lundi 20 avril 2009
Il n’y a aucun « droit au travail »
Pendant la révolution française de 1848 les ouvriers de Paris descendirent dans la rue pour revendiquer « le Droit au Travail ». Depuis, chaque fois que le chômage augmente les syndicats redemandent ce même droit.
Mais qu’est-ce que ce grandiose « Droit au Travail » ? Pour le syndicaliste moyen c’est sans doute le « droit » d’avoir un employeur et de recevoir le salaire qui en résulte. Autrement dit, il serait plus exact de parler de « Droit à l’emploi » ou de « Droit de Travailler pour un Salaire ».
Il ne devrait pas être nécessaire d'expliquer que dans le capitalisme non seulement un tel droit n'existe pas, mais il ne pourrait exister. Le capitalisme est basé sur la possession des moyens de production par une minorité, et nous autres n'avons pas d'alternative sinon de vendre notre capacité au travail, quand nous le pouvons, à un employeur. Mais les employeurs ne sont pas des philanthropes. Ils n'engagent pas des travailleurs dans le but de leur permettre de gagner leur vie. Ils nous emploient seulement lorsqu'ils calculent qu'ils peuvent faire des bénéfices en vendant les marchandises que nous produirons.
La production, et donc l'emploi, sont déterminés dans le capitalisme par loi du profit. « Pas de profit, pas de production » y est le principe directeur économique. Si les possédants des moyens de production calculent, comme beaucoup le font ces jours, qu'ils ne peuvent faire de profit en vendant les marchandises que leurs usines pourraient fournir, alors ils font tourner ces usines au dessous de leur plein rendement ou ils les ferment même complètement. D'où les licenciements et l'accroissement du chômage que nous vivons en ce moment.
C’est le fonctionnement normal du capitalisme, et c'est pourquoi le soi-disant « Droit au Travail » est une revendication irréaliste. Ça revient à revendiquer que les capitalistes abandonnent la recherche des profits et conduisent leur système selon un autre principe ! Mais ils ne pourraient le faire même s'ils le voulaient. Ils ne pourraient non plus être contraints de le faire même par l’action syndicale ou politique la plus militante. Poussés trop loin, ils fermeraient simplement boutique. Le fait est que le capitalisme crée le chômage et le fait augmenter de temps en temps.
dimanche 12 avril 2009
"Un trésor commun à tous"
Il y a 360 ans ce mois-ci, au cours de la révolution bourgeoise anglaise, un groupe d'hommes et de femmes occupa une colline du Surrey en vue de la cultiver, en communauté, pour subvenir à leurs besoins. Ils sont connus sous les noms de « diggers » (« bêcheurs ») et de « vrais-niveleurs ». Ce projet n'a pas duré mais en 1652 Gerard Winstanley, qui y avait participé, écrivit un livre dans lequel il prêcha (c'est le mot juste puisqu'il employa des concepts et un langage religieux, comme tout le monde à cette époque) que la Terre (re)devienne « un trésor commun à tous ». Ce livre, La loi de la liberté, est un des précurseurs du socialisme moderne. En voici quelques extraits qui montrent que Winstanley a bien compris que si la Terre devenait « un trésor commun à tous », l'argent serait rendu caduc :
Plus d'information sur les Diggers anglais se trouve dans partie 3.III de Cromwell, les Niveleurs et la République d'Olivier Lutaud.« Lorsque l'humanité commença à acheter et à vendre, elle perdit son innocence ; et les hommes commencèrent alors à s'opprimer les uns les autres et à frauder leur droit naturel (…) Les hommes n'apprendront jamais a reforger leurs épées en socs de charrue, leurs lances en outils de jardin, ils ne sauront jamais se débarrasser des guerres s'ils n'ont d'abord balayé avec les immondices du pouvoir royal l'escroquerie qu'ils ont invente de l'achat et de la vente (…)La terre doit être plantée et les fruits moissonnés et transposés dans des granges et des entrepôts avec l'assistance de chaque famille. Et tout homme ou famille ayant besoin de grain ou d'une autre provision devra se rendre aux entrepôts et le rapporter sans argent. S'ils ont besoin d'un cheval pour le chevaucher, qu'ils aillent aux champs en etc, ou dans les étables en hiver, et qu'ils en reçoivent un des gardiens ; et votre journée accomplie, rapportez-le où vous l'avez pris, sans argent. Si certains ont besoin de nourriture ou de victuailles, ils peuvent soit aller chez le boucher et recevoir ce dont ils ont besoin sans argent ; ou alors aller où sont les troupeaux de moutons, de bétail, et prendre puis abattre la viande nécessaire pour leurs familles, sans achat ni vente (…)Puisque des familles ou des artisans particuliers réalisent certains ouvrages en plus grande quantité qu'ils ne peuvent en utiliser, comme des chapeaux, chaussures, gants, bas, vêtements de toile ou de laine, et pareilles choses, qu'ils portent leur ouvrage particulier aux dépôts, toujours sans achat ni vente ; et qu'ils aillent dans d'autres dépôts rapporter tout autre produit dont ils ont besoin et qu'ils ne peuvent faire. Puisque d'autres hommes prennent part à leurs ouvrages, il est naturel qu'ils partagent avec d'autres hommes (…)Puisque l'argent et l'or sont soit extraits de nos propres mines, soit ramenés par bateau d'au-delà des mers, ils ne doivent pas être frappés du sceau d'un conquérant, pour servir à acheter et vendre sous son nom ou avec son autorisation ; car il ne peut en être fait aucun autre usage dans la communauté que de fabriquer des plats et autres objets nécessaires à l'ornement des maisons, tout comme on fait aujourd'hui usage de laiton, d'étain et de fer, ou de tout autre métal à cet usage. »
lundi 6 avril 2009
Les règles du capitalisme
Les règles de base du capitalisme sont très faciles à comprendre. Tout comme le sont les conséquences de ces règles. Il n’y a rien de compliqué là-dedans. Et une fois que vous comprenez ce que sont les règles, vous êtes alors en mesure de vous poser une nouvelle question : acceptez-vous ces règles ?
Nommons certaines de ces règles. Demandez-vous si vous les trouvez compliquées. Demandez-vous si elles existent en réalité ou si nous venons juste de les inventer.
Principe de base numéro un : approximativement cinq pour cent de la population mondiale possèdent 95% des richesses, du territoire, des ressources, de tout. C'est une personne sur vingt. Une seule personne détient donc toute la richesse et tout le pouvoir, tandis que les dix-neuf autres n'ont à peu près rien. Ça s'appelle la distribution inégale de la richesse. Cela pourrait sembler injuste. Pourtant, c'est un fait et c'est légal.
Jusque ici ce n'est pas compliqué, n'est-ce pas ? Voici une autre règle, une règle d'or. Ce sont ceux qui détiennent les richesses qui font les règles. C'est pourquoi tout cela est tout à fait légal, au cas où vous vous poseriez la question.
Voici quelques autres règles.
Règle numéro trois : plus vous avez d'argent, plus il vous est possible d'en gagner.
Règle numéro quatre : moins vous avez d'argent, moins il vous est possible d'en gagner.
Règle numéro cinq : plus vous êtes pauvre, plus les choses deviennent dispendieuses.
Règle numéro six : plus vous êtes pauvre, plus vous serez malade, plus vous mourrez jeune et plus vos enfants seront miséreux.
Règle numéro sept : plus vous êtes pauvre, plus votre éducation sera mauvaise et plus votre emploi le sera.
Règle numéro huit : plus le salaire est bas, plus le travail est difficile.
La règle neuf est l'opposé de la règle huit : plus le salaire est grand, plus le travail est aisé. Par exemple, un directeur d'entreprise est payé cent fois plus qu’un travailleur d'entrepôt, mais lequel des deux retournera chez lui le plus épuisé ?
Règle numéro dix : si vous êtes vraiment riche, vous êtes un capitaliste, vous n'avez donc pas besoin de travailler.
Règle onze : le pauvre doit payer pour chaque erreur que le riche commet.
Règle douze : ce sont les gens riches qui provoquent les guerres dans lesquelles se sont les gens pauvres qui doivent combattre.
Règle treize : la plupart des riches le deviennent par héritage. Il est possible que des pauvres arrivent à gagner une grande fortune, mais ce genre d’histoire se produit très rarement.
Règle quatorze, la plupart des gens pauvres restent pauvres malgré leur travail dur, l'épargne et les sacrifices qu’ils font.
A vous de décider. Les avons-nous inventées ? Sommes-nous simplement quelques-uns de cyniques ? Ou bien cela ressemble-t-il à des choses auxquelles vous avez déjà songé vous aussi ?
Principe de base numéro un : approximativement cinq pour cent de la population mondiale possèdent 95% des richesses, du territoire, des ressources, de tout. C'est une personne sur vingt. Une seule personne détient donc toute la richesse et tout le pouvoir, tandis que les dix-neuf autres n'ont à peu près rien. Ça s'appelle la distribution inégale de la richesse. Cela pourrait sembler injuste. Pourtant, c'est un fait et c'est légal.
Jusque ici ce n'est pas compliqué, n'est-ce pas ? Voici une autre règle, une règle d'or. Ce sont ceux qui détiennent les richesses qui font les règles. C'est pourquoi tout cela est tout à fait légal, au cas où vous vous poseriez la question.
Voici quelques autres règles.
Règle numéro trois : plus vous avez d'argent, plus il vous est possible d'en gagner.
Règle numéro quatre : moins vous avez d'argent, moins il vous est possible d'en gagner.
Règle numéro cinq : plus vous êtes pauvre, plus les choses deviennent dispendieuses.
Règle numéro six : plus vous êtes pauvre, plus vous serez malade, plus vous mourrez jeune et plus vos enfants seront miséreux.
Règle numéro sept : plus vous êtes pauvre, plus votre éducation sera mauvaise et plus votre emploi le sera.
Règle numéro huit : plus le salaire est bas, plus le travail est difficile.
La règle neuf est l'opposé de la règle huit : plus le salaire est grand, plus le travail est aisé. Par exemple, un directeur d'entreprise est payé cent fois plus qu’un travailleur d'entrepôt, mais lequel des deux retournera chez lui le plus épuisé ?
Règle numéro dix : si vous êtes vraiment riche, vous êtes un capitaliste, vous n'avez donc pas besoin de travailler.
Règle onze : le pauvre doit payer pour chaque erreur que le riche commet.
Règle douze : ce sont les gens riches qui provoquent les guerres dans lesquelles se sont les gens pauvres qui doivent combattre.
Règle treize : la plupart des riches le deviennent par héritage. Il est possible que des pauvres arrivent à gagner une grande fortune, mais ce genre d’histoire se produit très rarement.
Règle quatorze, la plupart des gens pauvres restent pauvres malgré leur travail dur, l'épargne et les sacrifices qu’ils font.
A vous de décider. Les avons-nous inventées ? Sommes-nous simplement quelques-uns de cyniques ? Ou bien cela ressemble-t-il à des choses auxquelles vous avez déjà songé vous aussi ?
jeudi 2 avril 2009
Latest News de Londres
Les journaux nous informent:
Plusieurs milliers de manifestants ont bloqué le centre de Londres mercredi pour ce qu'ils ont baptisé la "Journée du poisson d'avril de la finance". A la veille du sommet du G-20 sur la réforme de la régulation financière, certains ont tenté de forcer l'entrée de la Banque d'Angleterre et cassé des fenêtres de la Royal Bank of Scotland.
Des manifestants ont promené des pantins à l'effigie des "quatre cavaliers de l'Apocalypse" de la prophétie biblique, en l'occurrence: la guerre, le chaos climatique, les crimes financiers et la situation des sans-abri. Sifflets, cloches et tambours ont résonné aux cris d'"Abolition de l'argent".
dimanche 29 mars 2009
Le capitalisme, touche-t-il à sa fin ?
Devant l'Assemblée nationale le 14 octobre dernier, Yves Cochet a déclaré au nom des Verts :
C'est contestable. Même si de telles limites existent, on est loin d'arriver à ce point. Il s'agit plutôt d'une crise « normale » de surproduction, même si plus importante que d'habitude. En ce cas, tôt ou tard la croissance de la production matérielle reprendra et le cycle continuera . . . jusqu'à la prochaine crise.
L'historien Immanuel Wallerstein, auteur d'un ouvrage en plusieurs volumes Le système du monde du XVe siècle à nos jours et du livre Le capitalisme historique, interviewé dans Le Monde du 11 octobre, a effectivement dit que « le capitalisme touche à sa fin. » Mais la raison qu'il a avancée n'était pas la même que celle des Verts.
Bien que l'on ne puisse exclure qu'un nouveau système d'exploitation émerge, il est plus probable que le capitalisme continue. De toute façon le socialisme ne viendra pas avant que la classe travailleuse mondiale s'organise pour le mettre en place. Il ne viendra pas d'un simple effondrement du capitalisme.
« Nous ne sommes pas à l'aube d'une nouvelle croissance matérielle ou industrielle, mais dans la phase terminale du capitalisme, comme le disait Immanuel Wallerstein il y a trois jours. Les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites, pour des raisons géologiques et économiques que vous ne voyez pas. »Selon les Verts, la crise que nous traversons actuellement n'est pas une des crises cycliques que le capitalisme a toujours connues, mais une manifestation du fait que le capitalisme heurterait aujourd'hui contre les limites écologiques de la Terre.
C'est contestable. Même si de telles limites existent, on est loin d'arriver à ce point. Il s'agit plutôt d'une crise « normale » de surproduction, même si plus importante que d'habitude. En ce cas, tôt ou tard la croissance de la production matérielle reprendra et le cycle continuera . . . jusqu'à la prochaine crise.
L'historien Immanuel Wallerstein, auteur d'un ouvrage en plusieurs volumes Le système du monde du XVe siècle à nos jours et du livre Le capitalisme historique, interviewé dans Le Monde du 11 octobre, a effectivement dit que « le capitalisme touche à sa fin. » Mais la raison qu'il a avancée n'était pas la même que celle des Verts.
« Je pense », a-t-il écrit, « que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries. A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour l' « économie-monde » créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. »D'après lui donc, c'est l'industrialisation des anciennes « périphéries » qui limite la possibilité d'une accumulation réelle dans les pays capitalistes de l'Occident. Wallerstein a même hasardé une prédiction :
« Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif. »En offrant une telle perspective Wallerstein écrit plus en tant qu'historien qu'économiste, mais sa thèse est également contestable, le déplacement éventuel du centre du capitalisme vers l'Asie ne représentant pas la fin du système.
Bien que l'on ne puisse exclure qu'un nouveau système d'exploitation émerge, il est plus probable que le capitalisme continue. De toute façon le socialisme ne viendra pas avant que la classe travailleuse mondiale s'organise pour le mettre en place. Il ne viendra pas d'un simple effondrement du capitalisme.
mardi 24 mars 2009
Manifester contre le G20 ?
Diverses organisations appellent à une « mobilisation internationale » ce samedi, le 28 mars, « contre le Sommet du G20 » qui se tiendra à Londres le 1er avril (date qui s'avérera sûrement bien choisie !). Mais à quoi ça sert si elle ne s’accompagne pas d’une lutte pour l’instauration d’une société nouvelle et différente ? En effet, il est vain de s’agiter tous azimuts en tentant de traiter les effets sans s’attaquer aux causes profondes du mal.
Les partisans de la résistance pure et simple se divisent en deux groupes. Premièrement, les réformistes authentiques, qui n’ont aucun projet de société alternatif à proposer en lieu et place du capitalisme et qui se bornent à vouloir introduire quelques changements mineurs. Il s’agit des ONG, de groupes religieux et d’autres organisations comme le mouvement ATTAC. Pour se rendre compte de ce type de réformisme il suffit de lire ce que ATTAC-Québec propose que le gouvernement canadien devrait faire pour lutter contre la crise : établir un contrôle public des banques et du secteur financier ; éliminer les retraites par capitalisation boursière ; établir une fiscalité équitable ; investir massivement dans les services publics et dans les infrastructures ; etc., etc.
La seconde catégorie est composée de gens qui conçoivent uniquement la résistance pure et simple comme une tactique. On les reconnaît aisément, dans les manifestations, aux drapeaux rouges et aux portraits de Lénine qu’ils arborent, aux côtés de ceux de Trotski, de Mao ou de Che. En tant que léninistes, ils pensent que le commun des mortels est incapable d’imaginer une alternative au capitalisme, qu’il peut tout au plus résister à la détérioration progressive de son niveau de vie et que, de ce fait, il a besoin d’être dirigé par une minorité consciente, à savoir. . . eux-mêmes. Leur stratégie consiste à faire de l’encouragement à la résistance pure et simple un instrument de conquête du pouvoir. C’est dans ce but qu’ils ont créé des organisations-écrans, dénommées par exemple « Résistance globale » ou « Rèsistance internationale », qui rivalisent avec les réformistes authentiques par le manque d’ambition de leurs revendications. En réalité, ils proposent bien une solution de rechange au capitalisme privé, mais, s’agissant d’une version idéalisée du capitalisme d’Etat qui a existé autrefois en Russie, ce projet est loin d’être attrayant. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’ils éprouvent le besoin de le déguiser.
Mais alors, quelle est la véritable alternative au capitalisme ? Le socialisme ! mais dans sa conception originelle, celle d’une société bâtie à l’échelle mondiale, dépourvue de frontières, fondée sur la propriété collective des ressources de la Terre et sur l’application universelle du principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Une telle société n’a jamais existé, et certainement pas en Russie ou en Chine ni sous aucun gouvernement « socialiste », social-démocrate ou de gauche. Cette société nouvelle reste à créer, et il est urgent d’oeuvrer en ce sens si l’on veut s’attaquer efficacement aux problèmes auxquels notre monde fait face aujourd’hui.
« Face à la crise, d’autres politiques s’imposent, au Canada comme ailleurs », dit ATTAC-Québec. Non, face à la crise, c'est une autre société mondiale qui s'impose.
Les partisans de la résistance pure et simple se divisent en deux groupes. Premièrement, les réformistes authentiques, qui n’ont aucun projet de société alternatif à proposer en lieu et place du capitalisme et qui se bornent à vouloir introduire quelques changements mineurs. Il s’agit des ONG, de groupes religieux et d’autres organisations comme le mouvement ATTAC. Pour se rendre compte de ce type de réformisme il suffit de lire ce que ATTAC-Québec propose que le gouvernement canadien devrait faire pour lutter contre la crise : établir un contrôle public des banques et du secteur financier ; éliminer les retraites par capitalisation boursière ; établir une fiscalité équitable ; investir massivement dans les services publics et dans les infrastructures ; etc., etc.
La seconde catégorie est composée de gens qui conçoivent uniquement la résistance pure et simple comme une tactique. On les reconnaît aisément, dans les manifestations, aux drapeaux rouges et aux portraits de Lénine qu’ils arborent, aux côtés de ceux de Trotski, de Mao ou de Che. En tant que léninistes, ils pensent que le commun des mortels est incapable d’imaginer une alternative au capitalisme, qu’il peut tout au plus résister à la détérioration progressive de son niveau de vie et que, de ce fait, il a besoin d’être dirigé par une minorité consciente, à savoir. . . eux-mêmes. Leur stratégie consiste à faire de l’encouragement à la résistance pure et simple un instrument de conquête du pouvoir. C’est dans ce but qu’ils ont créé des organisations-écrans, dénommées par exemple « Résistance globale » ou « Rèsistance internationale », qui rivalisent avec les réformistes authentiques par le manque d’ambition de leurs revendications. En réalité, ils proposent bien une solution de rechange au capitalisme privé, mais, s’agissant d’une version idéalisée du capitalisme d’Etat qui a existé autrefois en Russie, ce projet est loin d’être attrayant. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’ils éprouvent le besoin de le déguiser.
Mais alors, quelle est la véritable alternative au capitalisme ? Le socialisme ! mais dans sa conception originelle, celle d’une société bâtie à l’échelle mondiale, dépourvue de frontières, fondée sur la propriété collective des ressources de la Terre et sur l’application universelle du principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Une telle société n’a jamais existé, et certainement pas en Russie ou en Chine ni sous aucun gouvernement « socialiste », social-démocrate ou de gauche. Cette société nouvelle reste à créer, et il est urgent d’oeuvrer en ce sens si l’on veut s’attaquer efficacement aux problèmes auxquels notre monde fait face aujourd’hui.
« Face à la crise, d’autres politiques s’imposent, au Canada comme ailleurs », dit ATTAC-Québec. Non, face à la crise, c'est une autre société mondiale qui s'impose.
mercredi 18 mars 2009
Marx et la Commune de Paris
A l'occasion de l'anniversaire aujourd'hui de la proclamation de la Commune de Paris en 1871 nous reproduisons un article paru dans Socialisme Mondial en 1976.
Les événements survenus à Paris en mars 1871 ont dû lors passer pour une importante convulsion politique. Le gouvernement français perdit son contrôle sur Paris à l'avantage d'un conseil municipal, la Commune, composé de républicains extrémistes, ayant pour bannière le drapeau rouge, et qui proclamaient l’émancipation du travail. Il est vrai que ces événements n'avaient pas de précédents. Jamais auparavant un gouvernement n’avait prétendu représenter les intérêts de la classe travailleuse ; jamais auparavant un si grand nombre d'ouvriers n'avait pris part à l’administration politique d'une grande ville. Il y eut, bien sûr, de nombreux gouvernements depuis 1871, au niveau régional et aussi national, qui se sont dénommés « travaillistes » ou « communistes » et auxquels des ouvriers participèrent, mais la Commune de Paris était la première.
En 1870, Marx travaillait encore activement pour l'Association Internationale des Travailleurs, fondée cinq ans auparavant. Sa stratégie à long terme avait pour but d'encourager la classe travailleuse dans tous les pays à agir séparément, et se préparer ainsi à une action politique socialiste. Il était hostile aux insurrections immédiates telles que les préconisaient Blanqui, entre autres, et l'anarchiste Bakounine. En effet, sa première réaction fut de s'opposer à l'idée d'un soulèvement à Paris suivant la défaite française dans sa guerre contre la Prusse en septembre 1870. Dans un manifeste, publié par l'AIT en septembre pour marquer le renversement de Napoléon III et la proclamation de la République Française, Marx conseillait à la classe ouvrière française de ne pas tenter de renverser le nouveau gouvernement, mais plutôt de travailler au sein de la république et de se renforcer progressivement.
Les révolutionnaires parisiens, qui en dépit de ce conseil, essayèrent de s'insurger en octobre 1870 et en janvier 1871, étaient formés de deux éléments : les jacobins et les blanquistes qui s"inspiraient de la première République française de 1792 et qui étaient la majorité, et la section parisienne de l'AIT qui s'intéressaient davantage à organiser les travailleurs. Seulement quelques-uns parmi eux étaient socialistes tels que Marx l’était, mais la plupart étaient en faveur de réformes sociales pour les travailleurs (ceci suffisait à l'époque pour être considéré socialiste).
Quand Paris se souleva en mars 1871, en réponse à la tentative provocante du gouvernement d’emporter le canon des Gardes Nationaux, milice en grande partie ouvrière, Marx admit que les révolutionnaires n'eurent pas le choix ; si l'on avait laissé le gouvernement réussir, cela n'aurait fait que démoraliser la classe travailleuse. C'est pourquoi Marx supporta entièrement la commune insurrectionnelle, une fois établie, bien qu'il sut qu'elle ne durerait que peu, et qu’elle n'était pas vraiment socialiste.
Pour s'informer sur la commune la plupart utilisent le manifeste écrit par Marx en 1871, juste après la suppression violente de Paris au milieu d'une tuerie, au nom de l'AIT appelée La Guerre Civile en France. C'est surtout un document propagandiste défendant et honorant le nom de la commune et ceux qui sont morts pour elle. Cependant, il donne, à bien des égards, une impression trompeuse de ce que la commune fut en réalité, et la revêt d'un caractère socialiste, qu'elle n'eut certes jamais ; plus tard ceci fut admis par Paul Lafargue qui était un intime associe de Marx.
Marx écrivit à propos de la Commune que son but fut de « servir de levier afin de déraciner les fondations économiques sur lesquelles repose l’existence des classes, et par conséquent de l'autorité d'une classe ». Cela suggère que le but conscient de la commune de Paris fut d'établir le socialisme. Mais il n'en fut pas le cas (et même si cela l'avait été, les chances qu'elle avait de survivre n'en auraient pas été modifiées). Ceux qui envisageaient ainsi les tâches de la Commune étaient en minorité, alors que, sa majorité, jacobins et blanquistes s'inspiraient davantage des événements de 1792 que du socialisme et perdaient leur temps avec des « comités de salut public », et à rassembler prêtres et nonnes, et même à rétablir l'ancien calendrier révolutionnaire.
Le fait que Marx ne distinguait pas toujours distinctement entre la commune en tant que système idéal de gouvernement démocratique et la commune du régime qui, réellement, gouverne Paris du mois de mars au mois de mai 1871, rend difficile une juste estimation de ses opinions sur la commune.
Peu imports les mérites de la commune telle que les travailleurs auraient dû l'établir en tant que système d’administration s'ils avaient gagne le pouvoir ou que ce soit en 1871 — et cent ans plus tard ça ne peut être qu'une discussion académique — en réalité la commune de Paris n’était pas un instrument politique entre les mains d'une majorité consciencieusement socialiste. Et même elle n’était pas aussi démocratique que la description Marx en fit dans La Guerre Civile en France avant qu'il n'eût vraiment la chance de vérifier les faits. Par exemple, ce n'est pas le salaire d'un ouvrier ordinaire que touchaient les membres de la commune, mais trois ou quatre fois celui d'un ouvrier qualifie moyen.
Dix ans après, Marx insinua et admit qu'il avait donné en 1871 une description trompeuse de la Commune. Un social-démocrate hollandais, Nieuwenhuis (qui plus tard devint anarchiste) écrivit en 1881 pour lui dire ce que le mouvement socialiste aurait dû faire dès son arrivée au pouvoir. Marx lui répondit le 22 février que le mouvement socialiste accéderait au pouvoir dans n'importe quel pays à condition qu'il fût en même temps assez fort pour l'emporter sur toute résistance capitaliste. Il poursuivit en ces mots :
En fait l'échec de la Commune justifia la perspective de Marx pour les travailleurs : de former petit à petit leurs forces politiques et industrielles, plutôt que d'essayer d'organiser de soudains soulèvements armés contre l'Etat capitaliste. La Commune de Paris fut un soulèvement de ce genre, un incident important mais exceptionnel dans l'histoire de la classe travailleuse, qui démontra la futilité de la barricade et de ceux, comme Blanqui et Bakounine, dont les tactiques reposaient dessus.
(Socialisme Mondial 6, 1976)
Les événements survenus à Paris en mars 1871 ont dû lors passer pour une importante convulsion politique. Le gouvernement français perdit son contrôle sur Paris à l'avantage d'un conseil municipal, la Commune, composé de républicains extrémistes, ayant pour bannière le drapeau rouge, et qui proclamaient l’émancipation du travail. Il est vrai que ces événements n'avaient pas de précédents. Jamais auparavant un gouvernement n’avait prétendu représenter les intérêts de la classe travailleuse ; jamais auparavant un si grand nombre d'ouvriers n'avait pris part à l’administration politique d'une grande ville. Il y eut, bien sûr, de nombreux gouvernements depuis 1871, au niveau régional et aussi national, qui se sont dénommés « travaillistes » ou « communistes » et auxquels des ouvriers participèrent, mais la Commune de Paris était la première.
En 1870, Marx travaillait encore activement pour l'Association Internationale des Travailleurs, fondée cinq ans auparavant. Sa stratégie à long terme avait pour but d'encourager la classe travailleuse dans tous les pays à agir séparément, et se préparer ainsi à une action politique socialiste. Il était hostile aux insurrections immédiates telles que les préconisaient Blanqui, entre autres, et l'anarchiste Bakounine. En effet, sa première réaction fut de s'opposer à l'idée d'un soulèvement à Paris suivant la défaite française dans sa guerre contre la Prusse en septembre 1870. Dans un manifeste, publié par l'AIT en septembre pour marquer le renversement de Napoléon III et la proclamation de la République Française, Marx conseillait à la classe ouvrière française de ne pas tenter de renverser le nouveau gouvernement, mais plutôt de travailler au sein de la république et de se renforcer progressivement.
Les révolutionnaires parisiens, qui en dépit de ce conseil, essayèrent de s'insurger en octobre 1870 et en janvier 1871, étaient formés de deux éléments : les jacobins et les blanquistes qui s"inspiraient de la première République française de 1792 et qui étaient la majorité, et la section parisienne de l'AIT qui s'intéressaient davantage à organiser les travailleurs. Seulement quelques-uns parmi eux étaient socialistes tels que Marx l’était, mais la plupart étaient en faveur de réformes sociales pour les travailleurs (ceci suffisait à l'époque pour être considéré socialiste).
Quand Paris se souleva en mars 1871, en réponse à la tentative provocante du gouvernement d’emporter le canon des Gardes Nationaux, milice en grande partie ouvrière, Marx admit que les révolutionnaires n'eurent pas le choix ; si l'on avait laissé le gouvernement réussir, cela n'aurait fait que démoraliser la classe travailleuse. C'est pourquoi Marx supporta entièrement la commune insurrectionnelle, une fois établie, bien qu'il sut qu'elle ne durerait que peu, et qu’elle n'était pas vraiment socialiste.
Pour s'informer sur la commune la plupart utilisent le manifeste écrit par Marx en 1871, juste après la suppression violente de Paris au milieu d'une tuerie, au nom de l'AIT appelée La Guerre Civile en France. C'est surtout un document propagandiste défendant et honorant le nom de la commune et ceux qui sont morts pour elle. Cependant, il donne, à bien des égards, une impression trompeuse de ce que la commune fut en réalité, et la revêt d'un caractère socialiste, qu'elle n'eut certes jamais ; plus tard ceci fut admis par Paul Lafargue qui était un intime associe de Marx.
Marx écrivit à propos de la Commune que son but fut de « servir de levier afin de déraciner les fondations économiques sur lesquelles repose l’existence des classes, et par conséquent de l'autorité d'une classe ». Cela suggère que le but conscient de la commune de Paris fut d'établir le socialisme. Mais il n'en fut pas le cas (et même si cela l'avait été, les chances qu'elle avait de survivre n'en auraient pas été modifiées). Ceux qui envisageaient ainsi les tâches de la Commune étaient en minorité, alors que, sa majorité, jacobins et blanquistes s'inspiraient davantage des événements de 1792 que du socialisme et perdaient leur temps avec des « comités de salut public », et à rassembler prêtres et nonnes, et même à rétablir l'ancien calendrier révolutionnaire.
Le fait que Marx ne distinguait pas toujours distinctement entre la commune en tant que système idéal de gouvernement démocratique et la commune du régime qui, réellement, gouverne Paris du mois de mars au mois de mai 1871, rend difficile une juste estimation de ses opinions sur la commune.
Peu imports les mérites de la commune telle que les travailleurs auraient dû l'établir en tant que système d’administration s'ils avaient gagne le pouvoir ou que ce soit en 1871 — et cent ans plus tard ça ne peut être qu'une discussion académique — en réalité la commune de Paris n’était pas un instrument politique entre les mains d'une majorité consciencieusement socialiste. Et même elle n’était pas aussi démocratique que la description Marx en fit dans La Guerre Civile en France avant qu'il n'eût vraiment la chance de vérifier les faits. Par exemple, ce n'est pas le salaire d'un ouvrier ordinaire que touchaient les membres de la commune, mais trois ou quatre fois celui d'un ouvrier qualifie moyen.
Dix ans après, Marx insinua et admit qu'il avait donné en 1871 une description trompeuse de la Commune. Un social-démocrate hollandais, Nieuwenhuis (qui plus tard devint anarchiste) écrivit en 1881 pour lui dire ce que le mouvement socialiste aurait dû faire dès son arrivée au pouvoir. Marx lui répondit le 22 février que le mouvement socialiste accéderait au pouvoir dans n'importe quel pays à condition qu'il fût en même temps assez fort pour l'emporter sur toute résistance capitaliste. Il poursuivit en ces mots :
« Vous me renverrez peut-être si la Commune de Paris. Toutefois, sans parler du fait que ce ne fut la que le soulèvement d'une ville dans des circonstances exceptionnelles, la majorité de la Commune n'était nullement socialiste et ne pouvait l'être d'ailleurs. Avec une petite dose de bon sens, elle aurait pu pourtant obtenir de Versailles un compromis avantageux pour toute la masse du peuple : c'est tout ce que l'on pouvait alors atteindre. »Marx reconnut donc en 1881 que la Commune ne fut pas socialiste et qu'elle n’aurait pu réussir sans n’avoir abouti à quelque compromis avec le gouvernement français. Nous pouvons seulement nous demander à quel genre de compromis Marx pensait, mais il était probablement à l'établissement d'une république démocratique bourgeoise qui permettrait aux travailleurs de s'organiser sur le plan industriel et politique.
En fait l'échec de la Commune justifia la perspective de Marx pour les travailleurs : de former petit à petit leurs forces politiques et industrielles, plutôt que d'essayer d'organiser de soudains soulèvements armés contre l'Etat capitaliste. La Commune de Paris fut un soulèvement de ce genre, un incident important mais exceptionnel dans l'histoire de la classe travailleuse, qui démontra la futilité de la barricade et de ceux, comme Blanqui et Bakounine, dont les tactiques reposaient dessus.
(Socialisme Mondial 6, 1976)
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