existence même de la société capitaliste implique à la fois le monopole ( en ce sens ) et la concurrence, ce qui annule la supposition de Lénine pour qui ce monopole est seulement une fonction de " l’impérialisme " :
« Dans la vie économique de l’époque actuelle, vous trouverez non seulement la concurrence et le monopole mais aussi leur synthèse, qui n’est pas une formule mais un mouvement. Le monopole produit la concurrence, la concurrence produit le monopole » (Lettre à Annekov , 28 décembre 1846).
La nature même du capital reste toujours la même – production pour le profit, part impayée de la force de travail. La caractéristique de la production capitaliste , c’est qu’elle est basé sur le travail salarié. Les salaires supposent le capital et vice versa. Ici aussi, Lénine ne comprend pas pourquoi différents niveaux de salaires existent dans différents pays. Selon lui, les salaires sont plus élevés dans les pays impérialistes parce que les capitalistes y soudoient leurs travailleurs sur les superprofits qu’ils tirent de l’exploitation des pays dominés.
Marx avait une tout autre explication des raisons pour lesquelles les salaires sont plus élevés dans ces pays. La productivité et le taux d’exploitation (ratio payé pour le travail non rémunéré ) y étaient plus élevés:
« Plus un pays est productif par rapport à un autre sur le marché mondial, et plus les salaires comparés aux autres pays y seront élevés. Ce n’est pas seulement le salaire nominal, mais aussi le salaire réel, qui est en Angleterre plus élevé que sur le continent. L’ouvrier mange davantage de viande, satisfait davantage ses besoins. Mais cela ne vaut pas pour l’ouvrier agricole, seulement pour l’ouvrier de manufacture. Mais il n’est pas plus élevé en proportion de la productivité des ouvriers anglais [que les salaires versés dans d'autres pays] » ( Théories sur la  plus-value) .
Une baisse du taux de salaire ne rend pas un pays capitaliste inférieur à un autre :
« Les divers États des divers pays civilisés, nonobstant la multiple diversité de leurs formes, ont tous ceci de commun qu’ils reposent sur le terrain de la société bourgeoise moderne, plus ou moins développée au point de vue capitaliste. ( Critique du programme de Gotha , 1875) .
Pour être capitaliste , un pays ne doit pas être comme industriellement et commercialement développé comme les États-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. Il n’est pas nécessaire que chaque district de chaque pays capitaliste soit aussi développé que la Ruhr en Allemagne ou Sheffield et Birmingham en Angleterre. La condition de base est que le système de production du pays soit sur une base capitaliste, c’est à dire se fonde sur les employeurs et les employés. Un pays peut être fortement industrialisé ou avec une agriculture développée, principalement fournisseur de matières premières pour l’industrie ou autre. Cela se produit en raison de la division du travail entre les différents pays capitalistes . Donc, une «nation» ne peut pas exploiter une autre «nation». Les travailleurs, partout dans le monde, sont exploitées par la classe capitaliste mondiale.
L’absurdité de la théorie de Lénine peut être prouvée par un exemple vivant de la vie d’un travailleur de notre sous-continent indien. Supposons qu’il ait 70 ans et soit maintenant un citoyen du Bangladesh. Il était un sujet du Pakistan et avant cela de l’Empire britannique. Selon la théorie de Lénine, il a été dominé par les « impérialistes britanniques » jusqu’en 1947 , puis par les « impérialistes » pakistanais jusqu’à 1972. Maintenant par qui ? Pourtant, tout au long de ces années, il est resté un esclave du salariat, non libre , mais ses maîtres et la nationalité ont changé. C’est le ridicule de la théorie de Lénine.
La théorie de l’impérialisme de Lénine ne saisit pas la nature mondiale de la société capitaliste en opposant la classe ouvrière des pays sous-développés à celle des pays développés. Elle conduit à défendre l’intérêt national sur les intérêts de classe, ce qui est préjudiciable à l’intérêt de la classe ouvrière mondiale et leur émancipation.
Il est maintenant clair que le capitalisme est un phénomène universel et cosmopolite, donc la classe ouvrière aussi. La classe ouvrière ne peut pas s’émanciper au niveau national.
Marx , dans son adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs en 1864, a dénoncé « une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple ». Mais c’est précisément ce que Lénine et ses héritiers ont pratiqué en URSS, Europe de l’Est, Chine, Cuba, etc. à partir de 1917. De nombreux traités, guerres et proclamations des États dits socialistes en témoignent.
Que « l’émancipation du travail, n’étant un problème ni local ni national, mais social, embrasse tous les pays dans lesquels existe la société moderne et nécessite, pour sa solution, le concours théorique et pratique des pays les plus avancés » ( Statuts de l’ AIT ) devrait être le principe directeur de la classe ouvrière mondiale.
Asok KUMAR CHAKRABARTI


samedi 29 mars 2014

Tract "Emparons-nous de la politique"

Tract téléchargeable au format pdf et imprimable:

http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/03/tract2014.pdf

dimanche 2 février 2014

Le trotskysme répudié

CLR James est surtout connu pour son livre sur la révolte des esclaves en Haïti lors de la Révolution française, Les Jacobins noirs, et pour ses écrits sur le cricket, mais il fut aussi un dirigeant trotskyste.

A l’origine document interne distribué en 1950 au sein de la soi-disant « Quatrième Internationale » que Trotsky et une poignée de ses partisans avaient mis en place en 1938, State Capitalism and World Revolution [Capitalisme d'Etat et révolution mondiale] était une contribution à un débat sur son orientation politique, et est ici réédité. La majorité « orthodoxe » voulait s’en tenir à l’avis de Trotsky selon lequel la Russie était encore un « Etat ouvrier » en raison de la propriété étatique et de l’économie planifiée qui y existait, estimant que cela valait mieux que le capitalisme et méritait le soutien de la classe travailleuse.

James a montré que la propriété étatique et une économie planifiée ce n’était pas le socialisme et qu’il était absurde de décrire un Etat comme appartenant aux travailleurs quand ceux-ci y sont opprimés et exploités. Il est allé plus loin et a fait valoir que ce type de capitalisme d’Etat était l’avenir du capitalisme et qu’en le soutenant les trotskystes orthodoxes soutenaient le capitalisme. C’était vrai alors et ça l’est encore aujourd’hui.

James avait tort à propos du capitalisme d’Etat comme prochain stade du capitalisme (mais dans les années 1940, il n’était pas le seul à faire cette erreur) comme dans sa persistance à regarder le coup d’Etat bolchevique comme une « révolution prolétarienne ». Dans la préface de la réédition de 1956, il expliquait cependant :

« Les conclusions politiques de cette analyse économique peuvent se résumer dans son rejet total de la théorie et de la pratique léninistes du parti d’avant-garde pour notre époque. »

State Capitalism and World Revolution est en fait une répudiation totale du trotskysme et mérite d’être lu pour cela.

State Capitalism and World Revolution. By CLR James. PM Press. 2013. Note de lecture parue dans le Socialist Standard de février 2014.

Traduction: http://bataillesocialiste.wordpress.com/2014/02/02/la-repudiation-de-clr-james/