vendredi 25 mars 2011
Japon : la folie nucléaire
Le capitalisme repose sur le monopole et la gestion des moyens de production par une faible minorité sociale, étatique ou libérale. Il règne sur le monde entier. Sous le capitalisme, le but de la production est la réalisation de profits. Des États et des entreprises capitalistes rivalisent pour vendre leurs marchandises rentablement. Lorsqu'une entreprise peut vendre ses articles meilleur marché que ses concurrents elle peut réaliser des profits supplémentaires jusqu'à ce qu'à leur tour ces derniers adoptent la technique de production meilleur marché. Il y a donc sous le capitalisme une tendance, appliquée par la concurrence sur le marché mondial, à adopter sans cesse des modes de production meilleur marché.
L'industrie actuelle est pour la plupart actionnée par la dynamique électrique si bien que l'une des composantes importantes du coût des marchandises est l'électricité consommée dans le processus de leur fabrication. Étant donné les énormes investissements nécessités par la construction d'un réseau de centrales électriques, la tâche de la réaliser a échu dans la plupart des cas aux mains de l'État, agissant pour le compte de toutes les entreprises capitalistes du pays. Les centrales électriques sont alors régies comme des entreprises capitalistes d'État ayant pour objet la fabrication d'électricité aussi bon marché que possible, en vue de mettre les sociétés du secteur privé et du secteur nationalisé, qui la consomment, en mesure de soutenir rentablement la concurrence sur les marchés mondiaux. Le choix des techniques à mettre en œuvre pour créer de l'énergie électrique est dicté par ce contexte capitaliste. Les centrales énergétiques en régies nationales sont, tout autant que les sociétés capitalistes privées, sujettes à la loi du profit.
A part l'énergie hydraulique il existe actuellement deux méthodes importantes de production électrique, toutes deux reposant sur la rotation de turbines géantes actionnées par la force de la vapeur : faire brûler des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) et faire fractionner des atomes d'uranium. Du point de vue écologique, toutes deux sont sujettes à critique. Au lieu d'être littéralement brûlées en gaz inutilisables (ce qui, en plus, contribue à l’échauffement global), les ressources de charbon et de pétrole de la planète seraient plus rationnellement utilisées comme matières premières en industrie synthé tique. Quant au nucléaire, on n’a pas encore trouvé une solution au problème de la destination finale des déchets radioactifs.
Mais dans la société actuelle les considérations d'ordre écologique ne sont prises en compte que subsidiairement (dans la mesure où la pollution pourrait affecter d'autres intérêts capitalistes) quant au choix des méthodes à mettre en œuvre. La considération primordiale est le bon marché -- c'est-à-dire la compétitivité et les profits des entreprises qui consomment l'électricité. Le mode de création d'électricité actuellement meilleur marché est de brûler de l'énergie fossile mais, le monde étant divisé en États concurrentiels, des préoccupations d'ordre stratégique (sécurité d'approvisionnement) entrent en compte également.
Des pays pauvres en énergies fossiles tels que la France et le Japon ont décidé de miser sur le nucléaire. Si l'échauffement global s’avérerait grave le recours au nucléaire même dans un monde socialiste aurait une certaine logique, mais pas dans une partie du monde sujette aux tremblements de terre. Au Japon le tremblement de terre et le tsunami étaient des désastres naturels mais la crise à la centrale nucléaire de Fukushima est attribuable au fait que nous vivons dans un monde capitaliste divisé en États rivaux où chaque État doit s‘assurer des sources d‘énergie sécures, ainsi empêchant une approche globale rationnelle à la question d'approvisionnement énergétique.
Dans un monde socialiste on trouvera un autre moyen d’approvisionner en électricité la population de l'archipel japonais et celle d’autres lieux sujets aux tremblements de terre.
lundi 14 mars 2011
Quelque chose ne va pas dans le monde
La capacité de l'homme à satisfaire ses besoins matériels n'a jamais été aussi grande. Il existe aujourd'hui une technologie suffisante pour qu‘aucun homme, aucune femme, aucun enfant où que ce soit dans le monde n'ait faim. Un réseau immense d'unités de production capable de produire abondamment couvre le monde. Le travail de production de la richesse du monde est déjà l'effort coopératif de gens partout ; en ceci il existe déjà un seul monde.
Cependant, des grèves, des manifestations et, par endroits, des conflits armés sont la preuve d'un malaise social. Des millions de gens sont affamés alors que certains gouvernements paient des agriculteurs pour qu'ils limitent leur production de nourriture et tous les gouvernements entretiennent en pure perte des forces armées. Ce sont leurs rivalités économiques et stratégiques qui entraînent la guerre et les préparations de guerre. C'est leur propagande qui divise les habitants du monde en nations hostiles.
De toute évidence, l'organisation sociale de l'homme est en retard sur ses processus techniques. La nature compétitive et de classe de la société actuelle date de l'âge révolu de la rareté et de la production à petite échelle ; elle ne correspond plus à la coopération et à la planification que demande l'industrie moderne à grande échelle. Ce conflit entre une technologie moderne et une société de classe dépassée est la cause du malaise social d'aujourd'hui. Seule la reconstruction radicale de la société sur la base de la possession des ressources mondiales par l’humanité donnera le cadre nécessaire à une solution permanente aux problèmes mondiaux actuels.
Sur la base de la possession commune des ressources du monde, l'humanité peut tirer profit du potentiel offert par la technologie moderne en orientant démocratiquement la production vers l'abondante satisfaction des besoins humains et ainsi parvenir à un monde de paix et d'abondance.
lundi 7 mars 2011
La question « d'un monde sans argent »
Aujourd'hui, les moyens de production et de distribution des richesses de la société sont la propriété privée d'une minorité privilégiée de la population. Cette appropriation exclut obligatoirement l'immense majorité du libre accès aux biens et aux services produits, nécessaires à leur vie quotidienne et à la satisfaction de leurs besoins. En effet, pour se procurer les biens et les services dont ils ont besoin, y compris les plus élémentaires (nourriture, habillement, logement, transports, etc.), les travailleurs doivent les acheter à leurs propriétaires. En d'autres termes, ils doivent échanger de l'argent contre le bien ou le service qu'ils souhaitent acquérir ou utiliser : ceux qui produisent les richesses de la société (les salariés) doivent donc dépenser l'argent qu'ils ont obtenu en échange de leur travail (leurs salaires) pour acheter les richesses qu'ils ont eux-mêmes produites (les nécessités de l'existence) à ceux qui les possèdent mais ne les produisent pas.
L'existence de la propriété privée entraîne donc celle de l'échange et, par voie de conséquence celle de l'argent, ou, plus exactement, celle des moyens de paiement. Autrement dit, l'argent existe parce que la propriété privée existe. Il est nécessaire uniquement parce que les biens et les services produits sont appropriés par quelques-uns. Pour cette raison, il est un équivalent universel : d'une part, unité de mesure qui permet de calculer les prix (coûts de revient, bénéfices, etc.) afin d'établir une comparaison entre les marchandises sur le marché, d'autre part, moyen d'échange, c'est-à-dire intermédiare entre le vendeur et l'acheteur.
D'après les économistes officiels (ceux qui ne remettent pas en cause l'existence de l'argent), celui-ci est un instrument simple et utile qui facilite de la façon la plus efficace possible la production et l’échange des biens et des services, et laisse aux gens le choix de leur consommation. Il y a un élément de vérité dans cette affirmation. En effet, l'argent est certainement supérieur au troc. Sans comptes bancaires, chèques ou cartes de crédit, les échange, à leurs niveaux actuels, seraient tout simplement impossibles. D'un autre côté, pour les salariés, ce système est préférable au paiement en nature puisque, ainsi, ce sont eux, et non leurs employeurs, qui décident de ce qu'ils veulent consommer ou pas.
Cependant, l'existence de l'argent crée une pénurie artificielle car le montant de nos achats est limité par la quantité d'argent que nous possédons. En tant que consommateurs, nous n'achetons pas en fonction de nos besoins, mais en fonction de nos revenus. Pour les plus démunis, le manque d'argent apparaît ainsi comme un obstacle à l'acquisition des biens même les plus indispensables et, donc, à la satisfaction de leurs nécessités.
Un autre aspect à prendre en considération est que le système monétaire est un système gaspilleur en ressources et en force de travail. II requiert une main d’oeuvre importante et coûteuse pour assurer son fonctionnement : depuis les salariés impliqués dans la fabrication et la maintenance des machines nécessaires a l'impression des moyens de paiement (pièces de monnaie, billets de banque, chèques bancaires, cartes de crédit, factures, tickets de transport, tickets d'entrée au cinéma ou au théâtre, etc.), au transport de ces moyens (camions blindés, sacs, armes), à leur dépôt (innombrables agences bancaires) et à leur protection (systèmes de sécurité, gardes, etc.), jusqu'à ceux engagés dans la production et le contrôle des moyens de paiement eux-mêmes, mais aussi du papier et des autres matières nécessaires à la fabrication de ces cartes, factures, billets, tickets, etc., en passant par ceux qui sont charges du dépistage et de la répression des vols et de la fraude financière et fiscale (l'immense majorité des actes délictuels), sans oublier ceux dont le travail consiste à encaisser, payer, compter, surveiller, transporter, etc. Tout ceci dévie et gaspille des ressources matérielles et humaines considérables... qui seront économisées dans le socialisme où les moyens de paiement n'existeront plus et qui permettront de réduire le temps de travail de façon considérable.
Mais le trait le plus négatif de l'argent est sans doute celui d'être un système socialement destructeur puisqu'il a des effets négatifs tant sur le comportement de chaque personne que sur les relations entre les individus. L'argent sape les relations sociales. II tend à atomiser les êtres humains. En effet, il pousse à l’accumulation et à la délinquance ; il introduit la méfiance entre les individus et empoisonne les relations humaines. Dans le socialisme, l'argent aura disparu. Les membres de la société n'auront plus de raison de se méfier les uns des autres, il ne poussera pas ceux qui en sont démunis à voler et ceux qui en ont beaucoup à en vouloir toujours plus. II va sans dire que sa disparition aura un effet bénéfique sur le comportement humain.
Si, dans le capitalisme, les biens et les services, nécessaires à la vie des membres de la société et au fonctionnement de cette dernière, sont produits dans le seul but de générer un profit pour la minorité possédante, dans le socialisme, ils seront produits en réponse aux besoins exprimes par la population.
Dans la société future, la production et la distribution seront donc organisées selon le principe socialiste : « De chacun selon ses capacités a chacun selon ses besoins ». De cette manière, tous auront libre accès aux produits de la société. En effet, à partir du moment où tous les membres de la société possèdent collectivement et contrôlent la production et la distribution des biens et des services qu'ils souhaitent, il n'y a plus de raison de leur faire payer de l'argent pour prendre ou utiliser ce qui leur appartient déjà.
Dans le socialisme, l'accès aux richesses produites sera donc libre et gratuit puisque la suppression de la propriété privée entraînera l'élimination des opérations d'achat-vente, du système des prix, de la rente foncière, de l'intérêt financier et du profit économique, ainsi que du système du salariat. Elle rendra ainsi l'argent inutile. Les richesses produites étant devenues la propriété commune de l'humanité et l'argent ayant disparu, comment et à qui allons-nous acheter des biens ou des services qui nous appartiennent déjà ?
Quant à la crainte que certains en profitent pour prendre plus que de besoin, au détriment de l'intérêt général, là encore, on attribue aux membres de la société socialiste un comportement typique de la société capitaliste, dans laquelle tout est rationné par la quantité d'argent que chacun possède et ou, effectivement, si l’occasion se présente, on aura tendance à prendre plus que nécessaire de crainte que l'occasion ne se pressente plus. Ce comportement, cependant, est peu probable dans le socialisme pour la simple raison que tous les biens et les services seront produits en abondance et mis à la libre disposition de tous. De cette façon, personne n'aura à craindre de manquer d'un bien ou d'un service spécifique puisque ce même bien ou service sera en libre accès, non seulement le jour même, mais le lendemain, le surlendemain, la semaine, le mois ou l'année suivants.
On peut d'ailleurs, dans le capitalisme, se faire une idée de la situation puisque certains biens ou services sont à la libre disposition de la population qui n'en fait pas pour autant une consommation excessive. En effet, déjà aujourd'hui, l'eau de nombreuses fontaines publiques est gratuite sans que les gens n'en boivent jusqu'à ce qu'elle leur sorte par les yeux ou qu'ils ne fassent la queue en permanence pour remplir leurs gourdes ou leurs bidons. Dans certaines villes des États-Unis et du Canada, les appels téléphoniques locaux sont gratuits sans que pour autant les gens ne passent leur temps dans les cabines téléphoniques. Dans la ville de Hasselt en Belgique, les transports urbains sont gratuits. Est-ce que les habitants de cette ville passent leur vie dans le bus sous prétexte qu'ils ne payent rien ? Bien sûr que non. Lorsqu'un bien ou un service est gratuit, les gens s'y habituent, sachant qu'il est là, à leur disposition, et ne prennent que ce dont ils ont besoin. Ce sera la même chose dans la société sans argent (ou, plus exactement, sans moyen d'échange payant comme l'argent).
mardi 1 mars 2011
samedi 26 février 2011
Gaddafi et l'abolition du salariat
Voici ce que le dictateur fou de la Libye a déclaré en 1988. Bien entendu ces ne sont que des mots et il est fou. Mais il montre que même un fou peut parfois émettre une vérité :
DECLARATION DU GUIDE DE LA REVOLUTION A L'OCCASION DU 1ER MAI. TRIPOLI 2 AL MAA ( AGENCE JAMAHIRIYA PRESSE )
A L’OCCASION DU 1ER MAI, LE GUIDE DE LA REVOLUTION A FAIT LA DECLARATION SUIVANTE A LA JANA :
" LE 1ER MAI DE CETTE ANNEE EST LE JOUR OU LES SALARIES SONT BAFOUES PARTOUT DANS LE MONDE, ALORS QUE DES MILLIONS DE SALARIES CONTINUENT D’ETRE EXPLOITES ET NE SONT TOUJOURS PAS LIBERES DE L’ESCLAVAGE DU SALARIAT DANS LEQUEL LES MAINTIENNENT LES DIRIGEANTS ET LES PATRONS POUR TIRER PROFIT DE LEUR TRAVAIL ET DE LEUR SUEUR ".
" LE SALUT DE CES MILLIONS DE SALARIES DANS LE MONDE RESIDE DONC DANS L’ABOLITION DU SALARIAT, DE CETTE SERVITUDE. LES TRAVAIL LEURS DOIVENT TRANSFORMER CE JOUR DE SERVITUDE EN JOUR DE RESIS TANCE A CES MENSONGES ET AUX FORCES D’EXPLOITATION EN MARCHANT SUR LES USINES ET TOUS LES LIEUX DE PRODUCTION, POUR GERER PAR EUX MEMES, RECUPERER TOUTE LEUR PART DE PRODUCTION ET ABOLIR A JAMAIS LE SALARIAT ".
" L’ERREUR QUI PREVAUT EN CE JOUR DANS LE MONDE MONTRE QUE LA LIBERTE DES TRAVAILLEURS MANQUE, OU QU’ELLE EST TOTALEMENT PERDUE. CETTE LIBERTE NE PEUT SE REALISER QUE SI LES TRAVAILLEURS S’ENTENDENT POUR S’AFFRANCHIR DE LA SERVITUDE DU SALARIAT. LES PATRONS DEVRONT ALORS ACCEPTER LE FAIT ACCOMPLI, ET DISPARAITRE ".
" LA VERITABLE FETE DES TRAVAILLEURS EST LE 1ER SEPTEMBRE 1978, JOUR OU LES SALARIES SE SONT LIBERES EN TERRE DE JAMAHIRIYA DETRUISANT LES FOYERS D’EXPLOITATION OU QU’ILS SE TROUVENT ET PRENANT POSSESSION DES USINES ET DES LIEUX DE PRODUCTION POUR DEVENIR ASSOCIES."
" LE LIVRE VERT PRESENTE LA TROISIEME THEORIE MONDIALE, SEUL MOYEN DE LIBERER L’HUMANITE DE L’OPPRESSION ET DE L’ EXPLOITATION ET TRACE LA SEULE VOIE DE L’EMANCIPATION FINALE DE TOUS LES TRAVAILLEURS. TOUS LES TRAVAILLEURS DU MONDE DOIVENT S’INSPIRER DE CETTE THEORIE POUR CONSACRER LEUR LIBERTE ET ABOLIR L’ESCLAVAGE DU SALARIAT ".
" LES SALARIES AUSSI BIEN SOIENT LEURS SALAIRES, SONT UNE SORTE D'ESCLAVES, ESCLAVES D'UN MAITRE QUI LOUE LEUR FORCE DE TRAVAIL. "
" TOUS LES DISCOURS-PRONONCES AUJOURD'HUI N’INCITENT PAS LES TRAVAILLEURS A SE LIBERER DE LA SERVITUDE DU SALARIAT. ILS CONSACRENT AU CONTRAIRE L’ EXPLOITATION. LES TRAVAILLEURS NE DOIVENT DONC PAS LEUR PRETER ATTENTION. "
dimanche 20 février 2011
La crise financière : évitable ?
Fin janvier la Financial Crisis Inquiry Commission (« Commission d’enquête sur la crise financière ») établie par le gouvernement aux Etats-Unis a publié son rapport. Elle a conclu que la crise de 2007 et 2008 a été le résultat de « l'action et de l’inaction de l'homme, et non pas de la Mère Nature ou des modèles informatiques détraqués », mais « d'erreurs humaines, d’erreurs de jugement et des méfaits » et a pu donc être évitée. « Bien que le cycle économique ne puisse être abrogé, une crise de cette ampleur aurait pu être évitée », la Commission fait valoir. « Les événements profonds de 2007 et 2008 », dit-elle, « ne sont ni des bosses sur la route, ni une inclinaison accentuée dans les cycles financiers et commerciaux que nous avons appris à attendre dans un système économique de marché libre. »
De toute évidence, la crise a été le résultat, même involontaire, de décisions prises par des humains à se comporter d'une façon particulière, mais ce n'est pas cela qui est en cause. Nous avons besoin de savoir pourquoi les décideurs économiques impliqués ont pris les décisions qu'ils ont faites. Quel était le contexte de leurs décisions ? Quelles étaient les contraintes qui agissaient sur eux ?
La force motrice du capitalisme est la recherche du profit par des entreprises concurrentes. Comme le dit la Commission, « dans notre économie, nous nous attendons à ce que les entreprises et les individus font des bénéfices... » S’il y a une occasion de réaliser un profit d'une certaine activité, les entreprises dans ce domaine iront le chercher. Si les profits sont suffisamment élevés, d'autres entreprises entreront sur le terrain pour partager la manne.
C'est ce qui s'est passé aux États-Unis. De 1997 à 2006, il y a eu un boom dans la construction et l’achat des maisons. On pouvait faire des bénéfices substantiels en prêtant de l'argent soit directement aux acheteurs de maison soit aux sociétés qui le font. En mesure d'emprunter facilement à des taux relativement bas d'intérêt, les banques d'investissement de Wall Street ont décidé de prendre sur l'acte, et dans une grande manière :
« Les grandes banques d'investissement et sociétés de portefeuille bancaire », indique le rapport, « se sont concentré leurs activités de plus en plus sur les activités commerciales à risque qui produisent des bénéfices considérables (« hefty profits »). »
La perspective de faire « des bénéfices considérables » en prêtant de l'argent pour construire et acheter des maisons les a amenés à emprunter de l'argent de plus en plus de prendre part à la chasse après eux:
« Dans les années qui ont précédé la crise, un trop grand nombre d'institutions financières, ainsi que trop de ménages, ont emprunté à la garde, les laissant vulnérables à la détresse financière ou la ruine si la valeur de leurs investissements a reculé, même modestement. Par exemple, à partir de 2007, les cinq grandes banques d'investissement - Bear Stearns, Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch et Morgan Stanley - étaient d'exploitation avec un capital extraordinairement mince. Par une mesure, leurs ratios d'endettement étaient aussi élevés que 40 à 1, ce qui signifie pour chaque $40 dans les actifs, il y avait seulement $1 de capital pour couvrir les pertes. »
Notez l'acceptation sans problème ici du fait que les banques ne peuvent créer de l'argent de rien, mais doivent elles-mêmes emprunter l'argent qu'elles prêtent.
La Commission reproche aux banques d'investissement et aux autres institutions financières de prendre de tels risques, mais les personnes impliquées dans ces décisions pourraient-elles avoir décidé autrement ? Pourraient-elles avoir décidé de renoncer à l’occasion de faire des « bénéfices considérables » qui étaient là à prendre ? Non, parce que si l'une d'entre elles avait décidé de ne pas poursuivre ces bénéfices, les autres auraient pris leur place avec enthousiasme. Ce n'était pas une erreur de leur part mais une décision logique. Étant donné que la recherche compétitive de profit est dans la nature du capitalisme, elles avaient à prendre les décisions qu'elles ont prises. En ce sens, la crise financière n'était pas évitable.
Il était en dehors de la compétence de la Commission d’examiner le boom immobilier dont l'effondrement en 2006 a déclenché la crise financière. Elle se borne à enregistrer que « lorsque les prix du logement ont baissé et les emprunteurs hypothécaires ont fait défaut, les lumières ont commencé à s’obscurcir à Wall Street ». Si elle était allée plus loin dans l'examen du boom de l'immobilier et des raisons pour lesquelles il s‘est terminé, la Commission aurait découvert qu'il s'agissait d'un cas classique de la recherche du profit conduisant à la surproduction (trop de maisons en cours de construction par rapport à ce que les gens pouvaient se permettre d'acheter) et peut-être aurait-elle révisé son point de vue que « les événements profonds de 2007 et 2008 n'étaient pas une inclinaison accentuée dans les cycles financiers et commerciaux que nous avons appris à attendre dans un système économique de marché libre ».
Libellés :
crise financière,
FCIC,
Goldman Sachs,
Lehman
dimanche 13 février 2011
Egypte, Tunisie, Algérie : gare aux « avant-gardes »
« La Révolution en Tunisie ressemble par bien des aspects à la révolution russe de 1917 ; elle a commencé mais n’est pas finie. Elle a éliminé l’ancien régime mais n’a pas encore été capable de mettre autre chose à la place. C’est pourquoi il est possible que la révolution soit défaite, en particulier en l’absence de dirigeant authentiquement révolutionnaire. Si le Parti Bolchévik n’avait pas été là, la révolution de février aurait été défaite. »Ainsi écrit le dirigeant trotskiste international Alan Woods le 15 janvier.
En effet Lénine fut le premier à élaborer de façon cohérente un projet de parti d'avant-garde. Dans sa brochure Que Faire ? (1902), se basant, sur la présupposition que « livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste », il en tira la conclusion que la conscience socialiste devrait lui être apportée par des « intellectuels révolutionnaires socialistes ». Il préconisait une organisation composée « avant tout et principalement d'hommes dont la profession est l'action révolutionnaire », c'est-à-dire un parti d'avant-garde, une minorité consciente, qui dirigerait la majorité inconsciente dans une insurrection.
Cette théorie était le contraire de celle de Marx qui proclamait que « l'émancipation de la classe ouvrière doit être l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes » (Statuts généraux de l'AIT, 1864). Néanmoins la théorie de Lénine était attrayante pour les révolutionnaires anti-tsaristes en Russie puisqu'elle reflétait parfaitement leur aspiration à se substituer à la bourgeoisie privée, trop faible et trop liée au régime tsariste pour agir elle-même, dans la révolution anti-tsariste et bourgeoise qui se préparait — « bourgeoise » dans ce sens qu'elle allait écarter tous les obstacles féodaux au développement du capitalisme en Russie.
En 1917, suite à l'effondrement de l'Etat tsariste sous l'impact de la Première Guerre mondial, Lénine et les bolcheviques, organisés en parti d'avant-garde, s'emparèrent du pouvoir et liquidèrent le tsarisme et le féodalisme en Russie. A leur place ils développèrent l'industrie sous la forme d'un capitalisme d'Etat. Plus tard, sous Staline, grâce à son mono pole du pouvoir, cette avant-garde (ou plutôt la partie qui en restait après les purges de Staline) s'est transformée en nouvelle classe dirigeante et privilégiée, la bourgeoisie d'Etat qui règnait en Russie capitaliste d'Etat jusqu‘en 1991.
Du point de vue historique donc, la théorie du parti d'avant-garde était l'idéologie d'une future bourgeoisie d'Etat qui voulait utiliser le mécontentement des travailleurs et des paysans pour écarter la vieille classe dirigeante et s'installer à sa place.
Dans les pays moins développés cette idéologie joue le même rôle aujourd'hui : c'est l'idéologie des groupes qui aspirent à devenir une nouvelle classe dirigeante sur la base du capitalisme d'Etat. Mais à quoi cela sert-il de remplacer un pouvoir colonial ou une bourgeoisie privée par une bourgeoisie d'Etat, ou de remplacer une bourgeoisie d'Etat par une autre ?
Quelle leçon en tirer ? Que le parti d'avant-garde est à rejeter en tant que forme d'organisation de la classe travailleuse. Pour s'émanciper en établissant une société sans classes et sans salariat dans laquelle la communauté tout entière possédera et administrera démocratiquement, dans son propre intérêt, les moyens et instruments de production et de distribution des richesses (« le vrai socialisme ») les travailleurs n'ont pas besoin de leaders, ni de chefs, ni de dirigeants, ni de meneurs — ni d'aucune avant-garde quelle qu'elle soit — mais seulement de leur propre auto-organisation démocratique et d'une volonté socialiste résolue.
Une révolution dirigée par un parti d'avant-garde, étant une révolution minoritaire, ne conduirait inéluctablement qu'à un gouvernement par une minorité, comme l'histoire l'a démontré maintes fois. Seule une révolution majoritaire peut aboutir à une société sans classes.
Les travailleurs d'Egypte et de Tunisie, ayant gagné une mesure de démocratie politique dans laquelle la lutte de classes peut se dérouler plus facilement, seront bien conseillés de ne pas écouter les avant-gardistes au risque de voir s'installer à la place des anciens régimes une nouvelle dictature — comme effectivement s'est passé en Russie.
Libellés :
Alan Woods,
Algérie,
avant-garde,
Engypte,
Lénine,
trotskistes,
Tunisie
Inscription à :
Articles (Atom)



