vendredi 1 avril 2011

L'obsolescence programmée

En septembre Les Amis de la Terre France et le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid) ont publié une étude sur L’obsolescence programmée dans le domaine des produits électriques et électroniques. Dans son livre sur le même sujet, L’Art du gaspillage, paru en 1960, Vance Packard a cité une déclaration de Brooks Stevens, un célèbre esthéticien industriel de l’époque :
Tout le monde sait bien que nous écourtons volontairement la durée de ce qui sort des usines, et que cette politique est la base même de notre économie. Nous fabriquons d’excellents produits, nous incitons les clients à les acheter … et l’année suivante nous y introduisons délibérément un élément nouveau qui fera paraître ces articles vieillots, démodés et désuets. … Ce n’est pas du gaspillage organisé. C’est une saine contribution à l’économie du pays.
Une contribution peut-être à une économie où on produit pour vendre en vue de profit financier, mais une folie dans un système où on produit pour la satisfaction directe des besoins sans vente et donc sans argent.

Toutefois Stevens exagérait en suggérant que le "planned obsolescence" soit "la base même de notre économie", même si le gaspillage organisé qu’elle représente est bien un produit du système capitaliste.

Les choses n’ont pas changé beaucoup 50 ans plus tard, comme les extraits du rapport des Amis de la Terre et du Cniid montrent:
Les différentes formes d'obsolescence programmée

II existe une multitude de techniques pour raccourcir la durée de vie des produits. Elles peuvent être d'ordre technique ou technologique, ou d'ordre psychologique (l'obsolescence esthétique ou psychologique).

L'obsolescence technologique ou technique
L'obsolescence technologique (ou technique) est l'ensemble des méthodes techniques pour avancer la fin de vie d'un appareil. Moins de la moitié des appareils qui tombent en panne sont réparés : 44 % selon une étude de l'ADEME. Dans la plupart des cas, les appareils sont jugés obsolètes avant même d'être emmenés chez le réparateur et mis au rebut. Selon la dernière enquête de fiabilité d'UFC Que Choisir, depuis 2005, les constructeurs d'électroménager ne se sont pas améliorés sur les taux de pannes. Selon nous, ces mauvais « scores » s'expliquent en partie par les différentes techniques pour rendre « irréparables » les produits.

Des pièces détachées de moins en moins disponibles
Les pièces de rechange sont difficiles à se procurer et sont coûteuses (notamment du fait des coûts de stockage et de gestion). La spécification des pièces explique en grande partie ce phénomène de raréfaction. Il a été constaté dans une étude conduite pour l'ADEME que la disponibilité des pièces de rechange est aujourd'hui problématique, elle se serait dégradée depuis dix ans. (…)

Des produits indémontables

Bon nombre de produits de haute technologie sont quasi indémontables voire pas du tout (…)

Il a été constaté que même certaines pièces des appareils électroménagers (ou produits blancs) mis sur le marché, notamment des chauffe-eau, sont aujourd'hui directement moulées dans du plastique et ne sont ni démontables ni réparables.

Des réparateurs d'Emmaùs nous ont signalé l'apparition, ces dernières années, d'appareils dont les parties externes sont moulées et qui donc, une fois cassées, ne sont ni démontables ni réparables. Ainsi, nous avons pu observer des réfrigérateurs avec le joint directement serti dans la porte ce qui le rendait plus difficilement démontable que s'il était doté de simples vis.

(…)

Des appareils moins robustes

La recherche du bas prix se fait au détriment de la solidité et de la qualité des appareils. Flagrante pour d'autres biens de consommation courante comme le textile, elle touche également les biens électroménagers : certains tambours de lave-linge ne sont plus fabriqués en métal aujourd'hui mais en plastique, ce qui augmente leur fragilité. L'accès de tous aux équipements électriques et électroniques occasionne ainsi une baisse de qualité et une durée de vie plus restreinte des appareils. Cela se solde une importante production de déchets.”

L’étude appelle
à concevoir des produits combinant notamment les critères suivants :
durables et fiables ;
réparables (accès facile et disponibilité rapide des pièces détachées) ;
capables d'intégrer des innovations ;
compatibles pour que les pièces soient facilement réutilisables.”
Il n’y a aucune raison technique qui empêche de produire de tels appareils électroménagers - sauf que, au sein du capitalisme, ce ne sont pas des produits simplement à utiliser qu’on produit, mais des marchandises à vendre sur un marché en vue des profits.

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