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samedi 15 janvier 2011

Où va la Belgique ?

Le roi Albert vient de demander aux partis politiques de se mettre d'accord sur un programme d'austérité comme dans tous les autres pays. C'est que 7 mois après les élections du juin dernier la Belgique n'a toujours pas de gouvernement.

Le problème est que les capitalistes de la Flandre (aujourd'hui la partie de la Belgique la plus dynamique du point de vue économique) ne veulent plus financer la sécurité sociale pour les travailleurs en Wallonie (autrefois la partie la plus dynamique mais sur le déclin depuis les années septante avec le déclin des industries charbonnière et sidérurgique). Le parti qui a gagné le plus de sièges en Flandre réclame même la sécession de la Flandre.

Il faut se rappeler toutefois que c'était la gauche en Wallonie (y compris le Parti communiste et les trotskistes dont leur chef international, le belge Ernest Mandel) qui, la première, avait demandé la fédéralisation de la Belgique.

Suite à la grande grève de 1960-61, suivie massivement en Wallonie mais pas en Flandre, le dirigeant syndicaliste de gauche, André Renard, a demandé que la Wallonie ait le pouvoir de poursuivre sa propre politique économique et ainsi d'adopter des « réformes de structure anti-capitalistes ». Maintenant l'ordre des choses est inversé.

Que la Belgique devienne un État fédéral, ou même qu'elle se scinde en deux, ne concerne pas la classe travailleuse. Quelle que soit une éventuelle constitution nouvelle elle sera celle d'un État capitaliste dans lequel la classe travailleuse restera dans l'obligation de vendre sa force de travail à ceux qui possèdent les moyens de production.

La « question communautaire », c'est un leurre. Tous ceux qui doivent travailler pour un salaire ont le même intérêt à abolir le capitalisme, peu importe la langue qu'ils parlent. Comme il est inscrit sur la maison des coopératives à Gand: WERKLIEDEN ALLER LANDEN VEREENIGT U.

lundi 11 octobre 2010

Critique d'Ernest Mandel

Une marchandise est un bien ou un service produit pour l'échange plutôt que pour l'usage. Il est bien connu que Marx commence Le Capital par la phrase : « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises ».

Ceux qui niaient que le capitalisme d'Etat en Russie était une forme de capitalisme tout en se réclamant de Marx, comment expliquent-ils donc le fait qu'une partie importante du PNB de tous les pays capitalistes d'Etat était composée de marchandises ?

La réponse habituelle à cette question est de dire, comme le trotskiste Ernest Mandel dans le chapitre XVI de son Traité d’économie marxiste, que, durant la féodalité et d'autres sociétés précapitalistes, des marchandises existaient avant le capitalisme, même si c'était de façon marginale, celles-ci peuvent donc également exister dans la société postcapitaliste.

Cette argumentation est erronée parce que, l'échange marchand impliquant une propriété privée des produits, il était normal que des marchandises aient pu apparaître dans le cadre d'autres sociétés de propriété que le capitalisme. En revanche, puisque l'abolition du capitalisme implique la disparition de la propriété et l’établissement de la possession communautaire, la société socialiste ne fournit pas un cadre dans lequel les marchandises pourraient exister.

Le socialisme et la propriété s'excluent mutuellement parce qu'aucune combinaison de formes socialistes d'organisation sociale avec celles qu'on trouve dans les sociétés de propriété n'est possible. Pourtant Mandel imagine une « société de transition » dans laquelle il y aurait un « dépérissement progressif » de la production marchande et l’économie monétaire. Cependant une société incorporant d'un côté les rapports sociaux qui découlent de la propriété (l'échange marchand) et de l'autre les rapports sociaux particuliers au socialisme (le libre approvisionnement en valeurs d'usage) n'est qu'un jeu de l'esprit.

Puisque la totalité de la richesse produite aujourd’hui l’est comme un seul tout par l’ensemble des producteurs agissant en tant que « travailleur collectif » (Marx), il n’est pas possible d’en produire une partie sous une forme et une partie sous une autre. Le produit socialisé indivisible qui constitue la richesse aujourd'hui ne peut qu'être produit, soit entièrement comme valeur, soit entièrement comme simples objets utiles. Certes, certains biens peuvent être distribués directement en nature alors que d'autres ne restent disponibles que contre paiement en argent, mais il y a une nuance. En effet, les biens produits pour être distribués en nature auront toujours une forme de « valeur » puisque leurs coûts de production devront toujours être déduits de la plus-value réalisée dans le secteur des biens monnayables. La comptabilité des profits et pertes en unités de valeur serait donc toujours nécessaire.

C'est pourquoi tous ceux qui proposent, comme Mandel, un dépérissement progressif de la production marchande mettent l'accent sur la nécessité de retenir une unité de compte universelle (que ce soit des unités monétaires comme les prix fictifs ou que ce soit des unités de temps de travail comme lors des tentatives de mesurer directement la valeur économique) et ce, tant dans le secteur des « biens gratuits » que dans le secteur des biens monnayables.

Cette mutation de la production marchande en production utilitaire ne peut se produire que par une rupture, et non par une transition graduelle. Puisque «société sans classe » et « possession communautaire » sont synonymes, et puisque la production marchande est un non-sens sur la base de la possession communautaire, cette rupture (révolution) est en fait la même que celle nécessaire pour passer de la société de classes à la société sans classe.

En effet, ni les classes, ni l’État, ni la production marchande ni l'argent ne peuvent dépérir graduellement. Il n'est pas plus raisonnable de supposer que le capitalisme d’État puisse se transformer petit à petit en socialisme que ne l'était la supposition semblable des réformistes classiques par rapport au capitalisme privé.